Le tribunal correctionnel de Saumur, en Maine-et-Loire, examine l’affaire Tececo, une entreprise spécialisée dans les énergies renouvelables. Quatorze anciens salariés et l’ex-gérant de la société sont poursuivis pour escroquerie. L’audience du mercredi 14 octobre 2026 porte sur le cas de deux ménages installés en Ille-et-Vilaine.
Les deux familles ont été démarchées par le même commercial. L’homme était absent à l’audience, et aucun avocat ne le représentait. Les deux ménages se sont retrouvés engagés dans des prêts de plusieurs dizaines de milliers d’euros, alors qu’ils affirment qu’on leur avait garanti de n’avoir rien à débourser.
La présidente du tribunal a résumé, lors de l’audience, un mécanisme qui dépasse ce seul dossier : des gens se retrouvent liés à des contrats de prêt, parfois même sans savoir qu’ils y ont souscrit, et ne peuvent plus se désengager puisque le délai de rétractation est dépassé.
Une retraitée installée près de Rennes a déposé plainte pour escroquerie en décembre 2013. Elle raconte avoir été démarchée par téléphone en novembre de la même année par un commercial de Tececo, pour l’installation d’une pompe à chaleur. Elle affirme qu’on lui avait dit que c’était gratuit.
Un crédit glissé dans le dossier, des mensualités qui tombent des mois plus tard
Le scénario suit toujours la même trame. Un appel ou une visite propose d’abord un diagnostic énergétique gratuit. Les commerciaux se présentent parfois comme partenaires de l’ANAH, de France Rénov’ ou d’EDF, et exhibent un logo RGE emprunté à un autre artisan pour pousser à signer sur le champ.
Sur la tablette ou le bon de commande, plusieurs documents se superposent : devis, demande d’aides et offre de financement. Le crédit n’est presque jamais présenté comme tel. Il n’apparaît qu’à travers quelques lignes mentionnant un organisme prêteur, un taux annuel effectif global et un échéancier.
Tant que les prélèvements ne commencent pas, rien n’alerte les victimes. Puis la première traite tombe, parfois plus de 400 euros par mois, et la promesse de gratuité se transforme en dette sur quinze ou vingt ans. Une fois l’attestation de fin de travaux signée, la banque débloque les fonds au profit de l’entreprise, même si le chantier est bâclé. Le comparateur d’énergie Hellowatt rapporte le cas d’un ménage endetté à hauteur de près de 90 000 euros.
Le ministère de l’Économie recense ce type d’arnaque, rénovation gratuite ou à 1 euro avec crédit caché, parmi les plaintes en forte hausse : la DGCCRF a enregistré près de 52 000 signalements en 2025. Des ménages découvrent ainsi avoir souscrit des crédits atteignant 40 000, 70 000, voire 90 000 euros à rembourser, pour des travaux d’isolation, des panneaux solaires ou des pompes à chaleur.
Le démarchage téléphonique interdit depuis 2020, un reste à charge qui subsiste toujours
Le démarchage téléphonique pour la rénovation énergétique est interdit depuis une loi du 24 juillet 2020, rappelée par le site public Conso.gouv. Une loi n° 2025-594 a par ailleurs renforcé l’encadrement des fraudes aux aides publiques.
Les véritables offres de travaux à 1 euro, fondées sur le dispositif Coup de pouce CEE, rénovation globale, ont pris fin en décembre 2023, selon le ministère de l’Économie et des Finances. Les aides actuelles, MaPrimeRénov’, certificats d’économies d’énergie, éco-PTZ, peuvent couvrir une grande partie de la facture, mais jamais la totalité : un reste à charge, même modeste, subsiste toujours.
Toute promesse de prise en charge à 100 % ou de gratuité à vie contredit donc les règles officielles, selon le quotidien Ouest France.
Pour vérifier l’existence d’un crédit, il faut examiner les courriers mentionnant un prêt, un organisme financier ou un échéancier, et relire ses relevés bancaires à la recherche de prélèvements d’un établissement inconnu. En cas de doute, mieux vaut demander par écrit à sa banque une copie intégrale du contrat.
En cas de souscription récente, le réflexe à avoir dans les 14 jours est d’exercer par lettre recommandée le droit de rétractation, sur le contrat comme sur le crédit affecté. Les victimes peuvent aussi signaler les faits via SignalConso, contacter France Rénov’ pour un avis technique indépendant, ou se tourner vers une association de consommateurs.
Une plainte pour escroquerie ou abus de faiblesse reste possible en cas de démarchage illégal ou de tromperie sur le financement.






