La hausse des prix du kérosène, conséquence des tensions au Moyen-Orient, bouleverse le transport aérien européen. Cette situation se reflète dans les chiffres du Groupe ADP, qui enregistre sa première baisse de trafic depuis 2020. Roissy-Charles-de-Gaulle et Orly, ayant accueilli 107 millions de passagers en 2025, voient leur trafic diminuer de 0,4 % sur les neuf premiers mois de 2026. Après six ans de reprise post-Covid, le gestionnaire révise ses prévisions à la baisse, attribuant cette contraction au coût énergétique.
Les tensions géopolitiques et leurs répercussions sur le transport aérien
Le conflit au Moyen-Orient a provoqué une hausse des prix du pétrole à l’échelle mondiale. Le prix du baril de Brent a augmenté de 28 % entre janvier et septembre 2026, affectant directement le kérosène. Ce carburant, représentant entre 25 % et 30 % des coûts d’une compagnie aérienne, voit son prix grimper, modifiant ainsi l’équilibre économique du secteur. Les routes d’approvisionnement en pétrole brut ont été particulièrement perturbées, notamment après les attaques Houthis en mer Rouge, entraînant une prime de risque sur les cours.
Le kérosène, raffiné à partir du pétrole brut, dépend de divers facteurs pour sa cotation, notamment le prix du baril et les marges de raffinage. Entre mars et août 2026, la marge de raffinage en Europe du Nord-Ouest a bondi de 42 %. Les compagnies aériennes, avec des contrats de couverture souvent incomplets, ont répercuté cette hausse sur les tarifs, augmentant de 18 % sur certaines liaisons, ce qui a réduit la demande.
Effets sur le secteur aérien : données du Groupe ADP
Les chiffres du Groupe ADP illustrent ce phénomène. Entre janvier et septembre 2026, le trafic cumulé à Roissy et Orly a baissé de 0,4 % par rapport à 2025, soit environ 400 000 passagers en moins. L’été 2026 a vu une diminution du nombre de voyageurs, avec 20,2 millions enregistrés en juillet et août, contre 20,6 millions l’année précédente. Septembre a confirmé cette tendance, avec une baisse marquée, en partie due à la hausse des prix des carburants. Orly a même subi un recul de 7,9 % en septembre, montrant la vulnérabilité des vols court et moyen-courrier.
Les compagnies aériennes s’adaptent en ajustant leurs capacités. Air France-KLM a réduit de 4 % son offre de sièges sur les liaisons européennes entre juin et septembre 2026. Les compagnies low-cost, aux marges plus faibles, ont supprimé certaines routes secondaires.
Perspectives énergétiques : vers une aviation moins dépendante du kérosène fossile ?
La crise actuelle stimule l’intérêt pour les carburants aviation durables (SAF). Produits à partir de biomasse, de déchets ou par synthèse électrique, les SAF peuvent réduire les émissions de CO2 jusqu’à 80 % sur leur cycle de vie. L’Union européenne impose 2 % de SAF dans les mélanges de kérosène en 2026, avec un objectif de 6 % d’ici 2030. Cependant, la production reste limitée, représentant moins de 0,5 % du kérosène mondial. Le coût de production, significativement plus élevé que celui du kérosène fossile, freine leur adoption. Pourtant, dans un contexte géopolitique tendu, les SAF offrent une opportunité de renforcer la souveraineté énergétique. TotalEnergies, Neste et d’autres acteurs européens investissent dans des unités de production pour atteindre 2 millions de tonnes de SAF par an en Europe d’ici 2030, soit environ 5 % de la consommation régionale.
Le Groupe ADP maintient ses prévisions financières pour 2026, avec un EBITDA estimé entre 2,30 et 2,35 milliards d’euros, mais anticipe atteindre le bas de cette fourchette. Ses perspectives ne tiennent pas compte d’éventuelles mesures du projet de loi de finances pour 2027, telles que l’alourdissement de la taxe TEITLD. La combinaison d’une pression énergétique et d’une fiscalité accrue pourrait redéfinir l’équilibre économique du hub parisien, qui génère 120 000 emplois directs et indirects en Île-de-France.






