Deux cent soixante-douze espèces ont été recensées sous les trois éoliennes flottantes du parc WindFloat Atlantic, au large de Viana do Castelo, dans l’Atlantique portugais. Pieuvres, raies, requins, dauphins et orques cohabitent désormais autour des structures immergées, selon les résultats d’un suivi mené sur huit ans par l’entreprise Ocean Winds.
Ces chiffres ont été présentés dans un rapport dévoilé lors du salon WindEurope 2026, à Madrid et rapportés par L’Internaute. Le document a été préparé par Blue Grid, avec la contribution de l’Université de Lisbonne et de l’École Polytechnique de Leiria. La méthode retenue consistait à comparer la zone du parc à des zones témoins situées à proximité.
Les pieuvres, championnes de la colonisation
Sur les 674 pieuvres recensées, la densité atteint 81 individus par hectare dans le périmètre du parc, contre 38 dans les zones de référence. La biomasse suit la même logique : 81,8 kilos par hectare contre 35,3 kilos à l’extérieur.
Les explications tiennent en deux mécanismes. D’une part, les plateformes semi-submersibles, installées à 100 mètres de profondeur, font office de récifs artificiels : leurs parois métalliques ont d’abord attiré moules, balanes et anémones, qui ont ensuite constitué une petite chaîne alimentaire.
D’autre part, les pieuvres trouvent dans les cavités des structures des abris idéaux pour chasser. Le résumé technique du rapport précise toutefois que ce schéma tient surtout à la réduction de la pression de pêche dans la zone plutôt qu’à une simple accumulation d’animaux autour des supports.
Poissons, dauphins et orques profitent aussi de la zone protégée
Près de 5 000 poissons appartenant à 52 espèces ont été observés. Leur abondance grimpe jusqu’à 373 individus par hectare dans le parc, contre un maximum de 282 en zone témoin, pour une biomasse totale atteignant 41,9 kilos par hectare contre 19,8 kilos à l’extérieur.
Cinq espèces de mammifères marins fréquentent également les lieux : dauphin commun, grand dauphin, marsouin, petit rorqual et orque. Le dauphin commun est l’espèce la plus souvent observée, et les enregistrements acoustiques révèlent une activité de cétacés plus intense dans la zone du parc. La pêche commerciale y étant interdite et la navigation restreinte, le site fonctionne comme une réserve de fait, un refuge et une voie de migration.
Trente-trois espèces d’oiseaux ont par ailleurs été recensées, contre 17 avant l’installation du parc. Aucune mortalité par collision n’a été détectée, même si six espèces volent parfois à des altitudes jugées à risque avec les pales.
Tous les indicateurs ne sont pas positifs. Le marsouin, contrairement aux autres cétacés, montre davantage d’activité en dehors de la zone d’influence du parc, un phénomène déjà observé sur d’autres sites éoliens offshore et qui pourrait être lié à la présence ou au fonctionnement des turbines, selon les auteurs du rapport.
Sept espèces non indigènes ont par ailleurs été détectées, dont l’algue asiatique wakamé, dont la couverture a progressé au cours des deux dernières années de suivi. Aucun dommage significatif n’a pour l’instant été constaté, mais le rapport insiste sur le maintien d’une surveillance continue, avec des mesures d’éradication envisageables si nécessaire.
Autre réserve : ces résultats ne concernent qu’un parc de trois éoliennes. Un site comprenant des dizaines de machines pourrait avoir un effet différent sur le bruit sous-marin, les courants ou les routes migratoires.
Cette embellie écologique ne fait pas l’unanimité sur le port. Une partie du secteur de la pêche de Viana do Castelo alerte depuis des années sur la perte d’espace de travail et sur le manque de participation aux décisions concernant l’éolien offshore. En 2023, des représentants d’associations locales avaient demandé la suspension et la réévaluation des nouveaux projets, tout en précisant ne pas être opposés aux énergies renouvelables.
Les chercheurs du MARE relèvent d’ailleurs qu’une zone peut compter davantage de poissons tout en restant fermée à ceux qui en vivent : pour une flotte locale, la biomasse supplémentaire enfermée dans un périmètre inaccessible ne compense pas automatiquement la perte des zones de pêche traditionnelles.
Opérationnel depuis 2020 et présenté par Ocean Winds comme le premier parc éolien offshore flottant semi-submersible au monde, WindFloat Atlantic fournit chaque année l’équivalent de la consommation de 25 000 foyers portugais et évite environ 33 000 tonnes de CO2.
Catarina Rei, directrice des autorisations et de l’environnement chez Ocean Winds, résume l’apport du suivi : « Les résultats de WindFloat Atlantic apportent des preuves solides et fondées sur des données que l’éolien flottant en mer peut coexister avec la biodiversité et même avoir des effets écologiques locaux positifs. »






