Fonderie de Bretagne : l’échec d’Europlasma révèle les impasses de l’économie verte

Europlasma, spécialiste de la dépollution, a racheté la Fonderie de Bretagne en avril 2025 avec l’ambition de la reconvertir vers la défense. Un an plus tard, le site morbihannais est en redressement judiciaire. Cette crise révèle les failles d’une gestion industrielle défaillante maquillée en transition écologique.

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Fonderie de Bretagne : l’échec d’Europlasma révèle les impasses de l’économie verte © L'EnerGeek

Europlasma, groupe bordelais spécialisé dans la dépollution et le traitement des déchets, s’est présenté en avril 2025 comme le sauveur de la Fonderie de Bretagne. Un an plus tard, le site morbihannais de Caudan est placé en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Lorient ce 3 juillet 2026. Les 245 salariés disposent de quatorze jours pour trouver 3 millions d’euros, faute de quoi l’entreprise sera liquidée. Comment un acteur censé incarner la transition écologique peut-il laisser s’effondrer un outil de production historique ?

Europlasma : promesses vertes contre réalités de terrain

La stratégie affichée : diversification vers la défense et la dépollution

Lorsqu’Europlasma rachète la Fonderie de Bretagne en avril 2025, le groupe affiche une ambition claire : transformer ce site automobile en plateforme de production pour l’industrie de défense. Jérôme Garnache-Creuillot, PDG du groupe, promet 15 millions d’euros d’investissements sur trois ans pour moderniser l’outil et fabriquer des corps creux d’obus de mortier. Cette diversification devait permettre de réduire la dépendance aux commandes automobiles, en déclin structurel, tout en s’inscrivant dans la remontée en puissance de l’industrie militaire française. Europlasma, spécialiste du traitement des déchets par torche à plasma, entendait capitaliser sur son savoir-faire en métallurgie haute température.

Pourtant, selon les témoignages syndicaux, l’usine n’a fonctionné que quelques semaines en un peu plus d’un an. « La galère a daté depuis le jour où ils sont arrivés ! », résume Maël Le Goff, secrétaire général de la CGT de FDB. Les investissements promis n’ont jamais été versés intégralement, paralysant toute relance industrielle.

Fonderie de Bretagne : un site historique en quête de reconversion

Créée en 1966 par Renault, la Fonderie de Bretagne produit des pièces en fonte pour suspensions et échappements automobiles. Après cinquante-six ans sous pavillon Renault, le site est vendu en 2022 au fonds allemand Callista Private Equity, avant d’être cédé à Europlasma trois ans plus tard. Cette succession de propriétaires fragilise la continuité industrielle. En janvier 2026, un grave incendie endommage l’un des fours, suspendant toute production. Cet accident révèle l’absence d’investissements préventifs et de maintenance adéquate. Le site, qui devait incarner la reconversion réussie d’une fonderie traditionnelle vers des applications défense et environnement, devient le symbole d’une gestion défaillante.

Aujourd’hui, deux administrateurs judiciaires remplacent Jérôme Garnache-Creuillot, dessaisi de ses pouvoirs. Ils ont jusqu’au 17 juillet 2026 pour lever 3 millions d’euros et éviter la liquidation. Éric Guyomard, délégué syndical CGT, prévient : « Si l’objectif n’est pas atteint, alors ça sera la liquidation. »

Quand l’économie circulaire rencontre la gestion d’actifs défaillante

Le groupe Europlasma : spécialiste en dépollution mais gestionnaire chaotique

Europlasma se positionne comme un acteur de l’économie circulaire, valorisant les déchets par plasma haute température pour extraire des matériaux réutilisables. Cette technologie, prometteuse sur le papier, requiert des capitaux importants et une gestion rigoureuse. Or, le groupe accumule les échecs opérationnels. Son portefeuille industriel se délite : plusieurs filiales connaissent des difficultés majeures, révélant une incapacité chronique à assurer la continuité d’exploitation des sites rachetés.

Cette contradiction entre discours environnemental et pratiques managériales interroge. Un spécialiste de la dépollution devrait maîtriser les enjeux de sécurité industrielle et de prévention des risques. L’incendie de janvier 2026 à Caudan, suivi d’une absence totale de réparation, démontre une négligence incompatible avec les standards attendus d’un acteur de la transition écologique.

Satma Industries et FP Industries : un portefeuille rongé par la négligence

La Fonderie de Bretagne n’est pas un cas isolé. Satma Industries, autre filiale d’Europlasma, est placée en redressement judiciaire en juin 2026. FP Industries, elle, est liquidée. Ce bilan catastrophique suggère une stratégie de rachat opportuniste sans capacité réelle de redressement. Europlasma semble accumuler des actifs industriels en difficulté, attirer des subventions publiques pour la « transition verte », puis laisser les sites péricliter.

Cette dynamique pose une question cruciale : comment éviter que des entreprises se parent d’une rhétorique écologique pour capter des financements sans assumer leurs responsabilités opérationnelles ? Le ministère de l’Économie réfléchit désormais à intenter une action en justice contre Europlasma.

Les conséquences environnementales et industrielles de la liquidation

Risques écologiques : que devient un site de fonderie sans suivi ?

Une fonderie arrêtée brutalement présente des risques environnementaux majeurs. Les résidus de fusion, les huiles industrielles et les métaux lourds nécessitent un traitement rigoureux. Une liquidation précipitée pourrait laisser le site en friche polluée, transformant une promesse de dépollution en nouveau passif environnemental. Le coût de dépollution, estimé à plusieurs millions d’euros, pourrait alors incomber aux collectivités locales ou à l’État.

Paradoxalement, Europlasma, censé maîtriser ces enjeux, pourrait laisser derrière lui un site contaminé. Cette perspective souligne l’écart entre compétences techniques et responsabilité gestionnaire.

Perte de capacités de production pour la transition énergétique

La Fonderie de Bretagne devait produire des composants pour l’industrie de défense, mais aussi pour des applications énergétiques : pièces pour éoliennes, infrastructures de réseau électrique, équipements industriels lourds. Sa disparition réduirait les capacités françaises dans un secteur stratégique, alors que la réindustrialisation verte figure parmi les priorités nationales.

Cette perte affecterait également les 245 salariés, détenteurs de savoir-faire rares en fonderie haute précision. Leur dispersion compromettrait toute relance future du site. Éric Blanchier, salarié et élu CGT, insiste : « Maintenant, il faut qu’il y ait des gens sérieux à la tête de l’usine. »

Redressement ou fermeture : enjeux pour l’industrie verte française

Mobilisation de Renault et de l’État : une chance pour la durabilité ?

Roland Lescure, ministre de l’Économie, annonce la mobilisation de Renault pour générer de la trésorerie via des fonds en fiducie. Le constructeur, qui a vendu le site en 2022, conserve des engagements financiers liés à d’éventuels passifs environnementaux. Ces fonds pourraient être débloqués pour soutenir le redressement. Damien Girard, député du Morbihan, demande une tutelle provisoire de l’État et une remise en état du site avant toute nouvelle reprise.

Cette intervention publique soulève une question : l’État doit-il systématiquement compenser les défaillances de repreneurs privés ? La multiplication des cas similaires (Ascoval, Ascométal) suggère un besoin de régulation renforcée des reprises industrielles, notamment lorsque celles-ci invoquent la transition écologique pour obtenir des soutiens publics.

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