Au sud de l’Espagne, dans l’ensoleillée Andalousie, il y a un phénomène agricole hors norme : la « mer de plastique ». À l’ouest d’Almería, cette vaste nappe de serres en plastique, visible même depuis l’espace, est devenue un pilier de l’approvisionnement alimentaire de l’Europe. Surnommée « le potager de l’Europe », la zone illustre comment l’innovation agricole a pu transformer un paysage aride en une source abondante de légumes.
Comment on a transformé un désert en oasis alimentaire
De loin, la mer de plastique ressemble à une immense surface blanchâtre, un labyrinthe géométrique de serres qui s’étend sur plus de 30 000 hectares, soit près de cinq fois la taille de Manhattan, rapporte The Guardian. Depuis 1963, cette zone autrefois aride de la péninsule de Campo de Dalías a vu les agriculteurs locaux adopter des serres en plastique rudimentaires pour protéger leurs cultures du vent. Ce simple geste a déclenché une révolution agricole, faisant passer une région à croissance lente au rang de l’un des moteurs économiques les plus prospères d’Europe.
Ces serres diffusent la lumière, retiennent la chaleur et préservent l’humidité, ce qui permet plusieurs récoltes par an, y compris en hiver. Les avancées techniques récentes, irrigation goutte-à-goutte, lutte antiparasitaire naturelle, etc., ont encore raffiné ce modèle.
La production et les retombées économiques
Chaque année, la mer de plastique produit 3,5 millions de tonnes de légumes : tomates, concombres, poivrons, courgettes, aubergines et melons. Cette production suffit à nourrir 500 millions de personnes et génère une valeur économique qui dépasse les 3 milliards d’euros.
Autour de cette production gravitent pépinières, laboratoires chimiques, écoles professionnelles, centres de recherche, entreprises d’emballage et coopératives de distribution. Parmi eux, la Fundación Tecnova, dirigée par Guadalupe López Díaz, est un centre de recherche qui explore des solutions comme des plastiques plus efficaces et des variétés de cultures mieux adaptées au climat.
Tout n’est pas parfait pour autant : même si 85 % du plastique utilisé est correctement recyclé, la gestion des déchets plastiques demeure un défi. L’existence de dépôts illégaux montre qu’il faut encore évoluer vers des pratiques plus durables, comme une bioéconomie circulaire.






