Pour doper son parc nucléaire, la France mise beaucoup sur les EPR de nouvelle génération. Baptisés EPR 2, ils bénéficient largement de subventions publiques de l’État. Une situation qui interroge Bruxelles : une enquête est en cours.
L’Europe va mener une enquête sur les aides accordées aux EPR 2
Alors que la France accélère son ambition nucléaire, la Commission européenne s’apprête à ouvrir, dès la mi-avril 2026, une enquête approfondie sur les aides publiques accordées par l’État à EDF. Ce passage devant Bruxelles est incontournable : sans validation européenne, Paris ne pourra pas lancer définitivement ses nouveaux réacteurs. Le dossier est stratégique. Il mêle souveraineté énergétique, concurrence européenne et financement public à grande échelle. En jeu : un programme industriel évalué à plusieurs dizaines de milliards d’euros, censé redessiner le paysage énergétique français pour les prochaines décennies.
La décision de Bruxelles ne constitue pas une surprise totale. Dès novembre 2025, la France avait notifié à la Commission un dispositif de soutien massif pour financer les futurs réacteurs EPR 2. Ce mécanisme inclut notamment un prêt public couvrant au moins la moitié des coûts de construction. Il prévoit aussi un contrat pour différence sur une durée de 40 ans, ainsi qu’un partage des risques entre l’État et l’exploitant. Autrement dit, l’État garantirait une stabilité financière à long terme au projet, un élément jugé crucial pour un investissement aussi lourd.
Cependant, ces dispositifs relèvent directement des règles européennes sur les aides d’État. À ce titre, la Commission doit vérifier qu’ils ne créent pas de distorsion de concurrence au sein du marché intérieur. Dans ce contexte, l’ouverture d’une enquête approfondie apparaît comme une procédure classique, mais lourde de conséquences. Elle permet à Bruxelles d’examiner en détail les mécanismes financiers et leur impact sur le marché énergétique européen.
EPR 2 et Europe : le risque de distorsion de concurrence
Le cœur du problème réside dans la position dominante d’EDF. L’entreprise publique produit déjà plus de 75 % de l’électricité en France. Dès lors, un soutien massif de l’État pourrait encore renforcer cette domination. Cette crainte s’inscrit dans une logique stricte : éviter qu’un acteur national, soutenu par des fonds publics, ne déséquilibre le marché européen.
Ce point est d’autant plus sensible que le programme EPR 2 représente un volume industriel considérable. Il prévoit la construction de six réacteurs nucléaires, pour une capacité supplémentaire d’environ 10 gigawatts. Les sites sont déjà connus : Penly (Seine-Maritime), Gravelines (Nord) et Bugey (Ain). La première mise en service est prévue pour 2038. Cependant, la France commence déjà à montrer les muscles. La crainte du gouvernement : que cette enquête retarde le projet et rallonge les délais. L’État ne veut pas revivre le fiasco de Flamanville. Ainsi, Paris pousse pour une fin d’enquête au plus tard « en fin d’année 2026 ».






