Le Royaume-Uni achètera à nouveau du pétrole russe

Le Royaume-Uni assouplit ses sanctions en autorisant les importations de diesel et kérosène raffinés à partir de pétrole russe dans des pays tiers. Cette mesure, motivée par l’envolée des prix énergétiques liée au conflit au Moyen-Orient, divise les alliés occidentaux sur la stratégie de pression économique contre Moscou.

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Le Royaume-Uni achètera à nouveau du pétrole russe © L'EnerGeek

Dans un revirement révélateur des tensions qui traversent la politique énergétique occidentale, le Royaume-Uni vient d’assouplir ses sanctions en autorisant l’importation de diesel et de kérosène raffinés à partir de pétrole russe transformé dans des pays tiers. Effective depuis mercredi, cette décision ouvre une brèche significative dans le dispositif sanctionnaire occidental contre Moscou — une brèche motivée non par un changement de doctrine géopolitique, mais par une urgence bien concrète : l’envolée des prix des carburants et la fragilisation croissante des approvisionnements énergétiques britanniques.

Londres emboîte ainsi le pas à Washington, qui a prolongé sa propre dérogation autorisant l’achat de pétrole russe maritime. Dans ce contexte de crise, le Brent évolue désormais autour de 110 dollars le baril, selon Yahoo Finance, porté par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, verrou stratégique par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial.

Le Royaume-Uni autorise à nouveau les importations de pétrole russe raffiné

Pour comprendre la portée de ce geste, il faut rappeler que les sanctions britanniques interdisaient, depuis octobre 2024, toute importation de diesel et de kérosène raffinés à partir de brut russe dans des pays tiers. Cette restriction s’inscrivait dans la logique d’étranglement économique de Moscou : tarir les revenus pétroliers du Kremlin pour affaiblir sa capacité de financer la guerre en Ukraine.

Mais la guerre déclenchée entre les États-Unis, Israël et l’Iran a profondément bouleversé les flux énergétiques mondiaux. Le carburant d’aviation a plus que doublé depuis le début du conflit, contraignant plusieurs compagnies aériennes à annuler des liaisons et à répercuter la hausse sur leurs tarifs. À la pompe, le prix moyen de l’essence au Royaume-Uni a atteint 152,52 pence le litre lundi, selon l’organisation automobile RAC — un niveau qui ravive les craintes d’une spirale inflationniste.

Les implications de l’assouplissement des sanctions

Concrètement, la nouvelle réglementation britannique rétablit la possibilité d’importer du kérosène en provenance d’Inde, qui constituait jusqu’à l’été dernier l’un des principaux fournisseurs de l’Europe. New Delhi raffine en effet d’importants volumes de brut russe depuis que ce dernier s’est trouvé exclu des marchés occidentaux — une chaîne d’approvisionnement indirecte que Londres avait cherché à couper, et qu’elle rouvre aujourd’hui sous la pression des circonstances. La Turquie joue un rôle analogue pour une partie de ces flux. Selon Reuters, ces nouvelles règles sont d’une « durée indéfinie », même si elles feront l’objet de réexamens périodiques — une formulation qui, pour un spécialiste des marchés de l’énergie, signifie en pratique une normalisation progressive de ces flux.

Londres a par ailleurs accordé une licence temporaire couvrant le transport maritime de gaz naturel liquéfié depuis les projets russes Sakhalin-2 et Yamal, valable jusqu’au 1er janvier 2027, incluant les services de transport, de financement et de courtage. Cette mesure, moins médiatisée, témoigne de l’ampleur réelle de l’assouplissement consenti.

Les critiques et les divisions occidentales

La décision britannique suscite une vive réprobation au sein de l’Union européenne. Valdis Dombrovskis, commissaire européen à l’Économie, a été on ne peut plus explicite : « Du point de vue de l’UE, nous ne pensons pas que ce soit le moment d’alléger la pression sur la Russie. » Il a ajouté, avec une franchise qui dit beaucoup sur les fractures du front occidental : « La Russie est celle qui gagne de cette guerre en Iran et de l’augmentation des prix des combustibles fossiles. »

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, cité par The Guardian, a condamné ces mesures sans détour : « Chaque dollar payé pour le pétrole russe est de l’argent pour la guerre. » Cette formule résume avec une clarté cruelle le dilemme qui s’impose désormais aux démocraties occidentales : jusqu’où la sécurité d’approvisionnement peut-elle justifier de financer indirectement l’effort de guerre russe ?

Pourquoi l’Union européenne ne peut pas suivre

L’UE se trouve dans l’impossibilité structurelle d’emprunter la même voie. Elle a mis en place un embargo quasi-total sur le pétrole russe, assorti d’exceptions très limitées pour certains pays enclavés. Modifier ce dispositif exige l’unanimité des vingt-sept États membres — un verrou politique d’autant plus infranchissable que plusieurs pays d’Europe de l’Est, en première ligne face à l’agression russe, s’opposent avec la plus grande fermeté à tout assouplissement. La Commission européenne, pour sa part, a fait le choix d’une stratégie de diversification des approvisionnements — terminaux GNL, partenariats renforcés avec la Norvège, l’Algérie et les États-Unis — plutôt que de dérogations au cas par cas. Une architecture qui, dans la durée, se révèle plus robuste que celle du Royaume-Uni, mais qui exige un temps d’adaptation que la crise actuelle ne permet pas toujours d’accorder.

Cette pénurie énergétique expose avec brutalité la fragilité des chaînes d’approvisionnement mondiales en hydrocarbures. Pour les compagnies aériennes, dont le carburant peut représenter jusqu’à 25 % des coûts opérationnels, la pression est considérable. La flambée du diesel et du kérosène alimente par ricochet les tensions inflationnistes au Royaume-Uni, à un moment où la Banque d’Angleterre peine déjà à ramener l’inflation vers sa cible. Paradoxalement, et c’est là tout le cynisme de la situation, ces dérogations risquent de gonfler les revenus pétroliers russes au moment même où le Kremlin est censé subir des sanctions économiques sans précédent. Le pétrole russe continue d’irriguer les marchés mondiaux via des intermédiaires — raffineries indiennes, négociants turcs, pavillons de complaisance — rendant l’application rigoureuse des sanctions de plus en plus illusoire, selon BBC News.

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