Le 12 mars 2026, le pétrole s’est établi à 100,52 dollars, soit environ 86,8 euros, tandis que le brut américain WTI évoluait autour de 94,47 dollars, soit près de 81,6 euros. Quelques jours auparavant, le 9 mars, le Brent avait brièvement atteint 119,50 dollars, soit plus de 103 euros, un niveau inédit depuis l’été 2022.
Cette remontée s’inscrit dans une séquence de forte volatilité des marchés pétroliers, alimentée par les attaques contre les infrastructures énergétiques et les routes maritimes du Golfe. Les perturbations touchent en particulier le détroit d’Ormuz, un corridor énergétique par lequel transitent environ 20 % des flux pétroliers mondiaux.
Une prime de risque géopolitique qui renchérit le pétrole
La flambée actuelle reflète principalement la montée de la prime de risque géopolitique intégrée dans les cours du pétrole. Les attaques contre les navires marchands, les installations énergétiques et certaines infrastructures portuaires du Golfe ont ravivé les craintes de perturbation durable de l’offre.
Un porte-conteneurs a été frappé au large de Dubaï, tandis qu’un incendie s’est déclaré près de l’aéroport de Bahreïn après une attaque contre des installations énergétiques. Dans le même temps, le champ pétrolier saoudien de Shaybah a été visé et l’Irak a suspendu l’activité de l’ensemble de ses terminaux pétroliers.
Ces événements ont provoqué une forte réaction des marchés. Le Brent a progressé d’environ 9 % lors de certaines séances de mars, illustrant la sensibilité extrême du marché pétrolier aux risques sécuritaires dans le Golfe.
Dans ce contexte, la situation du détroit d’Ormuz demeure centrale. Ce passage maritime, large de quelques dizaines de kilomètres seulement à son point le plus étroit, constitue l’une des principales artères du commerce énergétique mondial. Les exportations pétrolières de l’Arabie saoudite, de l’Irak, du Koweït, du Qatar ou encore des Émirats arabes unis transitent largement par cette route.
Une réponse coordonnée des stocks stratégiques
Face à cette tension sur les marchés, les pays membres de l’Agence internationale de l’énergie ont annoncé le 11 mars une libération exceptionnelle de réserves stratégiques. Au total, 400 millions de barils doivent être injectés sur le marché afin de stabiliser les approvisionnements.
Les États-Unis contribueront à hauteur de 172 millions de barils, soit la part la plus importante de cette opération coordonnée. Cette intervention représente la plus grande mobilisation de stocks pétroliers depuis la création de l’AIE.
Le directeur exécutif de l’organisation, Fatih Birol, a estimé que le marché pétrolier faisait face à des perturbations d’une ampleur inédite et que cette libération de stocks constituait une réponse d’urgence exceptionnelle.
Cependant, l’impact de cette mesure reste limité pour l’instant. Les analystes estiment que les réserves stratégiques peuvent atténuer un choc ponctuel mais ne peuvent pas compenser durablement une perturbation prolongée des exportations du Golfe.
Selon les analystes d’ING, une détente durable des prix dépendra avant tout du rétablissement du trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz.
Des conséquences directes pour les marchés énergétiques mondiaux
La hausse du pétrole a déjà commencé à se diffuser à l’ensemble des marchés énergétiques et financiers. On observe un recul des marchés boursiers asiatiques ainsi qu’une remontée des rendements obligataires, signe que la flambée du pétrole alimente les anticipations d’inflation.
Sur le plan énergétique, l’Asie apparaît particulièrement exposée à cette hausse. Plusieurs grandes économies de la région importent la quasi-totalité de leur pétrole depuis le Moyen-Orient. Le Japon, la Corée du Sud ou encore les Philippines dépendent fortement des flux transitant par le détroit d’Ormuz.
L’Europe reste également vulnérable. Importatrice nette de pétrole, elle doit faire face à une concurrence accrue sur les marchés internationaux lorsque les exportations du Golfe sont perturbées.
Dans ce contexte, la barre des 100 dollars constitue moins un simple seuil psychologique qu’un indicateur de tension sur l’équilibre mondial du marché pétrolier. Tant que les risques sécuritaires dans le Golfe persisteront et que la circulation du pétrole dans le détroit d’Ormuz restera menacée, les cours devraient continuer d’intégrer une prime de risque élevée.






