Au 1ᵉʳ janvier 2025, la France comptait 5,4 millions de passoires thermiques, soit 400 000 de moins qu’en 2024. Si cette évolution est saluée dans un contexte de transition écologique, elle ne découle pas exclusivement de rénovations, mais en partie de la réforme du Diagnostic de Performance Énergétique (DPE).
Un recul mesurable, mais en partie artificiel
La Direction des statistiques du ministère de la Transition écologique a révélé que 5,4 millions de logements en France métropolitaine sont classés F ou G au DPE, soit 14,4 % du parc total. En 2024, ce chiffre s’élevait à environ 5,8 millions. Cette baisse de 400 000 unités ne résulte pas uniquement d’une amélioration de la performance énergétique : selon la SDES, 38 % de cette diminution provient d’un changement dans la méthode de calcul du DPE, principalement pour les surfaces inférieures à 40 m².
Cette modification, effective depuis février 2024, corrigeait une surestimation de la consommation énergétique de petits logements. Résultat : 160 000 logements ont été reclassés hors des catégories F et G, sans intervention sur leur isolation, leur système de chauffage ou leur ventilation.
Efficacité énergétique réelle ou statistique ?
« Nous constatons une baisse statistique significative, mais qui n’est pas nécessairement synonyme d’une baisse effective des consommations d’énergie », indique le Service des données et études statistiques. En d’autres termes, l’impact réel sur les usages énergétiques (chauffage, émissions, factures) est incertain. Ce décalage entre classement et réalité pose problème alors que le DPE est censé être un outil d’orientation énergétique, notamment pour cibler les rénovations prioritaires.
La réforme du DPE : un levier d’affichage énergétique
La réforme du DPE introduite en 2021, et modifiée à plusieurs reprises, visait à rendre plus fiable le classement énergétique des logements. Après avoir été suspendu partiellement pour erreurs de calcul, son barème a été corrigé en 2024 pour mieux prendre en compte la consommation des petites surfaces. Par ailleurs, une nouvelle évolution est attendue en 2026, avec la révision du coefficient de conversion de l’électricité, abaissé de 2,3 à 1,9. Cette mesure pourrait faire basculer jusqu’à 700 000 logements hors du statut de passoire thermique.
Si ces modifications permettent de corriger des anomalies et d’« actualiser » les méthodes de calcul, elles soulèvent néanmoins un enjeu de transparence énergétique. Un logement qui change de lettre sans modification de ses équipements ou de son isolation n’a pas réduit sa consommation, ni ses émissions de gaz à effet de serre.
Quels effets sur la transition énergétique ?
Alors que la France s’est engagée à réduire de 50 % sa consommation finale d’énergie d’ici 2050 (objectif de la loi Énergie-Climat), l’amélioration réelle du parc bâti est cruciale. Le bâtiment représente à lui seul 45 % de la consommation d’énergie finale et près de 25 % des émissions de CO₂. Or, les reclassifications « à méthodologie constante » n’améliorent ni l’isolation, ni les usages, ni le confort thermique. Elles risquent, au contraire, de ralentir l’effort de rénovation si elles donnent une image trop optimiste de la situation.
Les rénovations restent indispensables pour atteindre les objectifs climatiques
Derrière la baisse annoncée de 400 000 passoires thermiques, le constat reste préoccupant : près de 4 millions de résidences principales restent classées F ou G. Ce chiffre traduit la difficulté structurelle à massifier les rénovations, en particulier dans le parc locatif ancien, souvent occupé par des ménages modestes.
Malgré des aides comme MaPrimeRénov’, les freins persistent : coût des travaux, manque d’artisans qualifiés, complexité des démarches. Or, pour qu’un logement classé F passe à une classe C, il faut souvent engager des chantiers lourds : isolation par l’extérieur, changement du système de chauffage, ventilation double flux… Des opérations qui nécessitent un budget de 25 000 à 60 000 euros selon les configurations.
La baisse des passoires est-elle durable ?
Rien ne garantit que les reclassifications observées en 2025 résisteront aux prochains audits énergétiques. Si les calculs changent à nouveau ou si les usages évoluent, un bien peut à nouveau basculer dans la catégorie des logements énergivores. Par ailleurs, sans amélioration réelle des performances, les économies d’énergie promises restent théoriques.
Selon la SDES, « l’indicateur de performance énergétique n’est pas figé : il doit suivre l’évolution des pratiques, des usages, et des référentiels climatiques ».






