Flamanville : pourquoi l’EPR sera à l’arrêt pendant un an entre 2026 et 2027 ?

Alors que l’EPR de Flamanville approche de sa pleine puissance, EDF a déjà fixé la date d’un arrêt d’une ampleur inédite : 350 jours de « visite complète » à partir du 26 septembre 2026. Un choix imposé par la sûreté, qui va mobiliser toute la filière nucléaire et peser sur la production électrique française.

Publié le
Lecture : 3 min
Nucléaire : ce gigantesque chantier au Bugey qui va transformer l’Ain pour des décennies
Flamanville : pourquoi l’EPR sera à l’arrêt pendant un an entre 2026 et 2027 ? | L'EnerGeek

Le 12 novembre 2025, EDF a confirmé que l’EPR de Flamanville, en cours de montée en puissance, sera totalement à l’arrêt pendant près d’un an à partir du 26 septembre 2026 pour sa première « visite complète », un arrêt réglementaire de grande ampleur. Cette décision place la centrale de Flamanville au cœur des enjeux nucléaires français : comment organiser la maintenance lourde d’un EPR de troisième génération, tout en garantissant la continuité de la production d’énergie et le respect des plus hauts standards de sûreté ?

Flamanville face à un arrêt de 350 jours : une « visite complète » au cordeau nucléaire

EDF a précisé que l’arrêt de Flamanville débutera le 26 septembre 2026 et durera 350 jours, soit pratiquement une année de non-production pour le nouveau réacteur, relaye Connaissance des Energies. Cette « visite complète » constitue la première grande séquence de maintenance programmée depuis le chargement initial du combustible et le couplage au réseau intervenu en décembre 2024. Elle est présentée comme un arrêt d’ampleur prévu 30 mois après le premier chargement du cœur, ce qui la positionne comme un jalon structurant du cycle de vie de l’EPR. EDF souligne que cette exigence s’applique à « Flamanville 3 comme à l’ensemble des réacteurs du parc nucléaire dans son histoire ».

D’un point de vue industriel, l’arrêt programmé de Flamanville va bien au-delà d’une simple indisponibilité de production. Les équipes prévoient « de l’ordre de 20 000 activités » sur le site, avec « 200 partenaires industriels » mobilisés sur des opérations de contrôle, de maintenance et de modifications éventuelles, selon les précisions apportées par Sébastien Miossec, directeur délégué production d’EDF, lors d’un point presse.

Un arrêt centré sur la sûreté : remplacement du couvercle, contrôles lourds et renouvellement du combustible

Le cœur de la stratégie d’arrêt de Flamanville repose sur un triptyque clairement identifié par EDF : traitement des composants sous surveillance, contrôles massifs et renouvellement du combustible. La visite complète sera notamment l’occasion de remplacer le couvercle de la cuve, dont les anomalies métallurgiques sont connues de longue date et ont fait l’objet de prescriptions de l’Autorité de sûreté nucléaire. Cette opération, présentée par Sébastien Miossec comme « déjà réalisée dans le passé du parc nucléaire » et donc maîtrisée par l’exploitant, s’effectuera dans un contexte très encadré, avec des exigences renforcées sur les contrôles de fabrication et les essais en service. Pour Flamanville, la réussite de ce remplacement conditionnera directement la crédibilité industrielle de l’EPR français.

Au-delà de ce composant emblématique, la visite complète de Flamanville doit aussi permettre de renouveler l’ensemble du combustible d’uranium. Le réacteur sera intégralement déchargé, puis rechargé avec un nouveau cœur, ce qui impose une séquence fine de manutentions, de contrôles de cuve et de vérifications des dispositifs de maintien du combustible. Ce remplacement intervient après un premier cycle d’exploitation marqué par des essais progressifs de montée en puissance et plusieurs arrêts techniques, dont un arrêt de quatre mois entre mi-juin et mi-octobre 2025 pour traiter une fuite sur des soupapes du pressuriseur, d’après la même dépêche AFP.

Flamanville dans l’équation du parc nucléaire : effets systémiques d’un arrêt d’un an

Pour la politique énergétique française, l’arrêt prolongé de Flamanville intervient au moment précis où l’EPR doit commencer à délivrer sa pleine puissance sur le réseau. Le réacteur, présenté comme le plus puissant du parc nucléaire français, affiche une puissance théorique de 1 620 MW, même si la Commission de régulation de l’énergie a relevé dans un rapport récent qu’EDF travaillait sur une hypothèse de 1 585 MW, en attendant la confirmation définitive après essais à pleine puissance.

À puissance nominale, l’installation doit pouvoir alimenter environ deux millions de foyers, ce qui donne la mesure de la contribution attendue de la centrale de Flamanville au mix électrique bas carbone. Cet arrêt de Flamanville s’inscrit par ailleurs dans un calendrier déjà très chargé pour le parc nucléaire existant, soumis à des visites décennales, des travaux de prolongation au-delà de 40 ans et des opérations de maintenance liées aux phénomènes de corrosion sous contrainte identifiés ces dernières années.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.