Durabilité : Les majors du pétrole menacent de fermer le robinet à l’UE

Alors que l’Union européenne affiche une détermination sans faille en matière de développement durable, les géants du gaz et du pétrole, QatarEnergy et ExxonMobil, menacent ouvertement de se retirer du marché européen. Au cœur de la controverse : la nouvelle directive sur le devoir de vigilance, pilier de la transition énergétique de l’Union, jugée trop contraignante par ces acteurs qui redoutent des amendes colossales et un bouleversement de leurs modèles économiques.

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Durabilité : Les majors du pétrole menacent de fermer le robinet à l’UE © L'EnerGeek

Le 3 novembre 2025, lors du sommet de l’énergie ADIPEC à Abou Dhabi, le Qatar et ExxonMobil ont lancé un avertissement retentissant à Bruxelles. Les deux puissances énergétiques contestent la directive européenne sur la durabilité des entreprises, dite CSDDD, pierre angulaire du développement durable voulu par l’Union. Cette législation impose aux grandes sociétés de repérer et de prévenir les atteintes aux droits humains et à l’environnement tout au long de leurs chaînes d’approvisionnement.

Or, selon les acteurs industriels, les nouvelles règles de conformité, les obligations de reporting et la menace d’amendes allant jusqu’à 5 % du chiffre d’affaires mondial rendent le marché européen « inviable ».

Énergie: l’Union européenne défend une stratégie fondée sur le développement durable et la transition énergétique

L’Union européenne poursuit un cap clair : placer le développement durable au cœur de son économie. Par sa directive sur la diligence raisonnable, adoptée en 2024, Bruxelles veut garantir que toutes les grandes entreprises opérant sur son territoire adoptent un plan de transition climatique compatible avec la neutralité carbone en 2050. Ce texte, conçu pour responsabiliser les multinationales sur leurs impacts sociaux et environnementaux, impose également des plans d’action vérifiables et des contrôles réguliers. Il s’inscrit pleinement dans la stratégie de transition énergétique européenne, qui repose sur la diversification des sources et la réduction de la dépendance aux énergies fossiles.

Cependant, cette ambition se heurte à des résistances puissantes. Les entreprises pétrolières et gazières jugent ces contraintes excessives, notamment parce qu’elles s’appliquent à leurs partenaires extérieurs à l’Union. ExxonMobil a ainsi déclaré que « si nous ne pouvons pas être une entreprise performante en Europe, et plus encore si cette législation nuisible est imposée ailleurs, il devient impossible d’y rester », selon son PDG Darren Woods cité par Reuters.

Le Qatar menace de suspendre ses livraisons de gaz naturel liquéfié vers l’Europe

Le Qatar, fournisseur clé de gaz naturel liquéfié (GNL), a exprimé sa colère face aux exigences européennes. Son ministre de l’Énergie, Saad Sherida Al-Kaabi, également PDG de QatarEnergy, a affirmé : « Si l’Europe ne revoit pas le CSDDD ou ne l’assouplit pas, avec une pénalité de 5 % de notre chiffre d’affaires mondial, nous ne livrerons pas de GNL à l’Europe, c’est certain », selon Ici Beyrouth. Cette phrase résume la menace : le Qatar envisage sérieusement de couper ses exportations vers l’Union, un choc majeur pour un continent qui dépend du Golfe pour 12 à 14 % de ses importations de GNL depuis 2022.

Selon Reuters, le PDG du groupe autrichien OMV, Alfred Stern, a lui aussi tiré la sonnette d’alarme : « Si le tanker du Qatar ne vient plus accoster en Europe, nous aurons un énorme problème. » Si Doha mettait sa menace à exécution, l’UE pourrait être confrontée à une hausse immédiate des prix du gaz et à une pression accrue sur ses stocks hivernaux.

ExxonMobil hausse le ton contre une Europe jugée trop punitive

L’autre front de contestation provient d’ExxonMobil, premier groupe pétrolier américain. À l’occasion du même sommet, son PDG Darren Woods a dénoncé une réglementation « inapplicable », estimant que l’entreprise pourrait « ne plus poursuivre ses activités dans l’Union européenne » si la directive CSDDD n’était pas assouplie. ExxonMobil craint notamment que la portée extraterritoriale du texte impose à ses filiales mondiales une cascade d’obligations juridiques et de risques financiers.

L’enjeu économique est considérable : le groupe a investi environ 20 milliards d’euros en Europe au cours de la dernière décennie. Une sortie du marché européen serait un séisme industriel, menaçant des milliers d’emplois et de projets énergétiques à long terme.

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