Depuis le 25 septembre 2025, les révélations par le média Contexte sur un plan gouvernemental prévoyant un moratoire temporaire sur l’éolien et le solaire agitent le monde de l’énergie. Officiellement destiné à “réévaluer le soutien public”, ce projet pourrait freiner brutalement la montée en puissance des énergies renouvelables dans la PPE. Pour les acteurs du secteur, ce recul stratégique risque de désorganiser toute la chaîne industrielle et de compromettre les engagements climatiques de la France.
Une mise sous cloche qui rebat les trajectoires de production
Un moratoire au cœur d’un ajustement politique
Le plan porté par Matignon, qualifié de “scénario RN‑compatible” par Contexte, repose sur une suspension des appels d’offres pour les projets solaires et éoliens terrestres. Ce blocage provisoire serait maintenu jusqu’à la remise d’un rapport d’expertise mandaté par le gouvernement, censé “réexaminer les modalités de soutien public” à ces technologies. D’après AEF Info, cette mission serait confiée à un ou deux économistes.
Cette décision aurait un effet immédiat : l’arrêt pur et simple de la mise en concurrence pour les projets au sol. Autrement dit, pendant plusieurs mois, la puissance installée en énergies renouvelables ne progresserait plus, compromettant de fait l’atteinte des objectifs 2030 fixés par la loi énergie-climat.
L’éolien et le solaire dans la PPE : des filières déjà en tension
Dans la dernière mouture de la PPE, les projections tablaient sur une capacité installée comprise entre 33,2 et 34,7 GW pour l’éolien terrestre et entre 44 et 54 GW pour le solaire à l’horizon 2028. Pour atteindre ces cibles, la dynamique d’appels d’offres et de raccordements doit non seulement être maintenue, mais accélérée.
Or, d’après France Renouvelables, le rythme annuel actuel est déjà insuffisant : en 2024, seuls 2,3 GW de solaire et 1,5 GW d’éolien terrestre ont été ajoutés (France Renouvelables, Observatoire 2024). Le moindre gel aggraverait ce retard, forçant mécaniquement un rehaussement du rythme dans la seconde moitié de la période PPE.
Un gel aux effets systémiques sur la filière énergétique
Déséquilibres dans le mix et distorsion marché
En gelant deux des piliers majeurs de la décarbonation, le plan Matignon introduit une distorsion dans la planification énergétique nationale. L’éolien et le solaire représentent aujourd’hui 26 % de la production électrique renouvelable française (données RTE 2024). Tout ralentissement dans leur croissance reporte la pression sur d’autres filières — en particulier l’hydroélectricité, déjà proche de ses limites de développement, et le nucléaire, dont les capacités supplémentaires ne seront disponibles qu’à partir de 2035.
En parallèle, le gel des appels d’offres entraînerait une hausse des coûts unitaires des projets restants. Moins de concurrence, moins de volumes, plus de risques : autant d’éléments qui viendraient inverser la courbe de compétitivité des renouvelables, pourtant en constante amélioration depuis une décennie.
Menaces industrielles et pertes d’emplois
Les conséquences ne seraient pas seulement climatiques ou budgétaires. Le Syndicat des Énergies Renouvelables (SER) rappelle que le moratoire sur le solaire de 2010 avait entraîné la disparition de “plus de 20 000 emplois”. Aujourd’hui, la filière solaire emploie 67 000 personnes et l’éolien terrestre 31 444.
Une interruption brutale du marché provoquerait des ruptures dans la chaîne de valeur : ingénierie, production, maintenance, sous-traitance. Pour les PME positionnées sur ces segments, la perte de visibilité est souvent synonyme de fermeture. La dynamique industrielle française des énergies renouvelables, récemment renforcée par des investissements en fabrication de panneaux et d’éoliennes, pourrait ainsi être partiellement anéantie.
Un virage qui rompt avec les équilibres construits
Fracture démocratique et dissonance parlementaire
Le président du SER, Jules Nyssen, dénonce un “profond déni démocratique ». Ce jugement fait écho au rejet massif, le 24 juin 2025, par 377 députés, d’une proposition de loi visant à instaurer un moratoire sur le solaire et l’éolien.
La perspective d’un contournement par décret révèle une tension entre l’exécutif et le législatif sur les priorités énergétiques. Tandis que le Parlement réaffirme l’urgence climatique, l’exécutif semble céder aux pressions politiques d’un RN qui conteste l’utilité même des renouvelables. Le projet de PPE en ressort fragilisé : il risque de perdre toute cohérence s’il sacrifie deux leviers majeurs de transition au nom d’un compromis tactique.
Un signal à contretemps de l’accélération européenne
Alors que l’Allemagne vient de relever ses objectifs de solaire à 215 GW en 2030 (contre 90 aujourd’hui), et que l’Espagne vient d’atteindre plus de 60 % d’électricité renouvelable dans son mix, la France envoie un signal paradoxal. Elle suspend l’outil qui devait justement lui permettre de rattraper son retard.
Dans un contexte où l’Europe mise massivement sur les renouvelables pour sécuriser ses approvisionnements et atteindre la neutralité carbone, le choix de Matignon semble d’autant plus anachronique.




