A Dubaï, Andry Rajoelina appelle à investir dans la transition énergétique malgache

Avec plus de huit habitants sur dix qui ne bénéficient toujours pas d’un accès à l’électricité, Madagascar apparaît surtout comme un laboratoire géant de la transition énergétique.

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A Dubaï, Andry Rajoelina appelle à investir dans la transition énergétique malgache © L'EnerGeek

Le président malgache a fait de l’électrification de la Grande Île l’une de ses priorités. Un défi de taille, alors que 80% des habitants n’ont pas accès à l’électricité ; et une ambition qui ne pourra être atteinte qu’avec le soutien des investisseurs et entreprises du monde entier, qui voient dans Madagascar la nouvelle terre promise de l’économie verte.

« Madagascar est prêt à accueillir les investisseurs émiratis. Prêt à bâtir des partenariats gagnant-gagnant. Prêt à mettre en valeur les talents de notre jeunesse et les richesses de nos terres » : Andry Rajoelina avait mis les petits plats dans les grands à l’occasion du « Dubaï – Madagascar Business Forum », qui se tenait aux Émirats arabes unis (EAU) du 27 au 29 mai. Le président malgache, qui avait fait le déplacement accompagné de plusieurs ministres et d’une soixantaine de chefs d’entreprise, n’a pas ménagé ses efforts pour convaincre les investisseurs du Golfe de miser sur la Grande Île. Avec des arguments soigneusement choisis.

Madagascar regorge en effet d’opportunités. A la fois immense et encore largement sous-développée, l’île dispose d’abondantes ressources, notamment naturelles et minières. Avec plus de huit habitants sur dix qui ne bénéficient toujours pas d’un accès à l’électricité, Madagascar apparaît surtout comme un laboratoire géant de la transition énergétique. Celle-ci a été élevée au rang de priorité absolue par Andry Rajoelina : le président malgache, conscient que l’électrification du pays est un préalable à son développement, cherche ainsi à attirer, comme à Dubaï récemment, les capitaux du monde entier afin de rattraper le retard énergétique de son pays.

Rajoelina veut doubler la capacité énergétique malgache

Depuis plusieurs années, Madagascar s’est engagé dans une transformation en profondeur de son paysage énergétique. En ligne avec les principes de la Déclaration de Dar es Salam et l’Agenda 2063 de l’Union africaine (UA), les ambitions du pays en matière d’économie verte sont à la mesure des besoins, immenses, à couvrir. « Notre objectif est de doubler, voire tripler notre capacité énergétique dans les années à venir pour soutenir l’industrialisation et le développement de notre pays », a lancé Andry Rajoelina en septembre dernier. Sont ainsi visés 1 000 mégawatts (MW) d’énergie solaire dans les prochaines années, 380 MW de capacités hydroélectriques en six ans et 550 MW d’énergies renouvelables (EnR) diverses à l’horizon 2028.

De telles ambitions attirent les regards du monde entier. Aux côtés de la Gambie et du Botswana, Madagascar vient à ce titre d’être choisi comme pays pilote pour mener le programme de transition énergétique pour l’Afrique, ou AFRETRAP (Africa Energy Transition Program). Misant sur la décarbonation profonde, ce programme vise à se défaire de la dépendance aux énergies fossiles, l’île ayant le potentiel de devenir un futur « hub » solaire et éolien dans l’océan indien. Faire partie des trois pays pilotes de l’AFRETRAP « est une reconnaissance de notre potentiel, mais aussi un défi sans précédent », reconnaît volontiers Ralainirina Paul Bert, le ministre malgache de l’Energie. « Madagascar a les ressources, mais le temps presse. Le monde regarde », glisse un diplomate à la même source.

Les PPP, l’arme d’électrification massive ?

Avec un ensoleillement record et ses immenses étendues, l’île a les atouts pour réussir sa transition énergétique ; encore faut-il en avoir les moyens, techniques comme financiers. « Nous savons que ce combat ne peut être mené seuls », a reconnu en janvier dernier Andry Rajoelina, selon qui son pays doit s’attacher désormais à « mobiliser les ressources et stimuler les investissements ». Le voyage à Dubaï s’inscrivait précisément dans cette optique ; de même que, sur place, la multiplication des partenariats public-privé (PPP), qui représentent une carte maîtresse dans la manche d’Antananarivo. Qu’ils soient solaires ou hydroélectriques, plusieurs projets d’envergure reposent ainsi sur une étroite collaboration entre l’État malgache et des acteurs privés appelés de l’étranger.

Ainsi du projet de barrage hydroélectrique de Volobe, dans le nord-est du pays. D’une capacité de 120 MW, le complexe, qui devrait être opérationnel en 2030, est en partie développé par EDF. L’électricien français a officialisé son entrée au capital du projet à la fin du mois d’avril, afin de contribuer à fournir, selon Béatrice Buffon, PDG d’EDF Renouvelables, « une électricité décarbonée, fiable et compétitive ». Dans le centre du pays cette fois, c’est aussi un PPP qui prépare le chantier du pharaonique complexe de Sahofika, une centrale hydroélectrique dont le budget prévisionnel est estimé à un milliard d’euros.

2 800 heures d’ensoleillement annuel

Si l’hydroélectrique est la première jambe de la transition énergétique malgache, le solaire est, assurément, la deuxième. Aux quatre coins du pays essaiment ainsi les initiatives photovoltaïques, certes de moindre envergure que les projets de barrages, mais aux effets plus immédiatement perceptibles par la population. A la fin du mois de mai, le groupe Tozzi Green Madagascar a par exemple inauguré deux infrastructures solaires sur la commune d’Ambohimarina Ambohimanga, qui bénéficient tant aux élèves des établissements scolaires locaux qu’aux soignants et patients des structures médicales de la localité. Avec quelque 2 800 heures d’ensoleillement annuel, Madagascar n’attend donc plus que les investisseurs pour réaliser pleinement son potentiel. Et s’imposer comme la plaque tournante de la transition énergétique africaine et indianocéanique.

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