Le 21 avril 2025, le département du Commerce des États-Unis a officialisé des hausses tarifaires massives sur les importations de cellules et modules solaires issus de quatre pays d’Asie du Sud-Est. Cette mesure, portée par l’administration Trump, bouleverse les dynamiques d’approvisionnement des développeurs photovoltaïques et pourrait ralentir la transition énergétique américaine en fragilisant l’un de ses maillons industriels les plus sensibles.
Trump annonce des droits de douane explosifs sur les panneaux solaires chinois
L’annonce est tombée comme une déflagration. Le département du Commerce impose désormais des droits antidumping et compensateurs pouvant atteindre 3 521 % sur les cellules et modules photovoltaïques en provenance de Malaisie, Cambodge, Thaïlande et Vietnam. Selon l’AFP, ces sanctions frappent de plein fouet les équipements issus d’usines asiatiques liées à des groupes chinois, comme Trina Solar, Jinko Solar ou encore Hounen Solar.
Dans le détail :
- Trina Solar, opérant en Thaïlande, subit un taux de plus de 375 % ;
- Jinko Solar est taxé à 40 % pour ses produits malaisiens et 245 % pour ceux venus du Vietnam ;
- Le Cambodge, qui a cessé de coopérer avec l’enquête américaine, écope du tarif maximal : 3 521 %.
Ces sanctions découlent d’un an d’investigations menées à la suite d’une plainte de fabricants américains, notamment First Solar, Hanwha Qcells et Convalt Energy, qui dénonçaient le dumping de structures de production délocalisées, mais pilotées par des intérêts chinois.
Les Etats-Unis fortement dépendants de l’Asie pour le solaire
La mesure vise explicitement à contrer une stratégie d’évitement bien connue : après les premières sanctions contre la Chine en 2012, de nombreux fabricants ont déplacé leur capacité vers des juridictions non sanctionnées. Résultat, en 2023, 77 % des modules solaires installés aux États-Unis provenaient encore de ces quatre pays d’Asie du Sud-Est, rappelle Bloomberg, pour un total de 12,9 milliards de dollars d’importations.
Selon le département du Commerce : « Dans les enquêtes sur les subventions, le Commerce a conclu que les entreprises de chaque pays recevaient des subventions du gouvernement chinois. Ce sont parmi les premières enquêtes où le ministère constate une subvention transnationale affirmative ».
Les entreprises américaines frappées de plein fouet… par rebond
Derrière les ambitions industrielles affichées, la décision menace l’ensemble de la filière solaire aux États-Unis. Car si les tarifs douaniers protègent certains fabricants, ils asphyxient les développeurs et installateurs dont les modèles économiques reposaient sur un approvisionnement fluide et à bas coût.
Bloomberg avertit que cette décision « intensifie les difficultés qui menacent déjà le développement des énergies renouvelables aux États-Unis ». Les effets immédiats sont redoutés : retards dans les projets, inflation des coûts de construction, pression accrue sur les distributeurs et ralentissement possible du rythme des nouvelles connexions.
Ce basculement intervient dans un moment particulièrement critique, alors que la politique incitative fédérale – en particulier l’Inflation Reduction Act – tente de faire émerger une filière industrielle solaire domestique. Or plusieurs de ces projets restent embryonnaires, tandis que les acteurs asiatiques conservent une avance technologique et une capacité de production massivement supérieure.
Alerte générale sur le solaire ?
Si les États-Unis tirent la première salve, rien n’exclut que d’autres régions suivent. Plusieurs analystes évoquent déjà un effet domino sur d’autres zones d’assemblage comme l’Inde, l’Indonésie ou le Laos, qui accueillent des unités récemment implantées par les mêmes industriels chinois pour contourner les sanctions.
À l’échelle globale, cette instabilité tarifaire fait peser une menace structurelle sur la chaîne de valeur solaire : hausse des coûts, réorientation des flux d’investissement, gel de projets et incertitude réglementaire généralisée. En clair : une nouvelle guerre douanière pourrait compromettre la baisse continue des prix du solaire – un pilier central de son attractivité énergétique.






