Pétrole : vers une chute record du prix en Bourse ?

Tandis que le baril de Brent oscille autour de 65 dollars, les prévisions des grands acteurs convergent : la décennie s’annonce sous le signe d’un excès d’offre et d’une demande freinée. 2025 ne sera pas l’année du rebond.

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Pétrole : l'OPEP prévoit une baisse significative de la demande pour 2025
Pétrole : vers une chute record du prix en Bourse ? © L'EnerGeek

À la mi-avril 2025, les grands équilibres du marché pétrolier mondial semblent se reconfigurer. Le Brent, qui s’échangeait encore à près de 82 dollars l’an passé, tourne désormais autour de 65 dollars, en repli marqué. Les acteurs institutionnels, agences internationales et banques d’investissement revoient en cascade leurs prévisions à la baisse.

Pétrole : Une demande mondiale en perte d’élan

Les premières révisions sont tombées comme un couperet. Dans son Oil Market Report publié le 15 avril 2025, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a abaissé de 300 000 barils/jour sa prévision de croissance de la demande mondiale pour 2025, à 730 000 b/j. « Nous anticipons une croissance de la demande de seulement 690 000 barils/jour en 2026, dans un contexte macroéconomique fragile et avec la montée en puissance des véhicules électriques », indique le rapport.

Les tensions commerciales, notamment entre la Chine et les États-Unis, et le ralentissement industriel asiatique accentuent cette tendance. L’OPEP, de son côté, a elle aussi abaissé sa projection, désormais fixée à 1,3 million de barils/jour pour 2025, en recul de 100 000 par rapport à ses estimations de mars.

Surplus confirmé : l’offre dépasse toujours la demande

Alors que la demande ralentit, l’offre reste dynamique. Selon les données de l’AIE, la production mondiale a atteint 103,6 millions de barils/jour en mars 2025, une progression de 910 000 b/j sur un an, portée par les pays non-OPEP+.

Si l’OPEP+ a annoncé une hausse de quotas de 411 000 b/j à partir de mai, les volumes réels risquent d’être bien plus élevés. Plusieurs pays — Kazakhstan, Émirats, Irak — produisent déjà au-delà de leurs limites officielles. Ce dérapage structurel rend toute anticipation de stabilisation très hasardeuse. « L’excès d’offre devrait se maintenir jusqu’en 2026, malgré une production américaine revue à la baisse à 490 000 b/j pour cette année », souligne l’AIE.

Des prix sous tension pour le pétrole brut en Bourse

Face à cette conjoncture défavorable, les grandes institutions financières ont largement revu leurs scénarios de prix.

  • Goldman Sachs, dans une note relayée par Rigzone le 16 avril, table sur un Brent à 63 dollars en 2025 et 58 dollars en 2026, évoquant même un scénario extrême « sous les 40 dollars » en cas de désengagement total de l’OPEP+.
  • JP Morgan, citée par Forbes, ajuste également ses prévisions : 66 dollars pour le Brent en 2025, 58 en 2026 ; le WTI est attendu à 62 et 53 dollars respectivement.
  • Commerzbank, via Finimize, table sur 65 dollars en 2025, contre 75 précédemment, estimant que « l’instabilité politique et économique actuelle empêche toute reprise durable du brut ».
  • Fitch Ratings, selon Breaking the News, abaisse aussi sa cible à 65 dollars pour le Brent, 60 pour le WTI, en raison des risques persistants sur la croissance mondiale et des politiques monétaires restrictives.

D’après le consensus Bloomberg, le prix médian anticipé pour le Brent s’élève à 73 dollars pour 2025, mais cette moyenne cache une forte dispersion des scénarios, allant de 58 à 78 dollars.

L’OPEP en alerte : le prix du pétrole est trop bas

Cette nouvelle donne fragilise la soutenabilité budgétaire de nombreux États pétroliers. Pour mémoire, plus de la moitié des membres de l’OPEP nécessitent un Brent supérieur à 75 dollars pour équilibrer leurs finances publiques.

Le seuil de rentabilité des exploitants de schiste américains est quant à lui estimé à 65 dollars, ce qui laisse peu de marge pour les investissements futurs. La Dallas Fed précise dans son dernier sondage qu’un tiers des foreurs a suspendu ses projets d’exploration depuis mars.

À l’horizon 2026, les signaux convergent vers un plafonnement des prix du pétrole, sauf rupture géopolitique majeure. Selon l’AIE :

  • La demande mondiale croîtrait de moins de 700 000 barils/jour,
  • L’offre non-OPEP progresserait de 920 000 b/j, notamment grâce au Brésil, au Canada et à la Guyane,
  • Les marges de raffinage resteraient faibles, limitant les perspectives d’expansion.

En parallèle, la croissance des stocks mondiaux, bien qu’encore modérée, pourrait renforcer les pressions déflationnistes sur les cours si la consommation ralentit davantage en Europe et en Asie.

Une nouvelle ère d’incertitude pour l’or noir

Les prévisions pour 2025 et 2026 confirment un retour durable à des niveaux de prix modérés, voire déprimés. Ni les mesures de l’OPEP+, ni les ajustements américains, ne semblent en mesure de rééquilibrer un marché profondément affecté par les transitions énergétiques, les réalignements géopolitiques et les mutations économiques.

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