Biogaz : malgré une production en hausse, la filière tire la sonnette d’alarme

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Biogaz : malgré une production en hausse, la filière tire la sonnette d’alarme | L'EnerGeek

Malgré une hausse inédite de la production de biogaz en 2024, le secteur français des gaz renouvelables évolue sur une ligne de crête. Car derrière la performance se dessine une fragilité structurelle : essoufflement du rythme d’installation, incertitude réglementaire, invisibilisation des technologies non conventionnelles. L’avenir du gaz vert reste suspendu à des arbitrages politiques majeurs, notamment au manque de cap clair fixé par la PPE 3, la loi de programmation pluriannuelle de l’énergie qui doit définir la politique énergétique de la France pour les dix prochaines années, soit d’ici à 2035.

Un record de production de biogaz, mais une dynamique au ralenti

Selon les données du 10e Panorama des gaz renouvelables, publié le 3 avril 2025 par le Syndicat des énergies renouvelables (SER), Gaz et Territoires, GRDF, NaTran et Teréga, en 2024, le volume de biométhane injecté dans les réseaux gaziers français a atteint 11,6 térawattheures (TWh), un chiffre hausse de 27 % par rapport à 2023. Cette progression – la plus forte jamais enregistrée – repose essentiellement sur la méthanisation de déchets agricoles, ménagers et industriels. Comme l’indique le panorama, la production de biogaz nationale désormais 3,2 % de la consommation française de gaz naturel. Un peu plus dans le détail, cela signifie que le réseau compte 731 sites injecteurs de biométhane. Parmi eux, 65 % sont issus du monde agricole, responsables de 7 636 GWh, soit plus de la moitié de la production nationale. Viennent ensuite les projets dits « territoriaux », portés par des collectivités locales ou des syndicats mixtes, qui fournissent environ un quart du volume, soit 3 500 GWh. Le reste provient de sources plus marginales, comme les stations d’épuration ou les installations de stockage de déchets non dangereux (ISDND). Leur potentiel est réel, mais leur contribution reste encore limitée, faute de moyens, de soutien ou d’adaptation des réseaux.

En effet, si la France vise un mix gazier intégralement renouvelable, elle ne pourra s’appuyer uniquement sur l’agriculture. Tous les gisements devront être mobilisés, et les technologies complémentaires intégrées rapidement. Or, et c’est l’avertissement que lance le 10e Panorama, derrière l’envolée de la production en 2024, un ralentissement se dessine : seules 79 nouvelles unités ont été mises en service, un niveau comparable à celui de 2019. À titre de comparaison, on en dénombrait 151 en 2021 et 139 en 2023. Ce repli s’explique par plusieurs facteurs structurels selon le Syndicat des énergies renouvelables (SER) : la révision tarifaire de 2020, considérée comme défavorable, un manque de visibilité économique, et une succession de crises – sanitaire, énergétique, géopolitique – qui ont gelé les investissements. Une tendance d’autant plus inquiétante que 1 358 projets sont aujourd’hui recensés, dont 983 encore en attente de raccordement au réseau, représentant à eux seuls un potentiel bloqué de 15,4 TWh.

De trop faibles ambitions dans la PPE 3

Si la méthanisation reste aujourd’hui la technologie hégémonique de la filière, les solutions dites « complémentaires » peinent à émerger. Pyrogazéification, gazéification hydrothermale, power-to-methane : autant de procédés cités, testés, mais toujours absents des trajectoires officielles. Le Syndicat des énergies renouvelables (SER) ne manque d’ailleurs pas de pointer du doigt la PPE 3 – la troisième loi de programmation pluriannuelle de l’énergie – qui, à ce jour, n’intègre aucun objectif chiffré pour ces technologies. Une lacune que dénoncent l’ensemble des partenaires du Panorama, ces-derniers y voyant une faute stratégique majeure face aux impératifs de décarbonation du mix gazier.

Les inquiétudes se cristallisent également autour de l’avenir des Certificats de production de biogaz (CPB). Leur rôle est essentiel dans la structuration économique de la filière, mais leur prolongation au-delà de 2028 reste floue. De fait, le cadre actuel est jugé instable, et l’absence de signal clair freine les financeurs. Dans un tel contexte, les porteurs de projets réclament aussi une dérogation ciblée à la loi ZAN (Zéro Artificialisation Nette), estimant que ce texte bloque de nombreuses installations, faute de foncier mobilisable.

Malgré un chiffre d’affaires estimé à 3 milliards d’euros, la filière demeure en retrait, voire atone : 75 % des projets en attente affichent une capacité inférieure à 25 GWh par an. Or, si la PPE 3 fixe un plafond de 79 TWh à l’horizon 2035, les acteurs du secteur en attendaient au moins 100 TWh pour aligner la trajectoire de production avec les engagements climatiques nationaux. Selon eux, en rester à ce niveau reviendrait à freiner structurellement et volontairement, le potentiel de développement du gaz renouvelable en France.

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