L’annonce par l’Élysée d’un ajustement du calendrier pour la mise en service du premier réacteur nucléaire EPR2 d’ici 2038, au lieu de 2035, s’inscrit dans une logique d’optimisation industrielle et financière.
Lundi 17 mars 2025, le Conseil de politique nucléaire, présidé par Emmanuel Macron, a officialisé un ajustement du calendrier concernant la mise en service du premier réacteur EPR2. Initialement prévue pour 2035, cette échéance est désormais repoussée à 2038. Ce décalage, fruit d’une évaluation approfondie du programme, répond à une double exigence : assurer la viabilité financière du projet et adapter son déploiement aux réalités industrielles et énergétiques.
Un ajustement maîtrisé pour un projet stratégique
Depuis son lancement, le programme EPR2 ambitionne de moderniser le parc nucléaire français avec des réacteurs plus performants, plus sûrs et mieux intégrés aux besoins énergétiques futurs. Le gouvernement a confirmé que l’objectif reste la construction de six réacteurs EPR2, implantés sur trois sites stratégiques : Penly (Seine-Maritime), Gravelines (Nord) et Bugey (Ain).
Loin d’être un simple report, ce réajustement découle d’un contexte énergétique stabilisé. La crise énergétique de 2022 avait mis en évidence l’urgence de sécuriser l’approvisionnement en électricité, mais les efforts de sobriété et la relance des centrales existantes ont permis de restaurer une capacité de production stable. Dès lors, le gouvernement choisit d’optimiser le projet plutôt que de précipiter sa mise en œuvre.
Des coûts ajustés, un investissement nécessaire
L’un des principaux défis de ce programme réside dans son financement. Initialement estimé à 51,7 milliards d’euros en 2022, le coût du projet a été revu à 67,4 milliards en 2023, pour atteindre 79,9 milliards en 2025, en raison de l’inflation et des ajustements technologiques. Le ministère de l’Énergie anticipe que l’investissement total pourrait avoisiner 100 milliards d’euros, un montant qui reste cohérent avec les enjeux stratégiques du projet.
Cette augmentation s’explique par plusieurs facteurs. L’inflation des matières premières, notamment le béton et l’acier, a impacté les coûts de construction. Par ailleurs, la sûreté nucléaire imposée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) exige des mises à niveau constantes pour intégrer les dernières avancées en matière de fiabilité et de sécurité. L’expérience de Flamanville a servi de leçon : mieux vaut prendre le temps d’affiner la conception et le chantier plutôt que de multiplier les corrections en cours de route.
Un financement maîtrisé et soutenu par l’État
Pour soutenir cet effort, l’État a validé un schéma de financement structuré autour d’un prêt bonifié, qui couvrira au moins 50 % des coûts de construction. Ce modèle, inspiré du financement de la centrale tchèque de Dukovany, permettra d’alléger la pression budgétaire sur EDF tout en assurant un cadre économique stable.
En complément, le programme prévoit la mise en place d’un contrat de long terme garantissant un prix du mégawattheure plafonné à 100 euros. Ce mécanisme permettra d’absorber les fluctuations du marché, en garantissant une rentabilité minimale pour EDF. Si les prix de l’électricité sur le marché dépassent ce seuil, l’entreprise devra reverser une partie des bénéfices à l’État. En revanche, si le prix du mégawattheure venait à baisser, l’État compenserait les pertes.
Cette approche protège à la fois les investisseurs et les consommateurs, en évitant une volatilité excessive des prix. La Commission européenne a déjà validé un dispositif similaire pour d’autres projets nucléaires, et les discussions sont en cours pour finaliser ce cadre réglementaire en France.
Une vision stratégique pour la souveraineté énergétique
Au-delà de l’enjeu industriel, le programme EPR2 s’inscrit dans une stratégie de souveraineté énergétique. L’un des volets essentiels concerne l’approvisionnement en uranium, ressource clé pour l’industrie nucléaire. Le Conseil de politique nucléaire a ainsi validé un plan d’action visant à sécuriser la chaîne d’approvisionnement.
Dans ce cadre, l’État renforce son soutien à Orano, acteur majeur du cycle du combustible, afin d’augmenter la capacité d’extraction et de transformation de l’uranium en France. Par ailleurs, des discussions ont été engagées avec le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) pour accélérer la recherche sur le recyclage du combustible usé, un levier stratégique qui pourrait à terme réduire la dépendance aux importations.
Enfin, le programme EPR2 ne se limite pas aux seuls réacteurs classiques. Le gouvernement souhaite également positionner la France sur le marché émergent des Small Modular Reactors (SMR). Ces mini-réacteurs, qui offrent une flexibilité accrue et des coûts réduits, pourraient être intégrés au futur mix énergétique. L’Élysée a ainsi mandaté le CEA pour engager des discussions avec des entreprises innovantes afin d’explorer le potentiel de déploiement de ces nouvelles technologies.
Un calendrier optimisé pour garantir la réussite du projet
Loin d’être un frein, le report de la mise en service du premier EPR2 à 2038 témoigne d’une approche pragmatique et maîtrisée. L’objectif reste le même : garantir à la France une production nucléaire compétitive, sécurisée et durable.
Ce décalage permettra d’optimiser les processus industriels, de finaliser les ajustements financiers, et d’assurer que la construction des six premiers réacteurs se déroule dans les meilleures conditions. Avec ce programme, la France confirme son engagement en faveur d’une énergie bas carbone, capable de répondre aux défis climatiques et aux besoins en électricité de demain.




