Le Pacte pour une industrie propre, dévoilé par la Commission européenne le 26 février 2025, était censé marquer une avancée dans la décarbonation du secteur industriel. Pourtant, Marc Ferracci, ministre français de l’Industrie, le juge trop timoré et met en garde contre ses limites. Selon lui, sans un soutien plus ambitieux, l’Europe ne pourra pas atteindre ses objectifs climatiques et industriels.
« Si on n’améliore pas la copie, je n’assumerai pas cet objectif de réduction des émissions de 90 % en 2040. » Marc Ferracci, entretien aux « Échos ».
Alors que l’Union européenne vise une réduction drastique des émissions industrielles, la France demande des mesures plus immédiates et mieux calibrées. Un bras de fer s’engage entre Paris et Bruxelles.
Industrie : une taxe carbone aux frontières à renforcer d’urgence
Avec un objectif de -90 % d’émissions de CO₂ d’ici 2040, le Pacte pour une industrie propre ambitionne une mutation profonde des infrastructures européennes. Pour y parvenir, la Commission prévoit 100 milliards d’euros de financements. Une somme qui semble significative, mais qui, selon Marc Ferracci, ne suffit pas à pallier le retard accumulé.
Le sous-investissement de l’industrie européenne est notable :
- La recherche et développement industrielle en Europe reçoit deux fois moins de financements qu’aux États-Unis.
- Depuis 2022, le coût de production en Europe a augmenté de 20 % par rapport à la Chine.
- 60 % des projets européens de giga-usines de batteries sont suspendus.
« Nous avons besoin d’un choc de confiance, pas de remèdes homéopathiques.«
Les incitations actuelles, bien que positives, restent trop modestes pour inverser cette dynamique.
Un des leviers essentiels pour protéger l’industrie européenne tout en encourageant la transition écologique est la taxe carbone aux frontières. Son principe est simple : taxer les importations de produits issus de pays fortement émetteurs de CO₂, afin d’éviter une concurrence déloyale. Toutefois, Marc Ferracci juge que son application actuelle présente trois failles :
- Elle se base sur l’empreinte carbone d’une usine, et non d’un pays. Cela permet à des nations comme la Chine de construire quelques sites de production « verts » uniquement pour les exportations européennes, sans effort global.
- Elle ne concerne que les matières premières (acier, ciment, etc.), et non les produits finis. Une lacune qui pénalise les industriels européens.
- Elle ne prévoit aucun quota CO₂ gratuit pour les exportateurs européens. Une absence qui rend les produits européens moins compétitifs sur les marchés internationaux.
La France demande donc une réforme immédiate, tandis que Bruxelles préfère attendre 2026. Pour Marc Ferracci, ce délai est inacceptable face à l’urgence économique et environnementale.
L’acier européen, première victime de l’inaction ?
Le secteur sidérurgique est l’un des plus touchés par la faiblesse des mesures européennes. L’Europe est aujourd’hui inondée d’acier chinois subventionné, ce qui fragilise considérablement les producteurs locaux.
Marc Ferracci réunit à Paris ce 27 février 2025 plusieurs ministres européens pour plaider un plan d’urgence pour l’acier, avec deux priorités :
- Durcir les quotas d’importation, trop permissifs depuis la réforme de 2016.
- Accélérer l’aide publique à la décarbonation de l’acier, afin que les industriels puissent moderniser leurs installations.
Sans actions rapides, l’Europe risque une désindustrialisation accélérée, mettant en péril non seulement l’emploi, mais aussi la transition énergétique.





