L’année 2026 marquera un tournant décisif pour le marché français de l’électricité. Avec la fin de l’Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique (ARENH), un dispositif qui permettait d’encadrer une partie du prix de l’électricité, les tarifs appliqués aux consommateurs vont connaître une hausse significative.
Le gouvernement justifie cette transformation par la nécessité de garantir la viabilité économique d’EDF et de financer le renouvellement du parc nucléaire français. Mais cette réforme inquiète les associations de consommateurs et les industriels, qui redoutent une flambée des prix et un impact majeur sur la compétitivité des entreprises.
Une réforme inéluctable qui met fin à un tarif préférentiel
L’ARENH permettait aux fournisseurs d’électricité alternatifs d’acheter une partie de la production nucléaire d’EDF à un tarif fixé à 42 euros par mégawattheure. Ce mécanisme, conçu à l’origine pour favoriser la concurrence sur le marché de l’électricité, a progressivement montré ses limites face à l’envolée des prix de l’énergie sur les marchés internationaux.
À partir du 1ᵉʳ janvier 2026, ce dispositif disparaîtra totalement. Le prix de l’électricité sera alors déterminé par des mécanismes de marché, exposant directement les consommateurs à la volatilité des prix de gros. Les estimations actuelles indiquent que le coût d’approvisionnement en électricité passera de 81 euros à environ 117 euros par mégawattheure, soit une augmentation de près de 44 %.
Cette hausse se traduira immédiatement par une augmentation de 19 % des factures d’électricité, ce qui représente environ 250 euros supplémentaires par an pour un foyer moyen consommant 6000 kilowattheures. Pour les ménages chauffés à l’électricité ou vivant dans des logements mal isolés, la hausse sera encore plus marquée.
Un choix stratégique pour financer le nucléaire et stabiliser EDF
Le gouvernement défend cette réforme en affirmant qu’elle est indispensable pour garantir l’indépendance énergétique du pays. L’un des principaux arguments avancés est la nécessité de restaurer la viabilité financière d’EDF, dont l’État détient désormais la quasi-totalité du capital.
Le groupe doit engager plusieurs dizaines de milliards d’euros pour prolonger la durée de vie des centrales nucléaires existantes et pour construire six nouveaux réacteurs de type EPR. Le gouvernement considère que la suppression de l’ARENH permettra à EDF d’augmenter ses revenus et de financer ces investissements sans dépendre d’aides publiques supplémentaires.
Des consommateurs en première ligne face à la hausse des prix
L’UFC-Que Choisir et d’autres associations de consommateurs dénoncent une réforme qui, selon elles, mettra directement à contribution les ménages sans qu’aucune mesure de plafonnement des prix ne soit prévue.
L’association demande notamment une redistribution des profits supplémentaires générés par EDF sous forme de réductions sur les factures d’électricité, ainsi que la mise en place d’un tarif basé sur les coûts réels de production nucléaire. À ce jour, ces demandes n’ont pas été retenues dans les arbitrages gouvernementaux.
De leur côté, les entreprises, en particulier celles des secteurs industriels électro-intensifs, alertent sur une possible perte de compétitivité par rapport aux pays voisins, qui ont mis en place des dispositifs de protection contre la volatilité des prix de marché.
Des mesures de compensation encore floues
Le gouvernement envisage plusieurs pistes pour limiter l’impact de cette hausse, mais aucun dispositif concret n’a encore été mis en place.
Parmi les solutions envisagées figure une taxation des superprofits d’EDF, qui pourrait servir à financer des aides ciblées pour les ménages les plus modestes. Des discussions sont également en cours sur la possibilité d’accorder des tarifs préférentiels à certaines entreprises stratégiques, mais ces mesures restent à l’étude.
Un basculement vers un marché plus instable ?
Avec la disparition de l’ARENH, la France abandonne l’un des derniers remparts contre la spéculation sur les prix de l’électricité. Alors que certains pays européens ont choisi d’encadrer les tarifs pour protéger les consommateurs, le choix français d’indexer les prix sur le marché de gros pourrait se traduire par des hausses récurrentes en fonction des tensions sur l’approvisionnement énergétique.





