Rien ne va plus dans la filière des panneaux solaires. Avec une réduction significative des aides de l’État, les professionnels redoutent un coup d’arrêt brutal aux installations chez les particuliers. Jusqu’ici en première ligne de la transition écologique, le secteur pourrait en subir de lourdes conséquences. Les contrats existants restent protégés, mais les nouveaux accords risquent d’être profondément revus par des mesures gouvernementales.
Révision administrative : ce qui est proposé
Le 2 avril, le gouvernement a transmis deux projets de textes au Conseil supérieur de l’énergie (CSE) pour consultation. L’un de ces textes est un « arrêté tarifaire » qui vise à revoir les conditions de rachat de l’électricité produite en surplus.
La proposition phare du premier texte est de diviser par quatre le baisse du tarif de rachat de l’électricité, rapporte Ouest France. Les petites installations destinées à l’autoconsommation des particuliers (moins de 9 kilowatts-crête, kWc) et les installations de puissance moyenne sur les toitures d’entreprises, d’exploitations agricoles et de parkings (de 9 à 100 kWc) seraient frappées par une baisse tarifaire drastique.
EDF, l’acheteur de cette électricité pour le compte de l’État, ne rachèterait plus systématiquement, mais uniquement lorsque les prix du marché de gros seraient positifs. Le tarif proposé est de 0,011 €/kWh, soit quatre fois moins qu’actuellement. Ce changement est conditionné à la nécessité que les prix sur le marché de gros soient positifs, une situation qui ne favorise pas la rentabilité à court terme.
Le marché en surproduction : quand produire pose problème
Le marché des énergies renouvelables connaît un essor sans précédent et génère une surproduction d’électricité. Résultat : le marché français de l’électricité a souvent connu des prix nuls, voire négatifs. Dans ces phases, injecter de l’électricité peut coûter au producteur, qui préfère couper sa production.
L’objectif pour l’État est de limiter l’obligation de rachat pour éviter qu’EDF, le géant du nucléaire, soit contraint de réduire ou même d’arrêter des réacteurs conçus pour fonctionner en continu.
Les professionnels s’inquiètent. Arnaud Cugy, PDG de Solarman, craint pour la rentabilité future des installations. Si le délai de retour sur investissement d’une installation solaire passe à 15 ans, il est peu probable que les particuliers se lancent. Delphine Bazin, qui a installé des panneaux solaires en 2024 pour faire des économies et profiter d’aides publiques, résume bien le sentiment : « Ça n’encourage pas, ça peut être un frein dans la tête des gens ».


