Pollution plastique : pourquoi le traité mondial a échoué à Busan ?

Publié le
Lecture : 2 min
Pollution plastique : pourquoi le traité mondial a échoué à Busan ?
Pollution plastique : pourquoi le traité mondial a échoué à Busan ? © L'EnerGeek

Les négociations internationales sous l’égide de l’ONU visant à établir un traité juridiquement contraignant pour lutter contre la pollution plastique ont échoué. Malgré plusieurs jours de discussions intenses, les 175 pays réunis n’ont pas réussi à s’accorder sur un texte commun. Cet échec met en lumière des tensions profondes entre les intérêts économiques, les priorités environnementales et les stratégies politiques divergentes.

Un traité pourtant essentiel pour l’avenir de la planète

Le projet de traité mondial contre la pollution plastique visait à encadrer juridiquement la réduction de la production de plastique, à établir des restrictions sur les substances toxiques associées et à développer des mécanismes financiers pour aider les pays en développement à gérer les déchets. L’objectif principal était ambitieux : limiter les impacts environnementaux désastreux du plastique, dont les 400 millions de tonnes produites annuellement contribuent massivement à la destruction des écosystèmes marins et terrestres.

Chiffres clés :

• Production annuelle mondiale de plastique : 400 millions de tonnes.

• Proportion recyclée : seulement 9 %.

• Pollution plastique dans les océans : environ 11 millions de tonnes par an.

Pourquoi les négociations ont-elles échoué ?

Plusieurs points de désaccord ont empêché la conclusion d’un accord :

1. Réduction de la production :

• Les pays producteurs de pétrole, comme l’Arabie saoudite, la Russie et l’Iran, ont refusé toute limitation de la production de plastique, estimant que la pollution devait être gérée uniquement via le recyclage.

• À l’opposé, l’Union européenne et ses alliés, dont la France, ont insisté sur une réduction globale de la production pour s’attaquer à la source du problème.

2. Aides financières :

• Les pays en développement ont réclamé des fonds substantiels pour financer la gestion des déchets. Cependant, aucune proposition claire n’a émergé pour satisfaire ces demandes.

3. Substances toxiques :

• L’établissement d’une liste de produits plastiques jugés dangereux a également suscité des divisions. Les industries pétrochimiques ont exercé un lobbying intense pour limiter ces restrictions.

Par ailleurs, le rôle des pays dits « like-minded », regroupant des États fortement dépendants des industries pétrochimiques, a été particulièrement critiqué. Ces nations, accusées d’obstruction systématique, ont empêché des discussions substantielles sur des questions pourtant jugées consensuelles, comme le recyclage.

Henri Bourgeois Costa, de la Fondation Tara Océan, a dénoncé :

« Ces pays répétaient inlassablement les mêmes arguments, ralentissant volontairement les négociations ».

Malgré ces blocages, la coalition pour une « haute ambition », qui inclut 95 pays, a gagné du terrain en attirant des soutiens parmi les États indécis. Cette dynamique laisse entrevoir une possibilité de consensus lors des prochaines sessions.

Perspectives et implications

L’échec de Busan marque une étape, mais pas une fin. Une nouvelle session de négociations est prévue pour le printemps 2025. Cependant, l’incertitude demeure quant à la position de deux acteurs clés : la Chine et les États-Unis. Alors que ces derniers avaient adopté une approche ambitieuse, l’arrivée prochaine de Donald Trump au pouvoir pourrait rebattre les cartes.

En parallèle, certains pays envisagent de signer des accords bilatéraux ou régionaux pour limiter l’impact de la pollution plastique. Une option qui risque de creuser davantage le fossé entre les nations.

L’absence d’un accord mondial laisse planer des risques graves pour l’environnement. Les experts avertissent que sans action immédiate, la production de plastique pourrait doubler d’ici 2050, exacerbant les impacts sur la biodiversité et la santé humaine.

Andrew Yatilman, représentant de la Micronésie, a averti avec un ton désespéré :

« Si rien n’est fait, nous allons bientôt manger du plastique au lieu de poisson ».

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.