Située à plus de 2 200 mètres d’altitude sur un ancien lac asséché, Mexico City présente une configuration géographique singulière. La ville s’étend sur un sol argileux instable, sujet aux tremblements de terre et vulnérable aux changements climatiques. Cette situation complexifie considérablement la gestion des ressources en eau.
L’histoire de la ville remonte à l’époque aztèque, lorsque Tenochtitlan fut fondée en 1325 sur une île au cœur d’un système lacustre. Les Aztèques avaient alors développé un réseau sophistiqué de canaux et de ponts pour s’adapter à leur environnement aquatique. Par contre, l’arrivée des conquistadors espagnols au XVIe siècle marqua un tournant radical :
- Destruction de la ville aztèque
- Assèchement du lac
- Comblement des canaux
- Déforestation massive
Cette approche, considérant l’eau comme un ennemi à vaincre, a jeté les bases des problèmes hydriques actuels de Mexico City.

Un système hydrique au bord de la rupture
Aujourd’hui, l’approvisionnement en eau de Mexico City repose sur un équilibre précaire. Environ 60% de l’eau provient des aquifères souterrains, tandis que le reste est acheminé depuis des sources extérieures, notamment via le système Cutzamala. Ce dernier, un réseau complexe de réservoirs et de stations de pompage, fournit environ 25% de l’eau consommée dans la vallée de Mexico.
En revanche, la surexploitation des nappes phréatiques entraîne un affaissement alarmant de la ville, estimé à près de 50 centimètres par an selon des études récentes. Par ailleurs, le système Cutzamala connaît des niveaux historiquement bas, atteignant à peine 39% de sa capacité. Face à cette situation critique, les autorités ont été contraintes de réduire drastiquement les volumes d’eau distribués, avec une baisse de près de 25% annoncée fin 2023.
| Source d’eau | Proportion | État actuel |
|---|---|---|
| Aquifères souterrains | 60% | Surexploités |
| Système Cutzamala | 25% | Niveau critique (39% de capacité) |
| Autres sources | 15% | Insuffisantes |
L’impact du changement climatique
La crise hydrique de Mexico City est exacerbée par les effets du changement climatique. La région connaît des périodes de sécheresse de plus en plus sévères et prolongées, alternant avec des épisodes de pluies torrentielles. Cette instabilité climatique met à rude épreuve un système hydrique déjà fragile.
Selon Christian Domínguez Sarmiento, scientifique atmosphérique à l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM), la situation est particulièrement critique cette année :
« Plusieurs quartiers souffrent d’un manque d’eau depuis des semaines, et il reste encore quatre mois avant le début de la saison des pluies. »
Les vagues de chaleur intenses, comme celle de l’été 2023 qui a fait plus de 200 victimes, accentuent l’évaporation de l’eau disponible dans les réservoirs. Les experts s’accordent à dire que ces phénomènes extrêmes sont directement liés au réchauffement climatique.
Vers un « jour zéro » ?
La perspective d’un « jour zéro », où les robinets de la ville cesseraient de couler pour une grande partie de la population, suscite de vives inquiétudes. Bien que les autorités tentent de rassurer la population, de nombreux experts tirent la sonnette d’alarme.
Fabiola Sosa-Rodríguez, chercheuse à l’Université métropolitaine autonome de Mexico City, met en garde :
« Si nous continuons à utiliser l’eau au même rythme, il est probable que nous atteindrons un jour zéro avant l’arrivée de la saison des pluies. »
Cette situation critique révèle également de profondes inégalités sociales dans l’accès à l’eau. Tandis que certains quartiers aisés restent relativement épargnés, d’autres zones plus défavorisées subissent déjà des coupures prolongées. Des résidents comme Alejandro Gomez, du district de Tlalpan, témoignent de difficultés quotidiennes pour s’approvisionner en eau depuis plusieurs mois.
Face à cette crise imminente, des solutions existent : amélioration du traitement des eaux usées, réparation des fuites, collecte des eaux de pluie, restauration des écosystèmes naturels. Néanmoins, leur mise en œuvre nécessite une volonté politique forte et des investissements conséquents. L’avenir de Mexico City dépendra de sa capacité à relever ce défi crucial pour préserver sa ressource la plus précieuse : l’eau.







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