Les géants du pétrole s'engagent à réduire leurs émissions de méthane

Les géants du pétrole s’engagent à réduire leurs émissions de méthane

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Alors qu’un nombre croissant d’acteurs financiers internationaux ont exprimé ces derniers mois leurs ambitions de se désengager des activités de production ou d’exploitation d’hydrocarbures, les géants du pétrole commencent bon gré mal gré à jouer le jeu de la transition énergétique. Plusieurs grandes compagnies pétrolières, réunies au sein de l’OGCI (Oil and Gas Climate Initiative), se sont engagées pour la première fois lundi 24 septembre 2018 sur un objectif collectif chiffré de réduction de leurs émissions de méthane.

Créée en 2014 dans le but de contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique, l’OGCI représente actuellement 30% de la production pétrolière et gazière mondiale, et regroupe quelques-uns des acteurs majeurs du secteur comme le français Total, le saoudien Saudi Aramco, le britannique BP ou encore les américains Chevron et ExxonMobil. Après s’être engagés à promouvoir dans ce cadre des technologies thermiques à faibles émissions de gaz à effet de serre (comme la capture et le stockage du CO2), et à diversifier leur activité de production dans les filières renouvelables, ces derniers souhaitent aujourd’hui réduire de manière significative leurs émissions de méthane.

350.000 tonnes de méthane économisées par an

Ensemble, ils se sont engagés de manière inédite lundi 24 septembre 2018 sur un objectif collectif dans le but de réduire d’un cinquième d’ici 2025 « l’intensité méthane moyenne collective » résultant de leurs activités dans l’exploration et production pétrolière et gazière. Cet objectif fixé à 0,25% de méthane rejeté dans l’atmosphère par rapport au volume total de gaz qu’ils vendent, contre 0,32% en 2017, permettrait concrètement de faire baisser les émissions collectives de méthane de 350.000 tonnes par an, précise l’OGCI. A plus long terme, leur ambition est de descendre à un taux de 0,2%, est-il ajouté.

Pour rappel, le secteur des hydrocarbures est une des principales sources d’émissions de méthane dans le monde, avec l’agriculture, et ce gaz, très polluant, a un pouvoir réchauffant très supérieur à celui du CO2. Or, si certains groupes se sont d’ores et déjà engagés de manière individuelle à diminuer leurs émissions, aucun objectif collectif ne régissait la filière. Ce premier pas est donc très positif pour l’ONG Environmental Defense Fund (EDF) qui a salué cet engagement deux jours avant le One Planet Summit, organisé à New York en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. « Il fixe une nouvelle référence par rapport à laquelle l’ensemble de l’industrie (des hydrocarbures) sera évalué », a souligné l’ONG dans un communiqué.

Crédits photo : OGCI

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • Tout dépend de ce qui est pris en compte dans les émissions de ce secteur qui a l’habitude comme le nucléaire de manipuler les données et heureusement que l’on peut désormais contrôler ces dernières par satellite car par exemple :

    En 2015 près de 9 000 champs pétrolifères de 90 pays produisaient des gaz à effet de serre équivalant à 1,7 gigatonne de C02, soit environ 5 % de toutes les émissions provenant de la combustion des énergies fossiles cette année-là. En moyenne la production pétrolière émettait 10,3 grammes d’émissions pour chaque mégajoule de pétrole brut, mais les pays ayant les pratiques les plus intensives en carbone ont produit près du double des émissions.

    La recherche, publiée le 30 août dans la revue Science, quantifie les émissions à partir du moment où les entreprises explorent un site pour la première fois en transportant du pétrole brut aux raffineries. Représentant jusqu’à 98 % de la production mondiale, il s’agit de l’évaluation la plus complète à ce jour de l’intensité en carbone et de la pollution par les champs pétroliers.

    Pourtant les émissions totales provenant de la production de pétrole brut pourraient être plus élevées que ne le suggèrent ces derniers calculs, car l’analyse actuelle ne permet pas de saisir pleinement les émissions liées aux fuites et à la ventilation du méthane, un puissant gaz à effet de serre.

    Les pays ayant l’intensité carbone la plus élevée produisent en moyenne plus de 15 grammes d’équivalent dioxyde de carbone pour chaque mégajoule de brut. C’est à peu près le triple de l’intensité moyenne en carbone des champs pétrolifères dans les pays situés au bas de l’échelle.

    Rien n’augmente plus l’intensité du carbone que la pratique de brûler régulièrement le gaz naturel, ou de le brûler à la torche. Tout le monde parle du pétrole brut lourd, des sables bitumineux et des ressources non conventionnelles, mais la recherche montre qu’un pays comme l’Algérie, qui produit le pétrole brut le plus léger du monde, a la plus forte intensité carbone parce que les exploitants de champs pétroliers brûlent régulièrement de grandes quantités de gaz.

    L’Arabie saoudite, quant à elle, a une intensité carbone relativement faible parce qu’elle brûle peu de gaz et possède de vastes ressources à faible teneur en eau, ce qui signifie que moins d’énergie est utilisée.

    L’élimination du brûlage à la torche de routine et la réduction des fuites de méthane et des émissions de gaz à effet de serre aux taux déjà atteints en Norvège pourraient réduire jusqu’à 700 mégatonnes d’émissions provenant de l’empreinte carbone annuelle du secteur pétrolier, soit une réduction d’environ 43 %.

    Et au cours du siècle à venir, le monde pourrait éviter jusqu’à 18 gigatonnes d’émissions provenant de la production pétrolière qui devrait se poursuivre dans le cadre de scénarios même agressifs d’abandon des combustibles fossiles – principalement en arrêtant l’extraction des ressources les plus sales et en améliorant la gestion du gaz.

    https://news.stanford.edu/2018/08/30/measuring-crude-oils-carbon-footprint/

    Une autre étude indique que les torchères en amont de l’exploitation dominent les émissions avec une part de 90,6 %. Et le brûlage à la torche mondial représente moins de 2% de l’objectif de réduction des émissions. Pourtant la majeure partie du brûlage à la torche est concentrée dans un nombre limité de pays, ce qui laisse la possibilité que la réduction de ce brûlage puisse contribuer à une partie importante des objectifs climatiques pour certains pays.

    Les États qui pourraient atteindre pleinement leurs objectifs grâce à la réduction du brûlage à la torche sont notamment : Yémen (240 %), Algérie (197 %) et Irak (136 %).

    Les pays qui pourraient atteindre ainsi une partie substantielle de leurs objectifs sont notamment : Gabon (94%), Algérie (48%), Venezuela (47%), Iran (34%) et Soudan (33%).

    Plusieurs pays ayant d’importants volumes de gaz brûlé à la torche n’ont pu atteindre qu’une petite partie de leurs objectifs, notamment la Russie (2,4%) et les Etats-Unis (0,1%).

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  • Après le cas des torchères qui n’est donc que très peu pris en compte, si l’on considère les fuites et seulement le cas des Etats-Unis et sans parler du Venezuela ou de l’Afrique bien pires et entre autres, la seule industrie pétrolière et gazière américaine émet chaque année 13 millions de tonnes métriques de méthane, soit 60 % de plus que ce que l’Environmental Protection Agency (EPA) estime, selon une étude publiée dans Science.

    Les chercheurs ont constaté que la plupart des émissions provenaient de fuites, de mauvais fonctionnement des équipements et d’autres conditions de fonctionnement “anormales”.

    L’impact climatique de ces fuites en 2015 était à peu près le même que celui des émissions de C02 de toutes les centrales au charbon américaines en exploitation en 2015.

    Les mesures ont été effectuées sur plus de 400 plateformes de forage dans six bassins de production de pétrole et de gaz et des dizaines d’installations.

    Les émissions totales des États-Unis pour ces fuites sont évaluées à 2,3 % de la production, ce qui est suffisant pour éroder l’avantage climatique potentiel du passage du charbon au gaz naturel au cours des 20 dernières années.

    (on constate donc que les chiffres de réduction des émissions des Etats-Unis étaient bel et bien inexacts comme le soulignaient les scientifiques de Cornell Univ entre autres)

    Les pertes de méthane dues aux fuites sont estimées à 2 milliards de dollars, soit assez pour chauffer 10 millions de foyers aux États-Unis.

    Il est donc efficace de réparer les fuites et de s’attaquer à d’autres conditions qui entraînent le rejet accidentel de méthane. “Les émissions de gaz naturel peuvent être considérablement réduites si elles sont correctement surveillées” estime Colm Sweeney, scientifique de la NOAA.

    https://phys.org/news/2018-06-oil-gas-methane-emissions-percent.html

    .

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  • Reste à surveiller ce secteur et ses objectifs de près car comme le secteur nucléaire il n’est pas à un gros mensonge près et il est très courant pour les pollueurs de jouer double-jeu !

    Depuis une quarantaine d’années, 83% des publications scientifiques et 80% des documents internes aux compagnies pétrolières et en particulier Exxon et Shell reconnaissent que le changement climatique est «réel et causé par les hommes», lorsque «81% des tribunes parues dans le New York Times expriment un doute» à ce sujet.

    Et depuis des décennies ils ont fait très fort :

    https://www.liberation.fr/planete/2017/08/28/petrole-et-climat-un-secteur-menteur-par-essence_1592495

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