L'approvisionnement de l'Europe en gaz : enjeux et perspectives à l'aune de la crise ukrainienne - L'EnerGeek

L’approvisionnement de l’Europe en gaz : enjeux et perspectives à l’aune de la crise ukrainienne

centrale_gazprom_russieLa récente crise politique qui a sévi en Ukraine a remis sur le devant de la scène géopolitique le thème de la dépendance énergétique de l’Europe face à la Russie, forte de ses exportations de gaz naturel. Aujourd’hui, les enjeux énergétiques constituent donc une arme économique de première importance dans la “guerre diplomatique” que se livrent les forces en présence.

 

[stextbox id=”info”]Russie : une nation en position de force mais sous le feu des critiques[/stextbox]

Aujourd’hui plus que jamais, la Russie s’impose comme un géant de l’industrie gazière. Le groupe public Gazprom peut se prévaloir de fortes parts de marché en Europe. Celles-ci ont même augmenté entre 2012 et 2013, passant de 25,6 à 30% pour s’établir à 162,7 milliards de m3 exportés.

Alexandre Medvedev, vice-président de Gazprom, explique que le groupe “a augmenté sa part dans l’approvisionnement des marchés européens car la production intérieure de l’Europe a baissé dans des pays comme le Royaume-Uni et la Norvège”.

Parmi les pays les plus dépendants, on compte la Pologne, la Roumanie et les pays baltes, fortement critiques vis-à-vis de la position de Moscou, qui a menacé au début du mois de mars d’interrompre ses exportations de gaz en Ukraine pour cause d’impayés, évalués à 1,9 milliard de dollars.

Pour les nations occidentales, cette menace a été perçue comme une punition visant le nouveau gouvernement ukrainien – pro-occidental – qui s’est imposé au pouvoir fin février après la destitution du président – pro-russe – Viktor Ianoukovitch, toujours considéré comme le chef de l’Etat légitime par Moscou.

 

[stextbox id=”info”]Etats-Unis : de fortes ambitions à long terme mais des perspectives limitées à court terme[/stextbox]

De son côté, Washington a souhaité minimiser la portée de la menace russe au sujet de l’approvisionnement en gaz de l’Ukraine et de l’Europe. Comme le rappelle le porte-parole adjoint du président américain Barack Obama, “l’Europe et l’Ukraine ont eu [contrairement à l’Amérique du Nord] un hiver relativement doux. Donc il n’y a pas de preuve à l’heure actuelle qu’il existe un risque de pénurie de gaz naturel dans la région”, à court terme. Et à long terme, la Russie demeure elle aussi fortement dépendante “de ses exportations de gaz naturel et d’autres sources d’énergie qui lui rapportent actuellement 50 milliards de dollars par an”.

Toutefois, les énergéticiens américains veulent tirer profit de la crise politique et énergétique que traverse l’Ukraine pour ravir des parts de marché à Moscou. L’Europe pourrait bien constituer un débouché considérable pour ce secteur en plein essor, à l’aune de la révolution du gaz de schiste. Car, si la Russie demeure le premier exportateur de gaz au monde, elle vient de perdre son leadership en termes de production, au profit des Etats-Unis.

Mais, pour l’heure, les Etats-Unis n’exportent aucun gaz en direction de l’Europe. En cause : la logistique et la législation. En effet, du fait d’une position géographique plus éloignée, les délais d’approvisionnement seraient beaucoup plus importants et ne permettraient pas de répondre de manière optimale aux pics de consommation qui se produisent occasionnellement sur le continent européen. D’autre part, la loi américaine autorise les compagnies d’hydrocarbures à exporter du gaz vers le Canada, le Mexique et les pays avec lesquels ont été signés des accords de libre-échange – ce qui n’est pas le cas des pays européens.

Pour résoudre le problème d’ordre logistique, la solution consisterait à construire des terminaux à l’exportation. Le premier terminal américain verra ainsi le jour à l’horizon 2016 en Louisiane. Les républicains de la commission de l’Energie espèrent faire voter une proposition de loi allant dans le sens des grands groupes pétroliers afin de faire approuver auprès de l’exécutif 24 projets de terminaux. Mais la mesure ne devrait pas être adoptée, faute d’avoir le soutien du camp démocrate, qui se veut prudent à quelques mois des élections de mi-mandat. En effet, la construction de terminaux à l’exportation pourrait substantiellement relever la facture des citoyens américains…

La construction de terminaux, visant à exporter par bateau du gaz naturel liquéfié, requiert de forts investissements et du temps. Les Américains n’ont donc aucun moyen d’aider leurs alliés européens à court terme. “Quoi que fasse Washington maintenant sur ses exportations, cela n’aura aucun impact immédiat sur les décisions du président Poutine”, résume le Wall Street Journal.

 

[stextbox id=”info”]Union européenne : l’enjeu de l’approvisionnement en gaz comme facteur d’intégration politique ?[/stextbox]

Quant à l’Europe, si elle a consenti à aider l’Ukraine, au bord de la faillite, à s’acquitter de sa dette auprès de la Russie, elle demeure plus effacée en ce qui concerne le développement des infrastructures gazières. L’absence d’un schéma directeur européen ralentit le rythme d’investissements dans le secteur.

Pourtant, la menace russe pourrait bien constituer une opportunité pour accélérer des prises de décision commune visant à améliorer le transit gazier. Les analyses du cabinet Colombus Consulting vont dans ce sens : “Un renforcement et un développement du réseau et de l’infrastructure gazière en Europe est plus que nécessaire pour diversifier les approvisionnement en gaz, réduire la proportion de charbon dans le mix énergétique européen, gérer les pointes de la consommation, réduire les émissions de CO2 et accroître la compétitivité du gaz”.

Mais le Wall Street Journal rappelle que “ni les infrastructures, ni le marché international du gaz naturel n’ont évolué au point que les Etats-Unis puissent réduire rapidement la dépendance des autres nations au gaz russe”. La France, par exemple, demeure exposée dans des périodes de crise comme celle-ci : d’où la nécessité de développer les infrastructures et de sécuriser l’approvisionnement dans les régions qui connaissent les plus forts pics de consommation (le sud et l’ouest).

Rédigé par : Fabien Maout

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