Gardanne : quel avenir pour l’ancienne centrale à charbon ?

Gardanne : quel avenir pour l’ancienne centrale à charbon ?

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Dans son Plan Climat présenté en juillet 2017, Nicolas Hulot, ministre de la Transition Ecologique, annonçait vouloir fermer les quatre dernières centrales à charbon de France. L’une d’elles, la centrale de Gardanne, est directement menacée. Pourtant la centrale a déjà connu plusieurs évolutions au gré des différentes stratégies énergétiques du pays : ouverte à l’époque où l’activité minière était encore importante dans la région, elle s’est peu à peu transformée pour devenir une centrale biomasse. Une transition écologique difficile et semée d’obstacles qui pourrait pourtant s’avérer inutile : très gourmande en bois, la centrale subit les critiques des riverains et des responsables de la filière bois de la région, à tel point que sa survie est menacée de toutes parts. A l’image des autres centrales à charbon du pays, Gardanne ne sait pas comment se réinventer dans un paysage énergétique qui a si profondément muté.

Gardanne : une centrale à charbon dans un pays minier

Avec sa cheminée de 297 mètres (la plus haute de France), la centrale thermique de Gardanne est devenue, au fil des décennies, un symbole de fierté dans la région. Et pour cause, lorsque Gardanne a été construite en 1953, il était évident d’installer une centrale à charbon en plein cœur d’une région minière dynamique. Capable de produire 875 mégawatts, la centrale est rapidement devenue la pierre angulaire du système de production d’électricité dans la région des Bouches-du-Rhône.  En plus d’être un important pourvoyeur d’emplois (elle compte 150 salariés sur le site), elle couvre à elle seule près de 30% des besoins électriques de la région. Mais avec la cessation de l’activité minière dans la région, la question du devenir de la centrale a fini par se poser : outre les problématiques liées à l’alimentation de la centrale, c’est aussi la question de la pollution qui a entraîné les exploitants à repenser la production d’énergie sur le site de Gardanne.

Jouer le jeu de la transition énergétique

C’est en 2011, avec les préconisations lancées par le Grenelle de l’environnement, que la décision a été prise d’entamer une transition écologique dans le fonctionnement de la centrale. Progressivement, elle a dû s’adapter pour passer au bois. Ce changement a été épaulé par l’état dont les subventions servaient à favoriser le développement de la biomasse. En 2013, la tranche 4 de la centrale a été la première à subir des travaux de rénovation pour brûler du bois à la place du charbon. Au total, il a fallu que Uniper, l’exploitant de la centrale, débourse 250 millions pour investir dans de nouvelles installations.
Aujourd’hui, le fonctionnement de la centrale de Gardanne représente 850 000 tonnes de bois par an. Or, cette demande pèse lourdement sur la filière bois de la région qui doit également alimenter deux autres centrales à biomasse. Dans un avenir proche, c’est l’approvisionnement en bois qui risque de poser problème car le reboisement ne va pas assez vite et qu’il s’avère très coûteux : il faut compter en moyenne 5 500 euros pour reboiser un hectare de foret. Un montant particulièrement élevé qui s’explique par la nécessité de replanter des arbres à croissance rapide, plus coûteux que les autres essences de bois, afin de couvrir les besoins de la production d’énergie.

L’échec de la transition énergétique ?

Alors la transition énergétique est-celle possible sur tous les sites de production d’énergie ? En 2011, au moment du Grenelle de l’environnement, Uniper espérait faire de Gardanne la plus grande centrale biomasse d’Europe. Six ans après, la situation n’a pas évolué comme l’exploitant le souhaitait et, même si la fermeture n’est pas une option envisagée, la centrale de Gardanne doit encore évoluer afin d’aboutir à un projet énergétique viable. Le but est désormais d’envisager une autre filière d’approvisionnement en augmentant notamment la part des déchets verts pour servir de combustible. Uniper souhaite atteindre une part de 57% de déchets verts issus de l’agriculture, des particuliers et de l’industrie. Pour le reste, la centrale va devoir faire appel à des fournisseurs étrangers, ce qui est déjà arrivé par le passé : en janvier 2016, elle avait fait livrer 39 000 tonnes de bois venues du Brésil. Enfin, un dispositif de cogénération pourrait être installé sur la centrale afin de récupérer la chaleur résiduelle, mais cela représenterait encore de gros investissements pour Uniper.

A l’origine le basculement complet de la centrale sur un modèle de biomasse devait avoir lieu en fin d’année 2016. Depuis, le projet est toujours en phase expérimental et son avenir demeure incertain. Les riverains, qui se plaignent des rejets de particules potentiellement dangereuses pour la santé dans l’atmosphère des communes limitrophes, continuent de manifester régulièrement pour demander l’arrêt de la centrale de Gardanne. Ironie de la situation : dans cette ancienne région minière, les habitants préfèreraient que les pouvoirs publics développent des énergies renouvelables.

Rédigé par : La Rédaction

La Rédaction
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COMMENTAIRES

  • En complément mes échanges avec Frédéric Douard directeur de Bioénergies qui est « plutôt pour » cette centrale et moi qui suis « plutôt contre » même si j’ai bien relevé tous les arguments de ceux qui soutenaient cette centrale et dont beaucoup sont recevables mais franchement si ce projet n’avait pas été aussi centralisé, comme l’arrêt des procédures des parcs nationaux menacés par la suppression de leurs subventions par la Région Paca l’a prouvé, on pouvait nettement mieux faire alors que l’on se doit d’être excellent dans le domaine des renouvelables qui offrent énormément de solutions mais qui nécessitaient et nécessitent encore des évolutions, mais une fois les technologies abouties et leur emploi optimisé, les résultats sont excellents par rapport à tout ce qui se faisait jusqu’à présent.

    C’est sans doute la transition énergétique la plus complexe de l’histoire car elle ne concerne pas seulement le secteur de l’énergie mais nos modes d’utilisation des ressources et dans un contexte où le temps est compté avec l’évolution climatique, la démographie, la limitation des ressources, la géopolitique etc

    https://www.bioenergie-promotion.fr/52472/visite-en-drone-de-la-plateforme-bois-de-la-centrale-de-gardanne/

    .

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  • Il est démontré qu’il est plus économique et écologique de laisser pousser une forêt diversifiée 50 ans que de l’exploiter en mode plus rapide tous les 30 ans.

    Dans le premier cas on obtient plus de bois de meilleur qualité avec beaucoup moins d’interventions, la fixation du carbone est supérieure, les résultats financiers meilleurs, la biodiversité ne s’en porte que mieux, parmi d’autres résultats très positifs.

    Exemple :

    https://www.arte.tv/fr/videos/063943-009-A/xenius/

    « En s’engageant pour des forêts plus diversifiées, plus denses, en interdisant la mise à nu des sols et en valorisant l’utilisation de long terme des produits bois et l’économie circulaire, la France peut satisfaire ses engagements à tous les niveaux. Ce serait une faute de faire croire que l’intensification de l’exploitation des forêts est sans effet sur le climat. »

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  • On voit, là encore, dans quelle impasse nous entraine une certaine transition écologique guidée de manière idéologique depuis des années et qui coûte cher aux contribuables et abonnés au réseau électrique national, via la C.S.P.E..

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  • @ Dan : vous n’avez pas suivi le dossier, le problème de la région Paca sont les incendies, une forêt souvent pas facile d’exploitation qu’il fallait entretenir et motiver des entreprises avec un prix et une demande assez attractifs pour çà et un bois sans usage valorisable parmi bien d’autres paramètres comme un manque de production d’électricité locale, la situation réseau etc

    La décision n’avait rien d’idéologique. Une centrale thermique était une solution face aux problèmes à résoudre et plutôt qu’une partie de ce bois parte chaque année en fumée dans des incendies. L’erreur n’est pas là mais dans le fait que le projet centralisé a conduit à une dérive en taille et on pouvait faire mieux par ailleurs. Par contre le prix de l’électricité produit est bas (de mémoire 40 euros le MWh).

    Qu’auriez vous proposé pour entretenir les forêts difficiles d’exploitation contre les incendies tout en permettant de motiver une filière locale à s’organiser ?

    Ce n’est pas le principe d’une centrale thermique bois qui est contesté et contestable mais ce projet centralisé, pas assez diversifié et optimisé.

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    • A supposer que le bilan carbone soit neutre (à savoir que le CO2 émis soit compensé par la consommation de la croissance des forêts + le CO2 émis par les navires et les camions transportant les pellets + le stockage des pellets en atmosphère sèche et antistatique) les forêts de la région PACA ont elles vocation à fournir des quantités importantes de pellets pour la centrale de Gardanne ? Ne vaudrait-il pas mieux des panneaux photovoltaïques pour faire dans l’affichage « vert » ? D’autant que la puissance de la centrale n’est pas vraiment significative par rapport au déficit électrique (puissance et consommation) de la région PACA. Seul avantage technique : contribuer aux réglages système et renvoyer du réactif, ce qui est impossible avec du PV.

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  • D’autres usages comme des centrales biomasse et réseaux de chaleur étaient une option plus adaptée, mais pas pour la production l’électricité.

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