Sûreté nucléaire : qu’est-ce que l’échelle INES ?

Sûreté nucléaire : qu’est-ce que l’échelle INES ?

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Afin de garantir la transparence des informations et d’établir un rapport de confiance entre les acteurs du nucléaire, le public et les institutions internationales (AIEA), une échelle de gravité a été créée au début des années 1990 en cas d’anomalie, d’incident ou d’accident nucléaire. Baptisée INES pour « International Nuclear Event Scale », cette échelle est un repère à destination du public et des médias indiquant la gravité des événements nucléaires ou radiologiques. Explications.

Un outil d’information sur la gravité des événements nucléaires

Par analogie avec le classement des phénomènes naturels comme les séismes, le vent ou les avalanches, la France a mis en place, dès 1987, une échelle de gravité des événements nucléaires, dont l’AIEA s’est largement inspirée pour concevoir l’échelle INES. Cette échelle, utilisée à l’international depuis 1991, est appliquée aujourd’hui dans plus de soixante pays, et permet de faciliter de manière objective la perception par les médias et le public de l’importance des incidents et des accidents nucléaires. « Elle ne constitue pas un outil d’évaluation ou de mesure de la sûreté nucléaire et de la radioprotection et ne peut servir de base ni à l’indemnisation ni à des sanctions. L’échelle INES n’est pas destinée à faire des comparaisons internationales et ne saurait en particulier établir de relation de cause à effet entre le nombre d’incidents déclarés et la probabilité que survienne un accident grave sur une installation », prévient toutefois l’Autorité du sûreté français (ASN). Cette échelle est basée sur des critères indépendants de tous contextes nationaux et composée de 8 niveaux (de 0 à 7), dont les niveaux 1 à 3 correspondent à des « incidents » et les niveaux 4 à 7 à des « accidents ».

A ce jour, seuls deux événements dans l’histoire ont été classés de niveau 7 : l’accident de la centrale de Tchernobyl en Ukraine en avril 1986 et l’accident de la centrale de Fukushima Daiichi au Japon en mars 2011. En France, plusieurs centaines « d’incidents » sans gravité sont répertoriés chaque année dans les centrales nucléaires d’EDF, dans le transport de substance radioactive ou dans les activités nucléaires de proximité (médicales ou industrielles). Au total, 1153 événements significatifs de sûreté se seraient produits dans l’Hexagone pour la seule année 2016 (dont 1017 de niveau 0 et 136 de niveau 1), selon le dernier rapport annuel de l’ASN.  Mais si ces chiffres peuvent paraître élevés, l’absence d’événements de niveaux plus sérieux témoignent surtout de la qualité du système de sûreté, de sécurité et de radioprotection français. L’ASN s’est d’ailleurs déclarée globalement satisfaite des résultats obtenus lors du dernier exercice. « L’ASN estime qu’en 2016 la sûreté d’exploitation des installations nucléaires de base s’est globalement maintenue à un bon niveau », précise l’organisme dans un communiqué.

Les critères de classification de l’échelle INES

L’échelle INES s’applique à tout événement se produisant dans les installations nucléaires de base (INB) civiles et militaires, ainsi que lors du transport des matières nucléaires. Son application se fonde sur trois critères de classement : les conséquences de l’événement à l’extérieur du site (c’est-à-dire les rejets radioactifs qui peuvent toucher le public et l’environnement) ; les conséquences de l’événement à l’intérieur du site, qui peuvent toucher les travailleurs et l’installation elle-même ; et enfin la dégradation des lignes de défense en profondeur de l’installation, c’est-à-dire des moyens successifs de protection (systèmes de sûreté, procédures, contrôles techniques…) mis en place au sein de l’installation afin de limiter les effets d’un incident ou accident et de garantir le confinement de la radioactivité. Cette classification n’est donc pas uniquement basée sur la gravité avérée ou non d’un incident ou accident nucléaire, mais prend également en compte les causes racines de l’événement anormal et le nombre de barrières de défense en profondeur restant opérantes.

Selon ces critères, les événements de niveau 0, même s’ils font apparaître des écarts par rapport au fonctionnement nominal, n’auraient pas véritablement d’incidence en termes de sûreté. Les événements de niveau 1 à 3 sont qualifiés d’« incidents », car ils n’ont pas de conséquence significative sur les populations et l’environnement (1 correspond à une simple anomalie, 2 à un incident et 3 à un incident grave) tandis que les événements de niveau 4 à 7 sont eux qualifiés d’« accidents » compte tenu des risques potentiels qu’ils font encourir à la population ou au personnel de l’installation concernée. La catégorie 4 désigne les accidents n’entraînant pas de risque important hors du site, la catégorie 5 les accidents entraînant un risque hors du site, la catégorie 6 les accidents graves et la catégorie 7  les accidents majeurs.

Une échelle spécifique pour la radioprotection

Cela étant, comme nous l’apprend l’IRSN, « les trois principaux critères de classement de l’échelle INES ne peuvent pas s’appliquer à la radioprotection, c’est-à-dire la protection des individus contre les rayonnements ionisants ». C’est pourquoi depuis 2007, une échelle spécifique a été créée en France. Nommée échelle ASN/SFRO, elle caractérise la gravité des événements survenus en radioprotection.

Les critères de classement de cette échelle se focalisent sur les conséquences avérées de l’exposition aux rayonnements ionisants et les effets potentiels des événements. Elle comporte également 7 niveaux : les niveaux 0 et 1 qui sont utilisés pour classer les événements sans conséquence clinique sur le patient ; les niveaux 2 et 3 qui correspondent aux événements qualifiés d’« incidents » et peuvent avoir des conséquences sur la santé ; et les niveaux 4 à 7 qui correspondent à des accidents et peuvent engager le pronostic vital des personnes concernées.

Crédits photo : ASN

Rédigé par : La Rédaction

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