Le gouvernement a annoncé, le 30 octobre 2026, l’ouverture de l’appel à projets « Métaux critiques 3 » dans le cadre de France 2030. Le dispositif vise des projets industriels d’extraction, de transformation et de recyclage en France, avec une échéance de dépôt fixée au 23 février 2027. Pour le secteur énergétique, il concerne un maillon souvent moins visible que les centrales ou les batteries elles-mêmes : l’approvisionnement en matières indispensables à leur fabrication.
Le communiqué gouvernemental du 30 octobre précise trois objectifs de sélection : sécuriser des chaînes de valeur stratégiques, réduire les dépendances à des fournisseurs situés hors d’Europe et limiter l’empreinte environnementale des filières soutenues. L’appel s’adresse à des projets jugés ambitieux, innovants et susceptibles d’être industrialisés rapidement en France.
Pourquoi les métaux sont devenus un sujet énergétique
Le cuivre est essentiel aux câbles et aux équipements des réseaux électriques. Le lithium, le graphite, le nickel ou le cobalt entrent dans différentes chaînes de fabrication de batteries, avec des besoins variables selon les technologies. Certains éléments de terres rares interviennent dans les aimants permanents utilisés par des équipements industriels et certaines éoliennes.
Dans son bilan mondial des minéraux critiques 2026, l’Agence internationale de l’énergie souligne que les technologies énergétiques ont porté une large part de la croissance de la demande de ces matières en 2025. Elle constate également une forte concentration géographique du raffinage, susceptible de rendre les chaînes industrielles vulnérables à des restrictions commerciales ou à des interruptions de livraison.
Le nouvel appel français cherche précisément à soutenir des capacités nationales à plusieurs étapes de cette chaîne. Il ne s’agit pas uniquement d’ouvrir des mines : la transformation et le recyclage peuvent aussi réduire l’exposition aux approvisionnements extérieurs. Pour les fabricants de batteries stationnaires ou de matériels électriques, la disponibilité de matières transformées aux spécifications industrielles est souvent aussi déterminante que l’accès au minerai brut.
Un appel à projets, pas une enveloppe déjà attribuée
L’annonce ouvre une procédure de candidature. Elle ne signifie pas que des entreprises ont déjà été sélectionnées, que de nouvelles usines sont autorisées ou que des financements ont été distribués. Le communiqué ne précise pas d’enveloppe budgétaire propre à cette troisième édition : il serait donc prématuré d’annoncer un montant d’aides pour les futurs lauréats.
Le gouvernement renvoie les porteurs de projets au cahier des charges disponible sur la plateforme de Bpifrance. Les candidats doivent y vérifier les conditions d’éligibilité, les dépenses prises en compte et les modalités de dépôt. La date du 23 février 2027 constitue l’échéance indiquée dans l’annonce officielle, sans préjuger du calendrier ultérieur d’instruction et de sélection.
Le dispositif s’inscrit dans une politique européenne plus large. Le règlement européen sur les matières premières critiques fixe notamment pour 2030 des repères de capacité correspondant à 10 % des besoins annuels de l’Union pour l’extraction, 40 % pour la transformation et 25 % pour le recyclage des matières premières stratégiques. Ces objectifs européens ne constituent pas, à eux seuls, des garanties de financement pour un projet français.
La sécurité d’approvisionnement ne dépend pas que des volumes extraits
Les entreprises du stockage électrique et de l’électrification ont besoin de matériaux disponibles, mais aussi de prix prévisibles, de procédés fiables et d’une qualité industrielle constante. L’AIE relève dans son rapport 2026 que les investissements mondiaux dans les minéraux critiques ont reculé en 2025 malgré des besoins structurels croissants, ce qui souligne la difficulté de financer de nouvelles capacités.
Le recyclage ne remplace pas immédiatement les matières primaires : il dépend de la collecte des produits arrivés en fin de vie, de la composition des déchets et des rendements des procédés. L’extraction, de son côté, doit être appréciée au regard des impacts locaux sur l’eau, les sols et les milieux naturels. La promesse de souveraineté ne dispense donc pas d’évaluer les coûts environnementaux et les conditions concrètes de chaque implantation.
Avec « Métaux critiques 3 », la France ouvre une nouvelle possibilité de soutien à des projets industriels qui pourraient, à terme, renforcer la chaîne d’approvisionnement des technologies énergétiques. Le résultat se mesurera aux capacités effectivement construites et exploitées, et non au seul nombre de candidatures déposées avant février.






