Le marché de l’hydrogène renouvelable commence à produire des débouchés commerciaux plus visibles en Allemagne, mais son développement industriel reste coûteux. Dans ses résultats semestriels publiés le 29 octobre 2026, le groupe français Lhyfe annonce 4,7 millions d’euros de chiffre d’affaires, contre 4,6 millions un an plus tôt, et une perte nette de 20,1 millions d’euros.
L’entreprise maintient néanmoins un objectif de chiffre d’affaires compris entre 12 et 13 millions d’euros sur l’ensemble de 2026. Le contraste entre l’accélération commerciale annoncée et les comptes du premier semestre illustre la phase délicate de montée en puissance de la filière.
Les ventes allemandes ont plus que doublé
La progression reste modeste à l’échelle du groupe : les revenus semestriels passent de 4,6 à 4,7 millions d’euros. Selon Lhyfe, cette stabilité masque des évolutions opposées selon les marchés. Les ventes progressent en France et plus que doublent en Allemagne, tandis que le recul de ventes ponctuelles dans les pays nordiques efface une partie de cette croissance.
L’entreprise attribue l’accélération allemande à un cadre réglementaire et à des mécanismes incitatifs plus favorables à l’utilisation d’hydrogène renouvelable. Ce constat est important pour les producteurs français : la demande industrielle ne dépend pas seulement des capacités d’électrolyse construites, mais aussi des obligations et incitations qui conduisent les clients à acheter effectivement ce carburant ou cette matière première.
Pour atteindre les 12 à 13 millions d’euros de chiffre d’affaires visés en 2026, Lhyfe devrait réaliser entre 7,3 et 8,3 millions d’euros de ventes au second semestre, par simple différence avec les 4,7 millions enregistrés au premier. Il s’agit d’un objectif de l’entreprise, dont l’exécution dépendra du rythme des livraisons et de la montée en charge commerciale.
Des pertes réduites, mais une consommation de trésorerie élevée
Les comptes consolidés font apparaître un résultat opérationnel négatif de 17,6 millions d’euros, contre une perte de 19,8 millions au premier semestre 2025. La perte nette s’établit à 20,1 millions, contre 21,7 millions un an plus tôt. L’EBITDA ajusté reste pratiquement inchangé, à –13,3 millions d’euros.
Le flux net de trésorerie lié aux activités opérationnelles ressort à –18 millions d’euros sur le semestre, contre –10,5 millions un an auparavant. La trésorerie disponible atteint 45,2 millions d’euros au 30 juin 2026, contre 74,7 millions à la fin de 2025, selon les tableaux financiers détaillés du groupe.
Lhyfe indique avoir engagé une réduction d’environ 30 % de ses coûts de structure et de fonctionnement en rythme annuel. Les premiers effets sont attendus à la fin de 2026, avec un impact sur une année complète en 2027. Le groupe devra donc conjuguer croissance des volumes, maîtrise des dépenses et financement de ses installations.
Le partenariat avec Messer doit soutenir la montée en puissance
Le communiqué revient également sur l’accord annoncé en juillet avec le spécialiste des gaz industriels Messer. Il prévoit notamment un contrat d’approvisionnement de dix ans et une participation de 30 % de Messer dans une société regroupant quatre sites de production développés par Lhyfe, représentant 30 MW de capacité d’électrolyse installée.
Cette opération est destinée à sécuriser des débouchés et à faire entrer un partenaire industriel au capital des actifs. Lhyfe attend un effet favorable sur ses fonds propres et sa trésorerie lorsque la transaction sera finalisée, ce qu’elle prévoit avant la fin de l’année. L’accord, déjà annoncé en juillet, est ici éclairé par les nouveaux résultats financiers ; sa finalisation reste une étape à venir.
2027, une année de croissance annoncée plutôt que garantie
Pour 2027, Lhyfe prévoit une hausse de plus de 60 % de ses ventes d’hydrogène renouvelable, portée notamment par l’Allemagne, la distribution indirecte et la montée en charge de ses sites. Le groupe entend aussi développer ses prestations d’ingénierie et de services.
Le communiqué diffusé sur le marché financier montre ainsi une entreprise qui gagne des clients mais n’a pas encore atteint l’équilibre économique. Pour la filière européenne, la prochaine étape se mesurera autant à la régularité des commandes et aux livraisons qu’aux mégawatts d’électrolyse annoncés.






