Gaz : l’Italie accuse l’Allemagne d’alimenter la flambée des prix, Berlin réplique

L’Italie reproche à l’Allemagne son retard dans le remplissage des réserves de gaz, au moment où les cours européens s’envolent. Berlin a rejeté ces accusations le 30 octobre, révélant un désaccord sur la manière de sécuriser l’hiver sans renchérir le marché commun.

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Gaz : l’Italie accuse l’Allemagne d’alimenter la flambée des prix, Berlin réplique © L'EnerGeek

L’Italie reproche à l’Allemagne son retard dans le remplissage des réserves de gaz, au moment où les cours européens s’envolent. Berlin a rejeté ces accusations le 30 octobre, révélant un désaccord sur la manière de sécuriser l’hiver sans renchérir le marché commun.

Le différend a éclaté à Milan, jeudi 29 octobre 2026. Alessandro Noce, directeur général chargé des marchés et infrastructures énergétiques au ministère italien de l’Énergie, a mis en cause la stratégie allemande de stockage du gaz. Vendredi 30 octobre, le ministère allemand de l’Économie et de l’Énergie a contesté les reproches, qualifiant d’infondée l’idée que la préparation de la privatisation de groupes énergétiques ait conduit Berlin à négliger ses réserves. Les deux positions ont été recueillies par Reuters le 29 octobre puis dans la réponse allemande du 30 octobre.

Des stockages allemands à 61,7 %, contre près de 91 % en Italie

Le contraste est net à l’approche de l’hiver. Selon les chiffres communiqués le 29 octobre, les installations souterraines allemandes étaient remplies à 61,7 %, contre près de 91 % pour l’Italie et environ 75 % pour l’Union européenne. Ces ordres de grandeur reposent sur les données de Gas Infrastructure Europe, qui agrège les déclarations des exploitants de stockage.

À Milan, Alessandro Noce a indiqué que l’Italie avait consacré quelque 300 millions d’euros au remplissage de ses réserves. Il a reproché à son voisin de revenir tardivement sur le marché pour acheter du gaz, contribuant, selon lui, à la pression sur les prix. Un analyste présent à la même conférence a également évoqué les projets de privatisation d’Uniper et de SEFE dans les arbitrages allemands. Il s’agit d’une interprétation contestée par Berlin, et non d’une causalité démontrée.

La tension intervient alors que le contrat européen de référence pour le gaz, le TTF à échéance rapprochée, a atteint 100 euros par mégawattheure mercredi 28 octobre, pour la première fois depuis décembre 2022. Les perturbations d’approvisionnement liées aux conflits au Moyen-Orient ajoutent une pression internationale à celle des besoins de stockage européens.

Berlin défend ses achats et ses solutions de rechange

Le ministère allemand assure que SEFE a reçu instruction de rechercher, autant que possible, des volumes hors de l’Union européenne afin de limiter les effets de ses achats sur le marché intérieur. Il affirme également que les réserves européennes, les importations de gaz naturel liquéfié et les livraisons par gazoduc constituent plusieurs sources complémentaires d’approvisionnement.

Cette défense intervient après des mesures allemandes destinées à sécuriser les volumes pour l’hiver. Le 29 octobre, SEFE et Trafigura ont notamment annoncé un accord de fourniture de 150 térawattheures sur cinq ans. Ce contrat de moyen terme est distinct de la controverse sur le calendrier de remplissage des stocks.

Le cadre européen a lui-même évolué pour limiter les achats précipités. La Commission européenne rappelle que l’objectif de remplissage de 90 % peut désormais être atteint entre le 1er octobre et le 1er décembre, avec des flexibilités prévues en cas de difficultés de marché ou de contraintes techniques. La question porte donc autant sur la coordination des achats que sur le volume de gaz disponible.

Pourquoi ce désaccord intéresse les consommateurs français

La France achète du gaz sur un marché européen interconnecté. Des besoins d’importation plus élevés dans un grand pays voisin peuvent contribuer à la volatilité des cours de gros, même lorsque les réserves françaises sont mieux garnies. Le prix effectivement payé par un ménage dépend ensuite de son contrat, des modalités d’achat de son fournisseur et du calendrier de révision des tarifs.

Le différend entre Rome et Berlin illustre une difficulté commune : remplir suffisamment les stocks pour affronter un hiver froid tout en évitant que les achats de précaution se concentrent au même moment. Les prochaines données de stockage, la météo et la disponibilité des cargaisons de GNL permettront de mesurer l’évolution du risque. À ce stade, aucune pénurie française ne découle mécaniquement des chiffres allemands.

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