La Banque européenne d’investissement (BEI) a annoncé le 29 octobre un prêt pouvant atteindre 90 millions de dollars pour la première tranche du projet solaire Dandara, dans le gouvernorat de Qena, au sud de l’Égypte. Cette installation doit alimenter le producteur d’aluminium EgyptAlum en électricité renouvelable. L’opération relie directement les investissements énergétiques en Méditerranée aux exigences environnementales du marché européen.
Une centrale solaire et une batterie au service de l’industrie
La première phase prévoit 569 mégawatts-crête de panneaux photovoltaïques et 100 mégawattheures de stockage. La BEI précise dans son annonce que le développeur norvégien Scatec pilotera le projet par l’intermédiaire de Dandara Solar Power. La production attendue est d’environ 1 500 gigawattheures durant la première année d’exploitation, selon les estimations présentées par la banque.
L’électricité sera achetée par EgyptAlum dans le cadre d’un contrat de long terme. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), qui participe également au financement, évoque un accord d’achat d’électricité sur vingt-cinq ans. Le stockage doit permettre de décaler une partie de l’énergie produite en journée vers les périodes de plus forte demande. Il s’agit d’un projet destiné à un industriel précis, et non d’une nouvelle centrale exclusivement consacrée à l’alimentation des ménages.
Le prêt annoncé par la BEI bénéficie d’une garantie du Fonds européen pour le développement durable Plus. La BERD apporte de son côté 63 millions de dollars, avec notamment des financements concessionnels. La Banque africaine de développement participe aussi au montage. Ces interventions correspondent à des engagements de financement distincts, dont la réalisation accompagne la construction du projet.
Pourquoi l’aluminium égyptien concerne le marché européen
Le lien avec l’Union européenne dépasse la présence de ses banques publiques. Dans sa documentation consacrée à Dandara, la BERD indique qu’environ 60 % des exportations d’aluminium d’EgyptAlum sont destinées au marché européen. Le coût carbone de cette production constitue donc un enjeu commercial pour le fabricant égyptien et pour ses acheteurs.
Depuis le 1er janvier 2026, le mécanisme européen d’ajustement carbone aux frontières est entré dans son régime définitif. Il couvre notamment l’aluminium et impose des obligations aux importateurs concernés afin de tenir compte des émissions incorporées dans les marchandises. En remplaçant une partie de l’électricité d’origine fossile utilisée pour fabriquer ce métal, Dandara doit contribuer à en réduire l’empreinte carbone.
Pour la France, l’enjeu est celui d’une chaîne d’approvisionnement industrielle insérée dans le marché commun : les entreprises françaises qui achètent de l’aluminium importé sont concernées par les mêmes règles européennes que leurs concurrentes. L’effet du projet sur les prix de l’aluminium ou sur les coûts des industriels français dépendra toutefois des contrats, des émissions effectivement vérifiées et des conditions de marché.
Un investissement européen au sud de la Méditerranée
La BEI inscrit Dandara dans le partenariat stratégique entre l’Union européenne et l’Égypte et dans l’initiative de coopération énergétique transméditerranéenne T-MED. Le pays cherche à porter la part des renouvelables à 42 % de sa production d’électricité d’ici 2030, tout en réduisant sa dépendance aux combustibles importés.
La construction de cette première phase doit commencer prochainement, pour une mise en service envisagée en avril 2028, selon le calendrier communiqué par la BEI. La performance réelle du dispositif dépendra ensuite de la production solaire, du fonctionnement de la batterie et de l’électricité effectivement livrée à l’usine d’aluminium.






