Stockage électrique : le Brésil valide deux enchères de batteries, EDF se positionne

Le régulateur brésilien a approuvé les règles de deux appels d’offres pour des batteries de réseau, prévus les 2 et 4 décembre. EDF Power Solutions entend participer à ce marché, où les garanties financières ont été abaissées et les contrats porteront sur quinze ans.

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Stockage électrique : le Brésil valide deux enchères de batteries, EDF se positionne © L'EnerGeek

Le Brésil passe à l’étape décisive de sa première grande mise en concurrence de batteries destinées au réseau électrique. Le 27 octobre 2026, l’Agence nationale de l’énergie électrique (ANEEL) a approuvé les cahiers des charges de deux enchères prévues les 2 et 4 décembre. Le groupe français EDF, par l’intermédiaire d’EDF Power Solutions, compte se porter candidat à ces marchés, qui doivent permettre de mieux gérer les variations de production solaire et éolienne.

La décision, détaillée dans l’annonce officielle de l’ANEEL, fixe les conditions économiques et techniques de la compétition. Elle intéresse les industriels français de l’énergie : le Brésil cherche à rémunérer non seulement l’électricité produite, mais aussi la capacité à la restituer au moment où le système en a besoin.

Deux enchères, dont une réservée aux équipements répondant à des critères nationaux

Les deux procédures auront lieu en ligne. La première, identifiée par le numéro 05/2026, comporte des exigences de contenu national et des spécifications techniques minimales. La seconde, 06/2026, est ouverte sans cette condition de nationalisation des équipements.

Les lauréats vendront une disponibilité de puissance exprimée en mégawatts, plutôt qu’un volume d’électricité livré à l’avance. Le début de fourniture est fixé au 1er août 2028, pour une durée contractuelle de quinze ans. La rémunération prendra la forme d’une recette fixe annuelle, versée mensuellement et susceptible d’être réduite selon les performances opérationnelles constatées.

Le régulateur exige que les installations puissent fournir leur puissance maximale pendant quatre heures par cycle, avec au plus deux cycles quotidiens et une limite de 366 cycles par an. Elles devront aussi pouvoir effectuer une recharge complète en six heures au maximum. Ces critères déterminent le service que les batteries devront réellement rendre au réseau.

Des garanties financières revues à la baisse

L’un des changements importants apportés aux documents définitifs concerne les coûts de référence. L’ANEEL les ramène de 9,8 à 6 millions de réais par mégawatt, soit une réduction d’environ 38,8 %. Ce chiffre sert de référence réglementaire ; il ne représente ni un prix d’adjudication ni le coût constaté de chaque projet.

La révision entraîne une diminution des garanties demandées aux soumissionnaires. La garantie de proposition est désormais établie à 60 000 réais par mégawatt et celle de bonne exécution à 600 000 réais par mégawatt. Pour les investisseurs, l’enjeu est concret : moins de capitaux doivent être immobilisés pour accéder à la compétition.

Le financement du mécanisme reste toutefois un sujet sensible. Selon le régulateur, les coûts de la réserve de capacité seront répartis entre les producteurs d’électricité. Ce choix compte pour les développeurs de parcs éoliens et solaires, déjà confrontés à des restrictions de production lorsque le réseau ne peut absorber toute l’électricité disponible. Les deux consultations publiques sur les cahiers des charges ont recueilli près de 2 500 contributions.

EDF vise les batteries, mais aussi les réseaux et l’hydraulique

Le groupe français a un intérêt direct dans cette évolution. Le 27 octobre, André Salgado, dirigeant d’EDF Power Solutions au Brésil, a indiqué que l’entreprise avait développé des projets de batteries dans plusieurs régions du pays et souhaitait participer aux enchères de décembre. Ses déclarations, rapportées par Reuters dans la Folha de S.Paulo, soulignent le soutien technique de la maison mère française et l’expérience du groupe au Royaume-Uni.

EDF envisage également de participer à une enchère de transport d’électricité en mars 2027 et étudie des opportunités dans l’hydroélectricité, notamment les installations de pompage-turbinage. L’entreprise construit par ailleurs un parc éolien de 140 MW dans l’État de Bahia. Son dirigeant relève que les limitations de production renouvelable et les conditions de financement pèsent sur les nouveaux investissements.

Un marché à suivre pour les spécialistes français du stockage

Le dispositif brésilien répond à une difficulté commune à plusieurs systèmes électriques : la production solaire et éolienne peut être abondante à des heures où la demande ou les capacités de transport sont insuffisantes. Les batteries permettent de décaler une partie de cette énergie vers des périodes plus tendues, sous réserve de capacités de raccordement et d’un modèle économique viable.

En France aussi, le stockage prend de l’ampleur. Dans une note publiée en mars 2026, la Commission de régulation de l’énergie évaluait à environ 1,5 GW la puissance des batteries installées et à près de 14,9 GW les projets en file d’attente. Les modalités françaises diffèrent de celles retenues au Brésil, mais les questions industrielles se rejoignent : rémunération de la flexibilité, raccordement et partage des coûts.

Pour EDF, les enchères de décembre constitueront un test commercial précis. L’approbation des règles ouvre la compétition ; les volumes finalement attribués, les prix retenus et la place des entreprises françaises ne seront connus qu’après les adjudications.

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