Singapour prépare cinq centrales au gaz et un vaste renforcement de son réseau électrique

Singapour a présenté le 26 octobre un plan énergétique sur cinq ans : cinq centrales au gaz, 5,3 milliards de dollars singapouriens d’investissements dans le réseau et davantage de solaire et de stockage. La croissance des centres de données et des usines de semi-conducteurs explique cette accélération.

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Singapour prépare cinq centrales au gaz et un vaste renforcement de son réseau électrique © L'EnerGeek

Singapour a dévoilé, lundi 26 octobre 2026, un plan quinquennal pour renforcer son système électrique face à la croissance des centres de données, des usines de semi-conducteurs et des transports électrifiés. Le projet associe cinq nouvelles centrales au gaz, un réseau renforcé, davantage de solaire et des capacités de stockage accrues. L’annonce, faite à l’ouverture de la Singapore International Energy Week, illustre le défi auquel sont confrontées les économies qui veulent électrifier leurs activités tout en sécurisant leur approvisionnement.

Une demande de pointe qui pourrait augmenter de moitié

Selon le plan publié le 26 octobre par l’Energy Market Authority (EMA), la demande maximale d’électricité de Singapour atteignait 8,6 gigawatts (GW) en août 2026. L’autorité estime qu’elle pourrait se situer entre 9,9 et 13 GW en 2031, selon la vitesse de développement des activités industrielles et numériques. Le haut de cette fourchette représenterait une hausse d’environ 51 % par rapport au niveau observé en août.

Pour absorber cette croissance, Singapour prévoit la mise en service de cinq centrales électriques alimentées au gaz entre 2026 et 2031. Elles doivent porter la capacité totale de production environ 26 % au-dessus de ses 12 GW actuels. D’autres projets pourraient faire l’objet d’appels d’offres si la demande continue de progresser. L’EMA examine déjà des propositions relatives à des installations supplémentaires susceptibles d’entrer en exploitation d’ici 2032.

Ce choix confirme le poids du gaz dans le système singapourien : il fournit actuellement environ 95 % de l’électricité du pays. L’autorité prévoit parallèlement d’augmenter sa capacité de regazéification de gaz naturel liquéfié (GNL), de 10 à 15 millions de tonnes par an, grâce à un deuxième terminal annoncé pour 2030 à Jurong Port. Une étude examine aussi la possibilité de regrouper à plus long terme des équipements énergétiques, dont des centrales au gaz compatibles avec une utilisation future d’hydrogène, sur l’île de Pulau Tekong.

Un réseau plus vaste, du solaire et davantage de batteries

Le programme ne se limite pas aux moyens de production. L’EMA chiffre à 5,3 milliards de dollars singapouriens les investissements envisagés dans le réseau entre 2025 et 2029, soit onze fois le montant engagé au cours des cinq années précédentes. Sept nouveaux postes de transport d’électricité sont prévus d’ici 2031. Le réseau de câbles de transport passerait d’environ 7 700 à 9 100 kilomètres d’ici 2030.

La puissance solaire installée, aujourd’hui de 2,3 GW-crête, doit atteindre 3 GW-crête en 2030, puis 4 GW-crête en 2035. Les panneaux seront notamment déployés sur les toitures, les terrains disponibles et les réservoirs. La capacité de stockage électrique, mesurée cette fois en énergie et non en puissance, doit passer d’environ 350 mégawattheures à un peu plus d’un gigawattheure en 2030. Les batteries sont destinées à mieux gérer les fluctuations de production et les contraintes temporaires du réseau.

Singapour mise aussi sur les échanges régionaux. Des études détaillées portent sur une seconde interconnexion électrique avec la Malaisie péninsulaire, susceptible d’offrir jusqu’à 2 GW de capacité à l’horizon 2030, en complément de la liaison existante de 1 GW. L’EMA prévoit également des points d’atterrage pour des câbles sous-marins destinés à importer de l’électricité bas carbone. Le projet malaisien reste au stade des études de faisabilité : sa capacité annoncée est un objectif conditionnel, non une infrastructure déjà décidée.

Pourquoi ce plan asiatique intéresse aussi l’Europe

Pour les acteurs européens de l’énergie, l’intérêt est double. D’abord, Singapour fournit un exemple chiffré de l’ampleur des infrastructures nécessaires lorsque les centres de données et l’industrie accroissent simultanément leurs besoins électriques : il faut coordonner centrales, lignes, stockage et interconnexions, et pas seulement ajouter des capacités renouvelables.

Ensuite, l’augmentation prévue des capacités d’importation de GNL rappelle la dimension mondiale de ce combustible. L’Europe, elle aussi importatrice de gaz, évolue sur des marchés internationaux où les besoins asiatiques comptent. Il serait prématuré d’en déduire une hausse précise des factures françaises : les prix dépendront des volumes effectivement achetés, des contrats, de l’offre mondiale et de la situation géopolitique. La dépêche de Reuters publiée le 26 octobre confirme les principales échéances et souligne le rôle des centres de données et des semi-conducteurs dans les prévisions de demande.

Le calendrier présenté par Singapour s’étend jusqu’en 2035 pour le solaire, mais les décisions d’investissement et les appels d’offres devront être suivis séparément. Le plan fournit surtout une mesure concrète de la vitesse à laquelle la croissance de la consommation électrique oblige les pouvoirs publics à revoir l’ensemble de leurs infrastructures.

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