Les gestionnaires européens de réseaux de transport d’électricité ont présenté, le 22 octobre 2026, une nouvelle stratégie commune qui met la sécurité du système au même niveau que son développement et son coût. L’association ENTSO-E veut coordonner davantage les réponses aux cyberattaques, aux risques physiques, aux besoins de raccordement et à la transformation des marchés électriques. Pour la France, ce cadre concerne directement la manière dont son réseau échange de l’électricité avec ses voisins.
Trois objectifs, cinq chantiers pour le réseau européen
La feuille de route d’ENTSO-E s’articule autour de trois objectifs : sécurité, compétitivité et accessibilité de l’électricité, décarbonation. L’association représente 40 gestionnaires de réseaux de transport dans 36 pays. Son rôle est de faciliter leur coopération sur un système où les décisions prises d’un côté d’une frontière peuvent affecter l’équilibre de l’autre.
Le document décline cinq domaines de travail : sécurité du système, développement des réseaux et raccordements, adéquation entre production et consommation et flexibilité, exploitation du système électrique de demain, intégration des marchés et transparence. Cette stratégie définit des priorités de coopération ; elle ne constitue ni une nouvelle réglementation européenne ni un calendrier d’investissements nationaux.
La nouveauté tient notamment à la place accordée à la cybersécurité et à la préparation des situations de crise. Dans sa présentation détaillée, ENTSO-E évoque des cadres de cybersécurité, des plans de défense et de restauration du réseau, des communications sécurisées et une coopération avec les autorités chargées de la sécurité. Les événements météorologiques extrêmes et les menaces physiques figurent également parmi les risques pris en compte.
Le raccordement et la flexibilité deviennent des enjeux industriels
L’électrification des transports, du chauffage et des procédés industriels accroît les demandes de raccordement, tandis que le solaire et l’éolien modifient les profils de production. Le défi ne consiste donc pas uniquement à construire des lignes supplémentaires : il faut aussi mieux utiliser les capacités existantes, gérer les congestions et adapter les outils de prévision.
La Commission européenne relève des files d’attente de raccordement dans au moins seize pays de l’Union à la mi-2026. Elle a proposé, dans son paquet sur les réseaux présenté en décembre 2025, de renforcer la planification commune, de faciliter les autorisations et de développer les solutions de flexibilité et de stockage. La stratégie publiée cette semaine par ENTSO-E s’inscrit dans cet environnement, du côté de la coopération opérationnelle entre gestionnaires.
Pour le système français, les interconnexions ont une valeur à la fois technique et économique : elles permettent d’exporter ou d’importer selon les heures, les disponibilités de production et les prix des marchés voisins. Leur bon fonctionnement suppose toutefois des capacités physiques suffisantes et des règles coordonnées de gestion des flux.
Ce que cette feuille de route change, et ce qui reste à décider
ENTSO-E veut notamment travailler sur la planification des réseaux à long terme, les connexions transfrontalières, les infrastructures en mer, les mécanismes d’ajustement et les échanges d’informations sur les marchés. La feuille de route prévoit aussi de renforcer la préparation aux crises et les évaluations des besoins de flexibilité.
Les effets concrets dépendront ensuite des projets retenus, de leurs financements, des autorisations administratives et des décisions des régulateurs nationaux et européens. Pour les industriels et les consommateurs français, l’enjeu est celui d’un réseau capable d’accueillir de nouveaux usages électriques tout en conservant une alimentation fiable et des échanges efficaces avec le reste de l’Europe.






