L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a rendu public, le 22 octobre 2026, un projet d’avis sur la possibilité de faire fonctionner les réacteurs d’EDF au-delà de 60 ans. Son communiqué officiel conclut qu’aucun obstacle sans solution envisageable n’a été identifié à ce stade. Cette appréciation préliminaire ne constitue ni une autorisation de prolongation ni une garantie que tous les réacteurs pourront atteindre 80 ans.
L’enjeu dépasse la seule durée de vie d’une installation. Les 56 réacteurs français de deuxième génération ont été mis en service sur une période resserrée, principalement dans les années 1980. Si leurs arrêts définitifs devaient se concentrer sur quelques années, le système électrique devrait disposer à temps de capacités de remplacement. Le régulateur examine donc les contraintes techniques suffisamment tôt pour éclairer les choix énergétiques, sans préjuger de ses futures décisions de sûreté.
Une dizaine de cuves ne passent pas encore le test des méthodes actuelles
Le point le plus sensible concerne la cuve, qui contient le combustible et ne peut pas être remplacée dans les conditions habituelles d’exploitation. Avec le temps, l’irradiation fragilise l’acier. Dans le projet d’avis technique soumis à consultation, l’ASNR précise que les méthodes actuelles de démonstration de sûreté ne permettent pas de justifier une exploitation jusqu’à 80 ans pour environ une dizaine de cuves.
Cette difficulté ne signifie pas que ces équipements présentent aujourd’hui un danger constaté. Elle indique que les marges nécessaires pour envisager plusieurs décennies supplémentaires ne sont pas encore démontrées. EDF propose trois leviers : réchauffer l’eau utilisée par certains dispositifs d’injection de sécurité pour limiter les chocs thermiques et affiner, par deux méthodes de calcul, l’évaluation de la résistance des aciers. L’ASNR juge ces pistes recevables dans leur principe, mais demande notamment des essais représentatifs pour valider les modèles. Sur huit réacteurs de 1 300 MW, l’adaptation matérielle du dispositif d’injection devra également être étudiée.
Des pièces difficiles à remplacer et des centrales davantage sollicitées
Les cuves ne sont pas les seuls composants examinés. Certains coudes moulés du circuit primaire vieillissent sous l’effet de la température et sont difficiles à remplacer. Les puits de cuve en béton et les enceintes de confinement doivent, eux aussi, conserver leurs propriétés mécaniques et leur étanchéité. Pour les enceintes à double paroi, EDF utilise notamment des revêtements composites dont l’efficacité initiale est jugée satisfaisante, mais dont le comportement sur de très longues périodes doit encore être documenté.
La transformation du système électrique ajoute une contrainte. Les réacteurs français ajustent depuis longtemps leur puissance pour équilibrer l’offre et la demande. La progression des productions variables, notamment éoliennes et solaires, peut accentuer ces variations. Les premières analyses d’EDF n’identifient pas d’incidence majeure sur les composants les plus difficiles à remplacer, mais l’ASNR demande de confirmer ce résultat. Elle invite également l’exploitant à examiner les conséquences sur la maintenance, la surveillance des matériels et les conditions de travail en salle de commande.
Le changement climatique complique les calculs jusqu’en 2070
Les épisodes de chaleur, les faibles débits des cours d’eau, les fortes pluies et la montée du niveau marin font partie des paramètres étudiés. EDF a établi des projections climatiques et hydroclimatiques jusqu’en 2070, sans mettre en évidence d’impossibilité générale de poursuivre l’exploitation. Le régulateur souligne toutefois que les scénarios et les solutions d’adaptation envisagées doivent encore être approfondis, notamment pour apprécier leur faisabilité et leur efficacité.
Lorsque l’eau des cours d’eau devient trop chaude ou trop rare, la puissance d’une centrale peut être réduite, voire sa production arrêtée, afin de limiter les impacts sur l’environnement. L’ASNR rappelle qu’assouplir ponctuellement les limites de prélèvement ou de rejet ne peut pas, à lui seul, constituer une stratégie d’adaptation durable. Les mesures techniques devront être anticipées et évaluées au regard des contraintes propres à chaque installation.
Aucune prolongation automatique : une consultation jusqu’au 2 décembre
En France, l’autorisation de création d’une centrale nucléaire n’est pas assortie d’une date d’expiration générale. Son exploitation reste néanmoins soumise à des réexamens périodiques approfondis, environ tous les dix ans. Le projet publié en octobre vise à préparer le sixième réexamen, dont la déclinaison sur le premier réacteur concerné est attendue vers 2040. Chaque installation fera l’objet d’une appréciation spécifique, et de nouveaux phénomènes de vieillissement pourraient modifier les conclusions actuelles.
Le public peut contribuer à la consultation ouverte par l’ASNR jusqu’au 2 décembre 2026. L’autorité prévoit de se prononcer ensuite sur les orientations de l’examen. EDF devra encore apporter les justifications techniques nécessaires avant toute décision concernant la poursuite de fonctionnement de chaque réacteur.






