Trois personnes proches des discussions ont indiqué à l’agence Reuters que l’administration Trump a demandé à la France et à l’Allemagne de puiser dans leurs stocks de diesel pour faire baisser les prix mondiaux du carburant. Une source basée dans une capitale européenne a précisé que Washington réclame à l’Union européenne la libération de 120 millions de barils de diesel sur les six prochains mois, un volume jugé « très significatif » au regard des réserves connues des pays européens.
La Commission européenne, l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Irlande et la Grande-Bretagne ont discuté de cette demande le 1er octobre 2026, selon un responsable de l’UE. À titre de comparaison, les pays de l’Union détenaient en mai 2025 des réserves de 39 millions de tonnes de diesel, soit environ 290 millions de barils, dont 21 % rien que pour la France, selon Eurostat.
Une interdiction américaine brandie comme menace
Derrière cette demande, une menace planait : si l’Europe ne libère pas ses stocks, Washington pourrait interdire les exportations de diesel américain. Donald Trump a redit, le mercredi 30 septembre 2026, qu’il envisageait toujours cette option, avec un objectif affiché : détendre les prix aux États-Unis avant les élections de mi-mandat de novembre.
Le président a toutefois noté qu’un tel embargo pourrait « faire augmenter le prix d’autres produits » pétroliers, signe qu’il semble conscient des risques d’une telle interdiction, y compris pour l’économie américaine. Il semble pour l’instant préférer la pression sur l’Europe à un embargo frontal.
Le gazole bat record sur record outre-Atlantique. Il a atteint un plus haut de 6,53 dollars le gallon en moyenne la semaine du 30 septembre au 1er octobre 2026, pesant lourdement sur les transports et l’agriculture américains. Les États-Unis exportent pourtant plus de 1,5 million de barils de diesel par jour, ce qui en fait de très loin le premier exportateur mondial.
40 % à 50 % du diesel en Europe. Pour la France, cela pourrait faire bondir les prix bien au-delà de la barre des 3 euros le litre.
Bruxelles assure qu’il n’y a « aucune pénurie »
Face à ces pressions, la Commission européenne s’est montrée réservée. Un porte-parole de l’institution a affirmé qu’il n’existe « aucune pénurie concrète de diesel ou de gaz pour le moment dans l’Union européenne ». Le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, a de son côté averti qu’une interdiction américaine aurait des effets négatifs sur l’économie européenne, déjà fragilisée par les tensions énergétiques.
Le secrétaire d’État américain à l’Énergie, Chris Wright, a averti le 29 septembre 2026 que plusieurs pays membres européens n’ont libéré qu’une fraction du pétrole brut et des produits pétroliers promis, contrairement aux États-Unis et au Japon qui respectent leurs engagements. « Nous exhortons chaque pays membre à honorer ses engagements », a-t-il ajouté.
Le président de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, a rappelé qu’en mars, l’organisation avait annoncé le déblocage de 400 millions de barils de pétrole, dont 20 % en provenance de l’Union européenne. Selon lui, « environ les deux tiers ont été libérés et sont arrivés sur les marchés, et le tiers restant est encore à venir ».
Birol a aussi souligné que l’Europe reste l’une des régions les plus exposées en matière de diesel, en raison de ses importations massives, à l’approche de la saison hivernale.
Cette dépendance ne date pas de la veille. Une trentaine de raffineries ont fermé sur le sol européen ces vingt dernières années, forçant le continent à importer toujours plus de carburant. L’interdiction des importations russes après l’invasion de l’Ukraine a accentué cette dépendance au diesel américain, tout comme les perturbations des approvisionnements en provenance du Moyen-Orient après la guerre américano-israélienne contre l’Iran.






