Un arrêté publié au Journal officiel le 22 septembre 2026 permet aux distributeurs français de vendre du gazole de classe B, avec une température limite de filtrabilité (TLF) de 0°C, jusqu’au 15 novembre 2026. Habituellement, cette commercialisation de carburant s’arrête le 1er novembre. Cette dérogation de deux semaines vise à pallier les difficultés d’approvisionnement causées par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Au-delà de son aspect technique, cette mesure revêt une importance industrielle notable pour les raffineries françaises et la sécurité énergétique du pays.
Les spécifications techniques du gazole : classe B versus classe E
En France, le diesel doit respecter des normes strictes établies par le Comité professionnel du pétrole. La différence majeure entre le gazole d’été et celui d’hiver réside dans leur TLF, un paramètre crucial pour le fonctionnement des moteurs diesel par temps froid.
La TLF est le seuil thermique en dessous duquel le gazole ne peut plus passer correctement à travers un filtre standard. En cas de baisse des températures, les paraffines présentes dans le carburant cristallisent, bloquant le système d’alimentation, ce qui peut entraîner des calages moteurs ou empêcher le démarrage. Ainsi, la TLF est un critère clé de la performance du carburant selon les conditions climatiques.
Le gazole de classe B, utilisé du 1er avril au 31 octobre, a une TLF de 0°C maximum. Sa formule chimique simplifiée requiert moins d’additifs anti-gel. Les raffineries peuvent ainsi produire ce carburant sans ajustements complexes. Selon l’arrêté, « les distributeurs sont autorisés, à titre exceptionnel, à commercialiser du gazole avec une TLF de 0°C maximum au lieu de -15°C maximum après le 1er novembre 2026 ».
En revanche, du 1er novembre au 31 mars, le gazole de classe E, avec une TLF de -15°C maximum, est obligatoire. Blandine Ruty, secrétaire générale de l’Ufip, explique que « les spécifications des gazoles d’hiver sont plus complexes à produire, ce qui facilite la production en raffinerie ». Cette formulation requiert des additifs spécifiques pour modifier la cristallisation des paraffines, augmentant les coûts de production et la complexité logistique.
Pourquoi cette dérogation soulage les raffineries françaises
La production de gazole de classe E nécessite des capacités de raffinage accrues. Les unités de production doivent ajuster leurs paramètres, intégrer des additifs coûteux et multiplier les contrôles qualité. Dans un contexte de marges de raffinage sous pression, prolonger la production de gazole d’été pendant deux semaines permet des économies opérationnelles. La dérogation jusqu’au 15 novembre 2026 offre aux raffineries un temps précieux pour optimiser leur planification face aux contraintes d’approvisionnement.
L’arrêté gouvernemental justifie cette mesure par « les difficultés exceptionnelles d’approvisionnement liées à la situation internationale au Moyen-Orient ». Depuis 2025, les tensions régionales perturbent les flux de pétrole brut vers l’Europe, obligeant les raffineries françaises à gérer des approvisionnements irréguliers. Le prix du gazole a atteint 2,41 euros le litre le 21 septembre 2026, alors que le SP95 est à 2,22 euros, reflétant ces pressions. Le site Connaissance des Énergies confirme que cette dérogation vise à atténuer l’impact de ces tensions sur la chaîne d’approvisionnement nationale.
Implications pour la souveraineté énergétique nationale
Selon le ministère de l’Énergie, la demande française de gazoles routiers s’élève à 9,829 millions de mètres cubes sur les quatre premiers mois de 2026, soit une baisse de 6,7% par rapport à 2025. Malgré cette baisse, les difficultés d’approvisionnement en brut persistent, rendant nécessaire des ajustements réglementaires comme l’extension du gazole d’été. Les distributeurs assument l’entière responsabilité des problèmes pouvant survenir après le 1er novembre, notamment dans les zones sujettes au gel précoce.
La prolongation de deux semaines permet de concilier impératifs industriels et sécurité des usagers. Les distributeurs doivent avertir les clients des risques de figeage dans les régions exposées au froid. La dérogation s’arrête strictement au 15 novembre 2026, moment où le passage au gazole d’hiver devient obligatoire. Parallèlement, les fraudes au gazole non routier augmentent, illustrant la tension autour du prix des carburants en période de campagne présidentielle.
Au-delà de l’aspect technique, cette mesure s’inscrit dans une stratégie gouvernementale plus large de gestion de crise énergétique. Le président Emmanuel Macron doit s’exprimer le 24 septembre 2026 à 20h sur TF1 et France 2 concernant l’augmentation des prix des carburants. La dérogation sur le gazole d’été démontre la vulnérabilité persistante de la souveraineté énergétique française face aux chocs géopolitiques externes. Elle illustre également l’importance des normes techniques du carburant, qui, loin d’être de simples détails réglementaires, sont des outils cruciaux pour absorber les tensions d’approvisionnement et assurer la continuité de la distribution énergétique nationale.






