Réorganisation des exportations saoudiennes après l’arrêt de l’oléoduc Est-Ouest
L’Arabie saoudite a drastiquement réduit ses expéditions de brut vers l’Europe à la suite d’attaques de drones ayant endommagé son principal oléoduc d’exportation vers la mer Rouge, selon des sources commerciales citées par Reuters. Cette crise pétrolière force des pays importateurs européens, comme la Pologne, à chercher rapidement des cargaisons alternatives alors que les prix s’envolent, dépassant 120 dollars le baril sur le marché physique.
Riyad, qui accuse une milice irakienne d’être responsable des frappes, a dû fermer vendredi dernier son oléoduc Est-Ouest traversant le désert. Ce pipeline stratégique permettait jusqu’alors de contourner les conséquences de la fermeture du détroit d’Ormuz ces six derniers mois. La suspension des opérations au port de Yanbu, sur la mer Rouge, représente un tournant pour les exportations saoudiennes, exacerbant les tensions sur les marchés énergétiques mondiaux.
Impact sur les marchés énergétiques mondiaux
Des sources dans le secteur pétrolier ont annoncé que l’Arabie saoudite avait annulé certaines cargaisons de brut destinées à l’Europe pour septembre 2024, suspendant les chargements à Yanbu jusqu’à nouvel ordre. Saudi Aramco n’a pas souhaité commenter la situation.
L’oléoduc Est-Ouest, long de 1 200 kilomètres, est essentiel pour le royaume. Selon Zone Bourse, l’Arabie saoudite avait prévu en mars de maximiser sa capacité à 7 millions de barils par jour, dont environ 2 millions pour la consommation intérieure. Avant le conflit, cette ligne transportait moins de 1 million de barils par jour.
Florence Schmit, de Rabobank, souligne que la fermeture de l’oléoduc obligera l’Arabie saoudite à rediriger jusqu’à 5 millions de barils par jour par le golfe Persique, déjà soumis à de fortes restrictions en raison des tensions régionales.
Flambée des prix et risque de pénurie
L’interruption de l’approvisionnement a immédiatement fait grimper les cours du pétrole. Les contrats à terme sur le Brent s’échangent à près de 108 dollars le baril, tandis que sur le marché physique européen, les prix sont encore plus élevés. Le Brent daté, référence clé, est autour de 122 dollars le baril, d’après LSEG. Cette situation rappelle les tensions ayant précédé le mouvement des Gilets jaunes en France, déclenché par une hausse sans précédent des prix du carburant.
Le Figaro rapporte que le prix du Brent avait déjà approché les 100 dollars après des attaques des rebelles houthis du Yémen contre l’Arabie saoudite. Les Houthis ont ciblé Aramco et la base aérienne King Khalid avec des drones et missiles.
Selon Vortexa, l’Arabie saoudite a chargé 22 millions de barils à Ras Tanura/Juaymah pendant la semaine du 7 au 13 septembre 2024, contre 6 à 7 navires par semaine précédemment. Cette augmentation des chargements reflète un effort pour compenser la fermeture vers la mer Rouge.
La Pologne cherche des solutions alternatives
Orlen, la société pétrolière polonaise, s’efforce de trouver du brut en mer du Nord et ailleurs pour remplacer les importations saoudiennes interrompues, selon cinq sources du secteur. Aramco, premier fournisseur d’Orlen depuis 2022, assure environ 40 % de son pétrole, aidant à réduire la dépendance au pétrole russe tout en rendant Orlen dépendante du producteur saoudien.
Orlen a refusé de commenter les détails des transactions, mais a affirmé gérer activement son approvisionnement pour maintenir ses raffineries en fonctionnement. Un porte-parole a déclaré à Reuters que l’ajustement des volumes d’achat est une opération courante, dictée par les besoins de production et l’évolution des conditions de marché.
Orlen a intensifié ses efforts pour sécuriser son approvisionnement, achetant des cargaisons de brut lors d’appels d’offres sur le marché spot, y compris des qualités de mer du Nord comme le Grane ou le Johan Sverdrup. Elle a aussi lancé des appels d’offres pour des bruts plus lointains, comme le WTI Midland américain. Mardi, Orlen a cherché à acheter du brut de mer du Nord ou d’Algérie pour octobre 2024 et du brut guyanais pour novembre 2024.
Les ports de Gdansk en Pologne et de Butinge en Lituanie ont reçu d’importantes quantités de brut saoudien cette année, selon Kpler. Orlen et ses filiales exploitent des raffineries en Pologne, Lituanie et République tchèque.
Cargaisons fantômes pour surmonter les restrictions
La réduction des flux saoudiens via la mer Rouge incitera le royaume à exporter plus via le détroit d’Ormuz en utilisant des cargaisons « fantômes », comme le font déjà les Émirats arabes unis et l’Irak, d’après des sources commerciales. Ces expéditions ont permis au Golfe d’exporter 30 % à 40 % des volumes d’avant-guerre.
Les transits par Ormuz sont difficiles à mesurer car les navires coupent leurs signaux GPS pour éviter les attaques iraniennes. L’armée américaine protège certains pétroliers traversant le détroit le long de la côte d’Oman, et les transferts de navire à navire sont de plus en plus courants pour exporter le brut du Moyen-Orient.
Réparations incertaines et aggravation de la crise pétrolière
Florence Schmit de Rabobank a noté que les stocks de Yanbu couvrent environ une semaine d’approvisionnement, soulignant que la situation deviendra plus claire la semaine prochaine. Elle a ajouté que beaucoup dépendra des flux à travers Ormuz, avec probablement de nombreux flux intermittents.
Janiv Shah de Rystad Energy a expliqué que les marchés financiers s’attendent à une perte d’approvisionnement significative, ajoutant que le conflit au Moyen-Orient pousse déjà les prix à la hausse. La perte de l’oléoduc Est-Ouest ajoute une contrainte majeure, similaire à la redistribution des flux pétroliers causée par la guerre en Iran.
Selon Rystad, les chargements de Yanbu ont chuté récemment, s’établissant à 2,6 millions de barils par jour ces sept derniers jours. Une station de pompage avait été attaquée en avril, et bien que la capacité ait été rétablie en une semaine, les dégâts actuels pourraient allonger les délais de réparation, selon Janiv Shah.
Après réparations, l’oléoduc de 1 200 kilomètres devra être testé sous pression, et tous les composants vérifiés avant la reprise des flux significatifs. Le royaume n’a pas encore communiqué sur un calendrier de redémarrage. L’Associated Press a rapporté que l’oléoduc pourrait être hors service pendant des semaines.
Répercussions sur les prix de l’énergie
Les contrats à terme sur le Brent ont augmenté de 1 % à 105,68 dollars le baril à Londres, en hausse de près de 17 % ce mois-ci. Aux États-Unis, le prix du diesel a atteint un record, tandis que l’essence se maintient à un niveau élevé, selon l’AAA. Eric Smith de l’université de Tulane a précisé que la hausse du diesel a un impact inflationniste rapide car il est essentiel pour le transport de biens.
Goldman Sachs a averti que la prolongation du conflit pourrait pousser le Brent au-delà de 120 dollars. La tension est exacerbée par les capacités de raffinage affectées par les attaques au Moyen-Orient et autour de la mer Noire.
Avant la fermeture de l’oléoduc, la production saoudienne avait déjà chuté, atteignant 6,24 millions de barils par jour en août, soit une baisse de 23 % par rapport à juillet, d’après l’OPEP. L’Arabie saoudite, troisième producteur mondial derrière les États-Unis et la Russie, exporte environ deux tiers de sa production, un choc qui affecte l’ensemble du système énergétique mondial.






