Depuis février 2026, le blocage du détroit d’Ormuz, conséquence des tensions entre l’Iran et les États-Unis, a provoqué un choc sur les marchés gaziers mondiaux. L’indice TTF, qui sert de référence pour le gaz européen, a bondi de 160 % en neuf mois. En réponse, la Commission de régulation de l’énergie a annoncé une nouvelle hausse de 6,3 % du prix repère pour octobre, portant celui-ci à 182,88 €/MWh TTC, contre 172,05 €/MWh en septembre. Il s’agit d’un record depuis janvier 2013.
Le détroit d’Ormuz : un point névralgique pour le gaz européen
Le 27 février 2026 a marqué un tournant pour les marchés énergétiques européens. Les tensions entre les États-Unis et l’Iran ont bloqué le détroit d’Ormuz, un passage crucial pour les exportations de gaz naturel liquéfié du Qatar, premier exportateur mondial. À cette date, l’indice TTF néerlandais était à 31,47 €/MWh, un niveau historiquement bas. La fermeture progressive des routes d’acheminement du GNL a contraint l’Europe à chercher des sources d’approvisionnement plus coûteuses et moins fiables. Nicolas Goldberg, expert énergie, souligne que cette hausse découle principalement de la guerre et du blocage des routes de gaz.
De février à septembre 2026, l’indice TTF a atteint 81,91 €/MWh, soit une multiplication par 2,6 en neuf mois. Cette flambée traduit la panique des acheteurs européens face à une disponibilité réduite des volumes. Le marché spot a réagi avec une volatilité extrême, chaque annonce géopolitique provoquant des fluctuations importantes. Les analystes de Connaissance des Énergies expliquent cette tension par le blocage d’Ormuz, la reconstitution des stocks européens et la compétition accrue avec l’Asie.
Impact des tensions géopolitiques sur le prix du gaz en France
Le prix repère de vente de gaz (PRVG), introduit après la fin des tarifs réglementés en juillet 2023, est basé sur une formule mathématique. La composante fourniture, qui varie mensuellement, dépend à 80 % de l’indice MA2 (cotation du mois suivant) et à 20 % de l’indice QA (cotation du trimestre suivant), tous deux établis sur la plateforme EEX. Ainsi, le PRVG est très sensible aux fluctuations du marché spot. Lorsque les prix européens augmentent, les consommateurs français ressentent rapidement l’impact. Les composantes acheminement et taxes, elles, restent stables à court terme. Dans son communiqué du 10 septembre, la CRE a indiqué que la hausse d’octobre est liée à l’augmentation des prix du gaz en août par rapport à juillet.
En août 2026, les prix sur les marchés gaziers ont connu une accélération, encouragée par l’approche de la période de chauffe et l’aggravation des tensions au Moyen-Orient. La hausse de 6,3 % prévue pour octobre fait suite à une augmentation de 5,6 % déjà enregistrée en septembre, portant le PRVG à 172,05 €/MWh TTC. Pour les 6 millions de ménages français ayant une offre indexée, soit environ 60 % des abonnés au gaz, l’impact financier est notable. La CRE estime à 5,28 € TTC la surcharge mensuelle moyenne pour octobre. Sur l’année 2026, la facture pourrait être en moyenne 10 % plus élevée que celle de 2025, soit environ 120 € TTC supplémentaires, prévient l’autorité de régulation.
La dépendance énergétique de la France et de l’Europe
La crise actuelle met en lumière la fragilité de l’approvisionnement énergétique français. Avec 95 % de son gaz importé, la France est vulnérable aux chocs géopolitiques qui perturbent les routes d’approvisionnement. Cette dépendance contraste avec les ambitions de souveraineté énergétique mises en avant depuis 2022. Toute l’Europe partage cette vulnérabilité, ayant réduit sa production domestique en faveur d’importations jugées moins coûteuses. Le blocage d’Ormuz illustre le coût réel de cette stratégie. Contrairement aux ménages ayant souscrit une offre à prix fixe (environ 40 % des consommateurs), ceux avec des contrats indexés subissent les fluctuations du marché mondial. TF1 Info souligne que cette segmentation du marché engendre une inégalité croissante entre consommateurs face aux aléas géopolitiques.
Au 10 septembre 2026, les stocks français de gaz étaient remplis à 71,3 % de leur capacité maximale. L’objectif européen est de 85 % avant l’hiver. La France devra donc intensifier ses achats sur un marché déjà tendu, ce qui risque de maintenir la pression sur les prix. Les gestionnaires d’infrastructures gazières appellent à la sobriété, conscients qu’une vague de froid précoce pourrait déséquilibrer l’offre et la demande. En 2025, les stocks avaient atteint 89 % grâce à un approvisionnement russe partiellement actif et des conditions météorologiques favorables. En 2026, le blocage d’Ormuz et la concurrence asiatique compliquent le remplissage des stocks.
Perspectives pour les prix du gaz jusqu’à fin 2026
Les prévisions pour le dernier trimestre 2026 sont marquées par l’incertitude. Si les tensions persistent, les analystes prévoient une poursuite de la hausse des prix, avec un PRVG qui pourrait dépasser 200 €/MWh TTC dès novembre. En cas de désescalade diplomatique, les prix pourraient baisser progressivement, sans toutefois retrouver les niveaux du début d’année. La CRE prévoit une augmentation annuelle de 10 % par rapport à 2025, en supposant l’absence de choc additionnel, hypothèse fragile dans ce contexte géopolitique.






