Les réservations pour des excursions en bateau vers l’épave du SS Richard Montgomery ont augmenté au cours de l’été 2026, selon un article de la BBC publié en août. En cause : l’annonce du retrait prochain des trois mâts du cargo, qui dépassent encore de l’eau au large de Sheerness, dans le sud-est de l’Angleterre. Les curieux veulent voir ce vestige avant sa disparition partielle.
Le projet n’est pourtant pas récent. Le ministère des Transports britannique avait annoncé dès juin 2020 son intention de démonter les mâts, jugés trop lourds pour la structure du navire qu’ils fragilisent davantage, toujours selon la BBC. Il aura fallu attendre avril 2026 pour qu’un contrat soit signé avec Resolve Marine, entreprise spécialisée dans le sauvetage naval, pour un montant de 9,5 millions de livres sterling. Une fois retirés, les mâts seront conservés au chantier naval historique de Chatham, d’après le site d’actualités régionales Kentonline.
Un navire échoué depuis 1944, encore chargé d’explosifs
Le Richard Montgomery est un Liberty ship américain construit en 1943. Le 20 août 1944, en pleine Seconde Guerre mondiale, il s’échoue puis coule dans l’estuaire de la Tamise. Le cargo transportait 6 127 tonnes de munitions destinées aux troupes stationnées à Cherbourg, selon un rapport publié en 2025 par la Maritime and Coastguard Agency (MCA).
À son arrivée, le navire reçoit l’ordre de jeter l’ancre dans le chenal du Great Nore, mais se retrouve coincé sur un banc de sable au lieu des eaux profondes. Dès le lendemain, une fissure apparaît dans la coque et l’avant commence à prendre l’eau.
Les opérations de sauvetage se poursuivent jusqu’au 25 septembre 1944 : environ la moitié de la cargaison est déchargée avant que le navire ne soit entièrement inondé, le reste étant abandonné sur place.
Quatre-vingt-deux ans plus tard, l’épave repose toujours sur ce même banc de sable, avec encore 1 400 tonnes d’explosifs à son bord. Ses trois mâts restent visibles depuis les côtes de Sheerness. Personne n’ose y toucher.
Une zone d’exclusion de 500 mètres
L’épave gêne le trafic maritime du chenal du Great Nore. Elle est classée en vertu de l’article 2 de la loi britannique de 1973 sur la protection des épaves. Une zone d’exclusion de 500 mètres interdit le passage des bateaux autour du site, gérée quotidiennement par le groupe Peel Ports, deuxième exploitant portuaire du pays.
La MCA juge faible le risque d’explosion majeure, mais multiplie les relevés pour détecter toute évolution de l’épave ou de son environnement. Son dernier rapport signale que l’inclinaison de la partie avant augmente en continu, tandis que l’érosion des fonds marins environnants se poursuit.
Le gouvernement britannique a lancé en 2024 un programme d’étude comprenant une modélisation du scénario du pire, validée par des experts du ministère de la Défense, selon le magazine Sciencepost. En août 2025, la MCA a lancé un appel d’offres pour un contrat de marquage et de surveillance de l’épave courant jusqu’en 2030, avec une extension possible jusqu’en 2032, pour un montant d’un million de livres. Ce contrat a lui aussi été attribué à Peel Ports London Medway.
Les trois mâts, eux, devraient disparaître de l’horizon de Sheerness.






