Carburants : arrêtons le procès d’intention aux distributeurs

À chaque flambée des prix du carburant, le scénario est écrit d’avance. On cherche un coupable, et le doigt se pointe vers les distributeurs d’énergie, accusés de s’enrichir sur le dos des automobilistes.

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Carburants : arrêtons le procès d’intention aux distributeurs © L'EnerGeek

À chaque flambée des prix du carburant, le scénario est écrit d’avance. On cherche un coupable, et le doigt se pointe vers les distributeurs d’énergie, accusés de s’enrichir sur le dos des automobilistes. C’est une idée reçue tenace. Pratique, mais fausse. La réalité, c’est que le prix d’un litre de carburant est d’abord le reflet d’un empilement de taxes et de contraintes réglementaires devenu totalement invisible pour le consommateur. Quand les prix grimpent, les marges bougent peu, ce sont les coûts fixes et les normes qui continuent de s’accumuler.

Regardons les faits. Gérer la distribution d’énergie aujourd’hui, c’est piloter un parcours d’obstacles réglementaires. Exploitation de dépôts classés Seveso, protocoles de transport de matières dangereuses, obligations de stocks stratégiques, incorporation de biocarburants, sans oublier le casse-tête du financement des certificats d’économies d’énergie (CEE). Chaque étape est verrouillée. Et ce n’est pas fini : l’arrivée prochaine du marché carbone européen sur les carburants routiers (l’ETS2) va encore alourdir la facture.

Toutes ces règles ont leur légitimité, qu’il s’agisse de sécurité ou de climat. Personne ne le nie. Mais leur accumulation crée un effet d’étau. Surtout dans un secteur où les marges sont structurellement faibles. Nous évoluons sur un marché hyperconcurrentiel où nous ne maîtrisons rien : ni le cours du baril à Londres, ni les cours du dollar, ni la fiscalité décidée à Paris, ni le calendrier des nouvelles contraintes environnementales européennes.

Le vrai sujet n’est donc pas celui d’un prétendu « superprofit » de crise. C’est celui de la survie économique d’un réseau de distribution en pleine mutation. Les politiques publiques poussent à la baisse des volumes de carburants fossiles. C’est un fait. Mais alors que les volumes baissent, les besoins d’investissements pour transformer nos stations et nos infrastructures, eux, restent identiques, voire augmentent.

Cette situation pose d’ailleurs une question de fond : celle de l’évolution du modèle économique et fiscal associé aux carburants. Alors que les produits énergétiques contribuent de manière significative aux recettes publiques, si la consommation baisse, comment l’État compensera-t-il ce manque à gagner pour financer les routes et les mobilités de demain ?

La transition énergétique ne se fera pas contre les distributeurs, mais avec eux. Si réduire les émissions de carbone est une nécessité, encore faut-il donner aux acteurs de la distribution les moyens d’investir massivement dans les énergies de demain (bio-carburants, électricité…).

L’enjeu des prochaines années sera donc de trouver le juste équilibre entre l’ambition des politiques publiques et la réalité économique des acteurs chargés de les mettre en œuvre. Les distributeurs d’énergie ne demandent pas à être exemptés des évolutions nécessaires, ils demandent simplement à ce que celles-ci puissent s’inscrire dans un cadre cohérent et soutenable. Car derrière le prix affiché à la pompe ou à la livraison, ce sont aussi ces équilibres qui détermineront demain la capacité du secteur à assurer un approvisionnement fiable au meilleur coût pour les consommateurs.

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