Nucléaire : 7 centrales à l’arrêt en Europe à cause de la canicule

Au 14 août 2026, sept centrales nucléaires de l’Union européenne comptent au moins un réacteur totalement arrêté en raison de la chaleur, de la sécheresse ou du niveau exceptionnellement bas des cours d’eau.

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Face à la sécheresse, EDF coupe trois réacteurs nucléaires : les riverains découvrent que le problème n'est pas l'atome mais l'eau
Nucléaire : 7 centrales à l’arrêt en Europe à cause de la canicule © L'EnerGeek

Au 14 août 2026, sept centrales nucléaires de l’Union européenne comptent au moins un réacteur totalement arrêté en raison de la chaleur, de la sécheresse ou du niveau exceptionnellement bas des cours d’eau. Au total, 11 réacteurs sont à l’arrêt pour ces motifs en France, en Hongrie et en Roumanie. Si l’on inclut les baisses de puissance sans arrêt complet, neuf sites nucléaires sont directement affectés dans quatre pays, avec la Slovénie. En France seule, EDF anticipe jusqu’à 9,4 GW de production nucléaire indisponible ou bridée au pic de la journée.

L’épisode de chaleur et de sécheresse qui frappe l’Europe produit désormais des effets significatifs sur le parc nucléaire. La situation ne résulte pas d’un problème générique de sûreté des réacteurs, mais essentiellement d’une contrainte commune aux centrales thermiques : leur besoin de disposer d’une source froide capable d’évacuer la chaleur résiduelle du cycle de production électrique.

En France et en Slovénie, le facteur limitant est principalement la température des cours d’eau et la température maximale autorisée après rejet des eaux de refroidissement. En Hongrie et surtout en Roumanie, c’est le niveau extrêmement bas du Danube qui réduit la quantité d’eau disponible au niveau des prises d’eau des centrales.

Onze réacteurs totalement arrêtés dans sept centrales

Le bilan disponible ce vendredi 14 août fait apparaître 11 réacteurs entièrement arrêtés pour cause climatique ou hydrologique sur sept sites nucléaires.

En France, six réacteurs étaient déjà à l’arrêt jeudi 13 août : Chooz 1 et 2, Cattenom 1, Golfech 2, Bugey 3 et Saint-Alban 2. Deux autres réacteurs, à Tricastin, fonctionnaient à puissance réduite. EDF prévoit pour vendredi un maximum de neuf réacteurs affectés, dont six entièrement arrêtés, pour une réduction totale de capacité pouvant atteindre 9,4 GW, soit environ 15 % de la puissance du parc nucléaire français.

À ces six réacteurs français s’ajoutent trois unités à Paks, en Hongrie. L’exploitant MVM a confirmé que les réacteurs 1, 3 et 4 avaient dû être arrêtés en raison du niveau du Danube, tandis que l’unité 2 avait continué de fonctionner à 50 % pendant onze jours. Sa remontée en puissance progressive a commencé le 10 août. Le 13 août, Reuters évaluait néanmoins la production totale de Paks à seulement 25 % de ses quelque 2 GW de capacité, contre à peine plus de 10 % quelques jours auparavant.

Enfin, en Roumanie, les deux réacteurs de Cernavodă, d’une puissance d’environ 706 MW chacun, sont désormais à l’arrêt. Après l’arrêt de la première unité à la fin juillet, Nuclearelectrica a commencé le 13 août la déconnexion de la dernière unité encore en fonctionnement, le niveau du Danube ayant atteint des valeurs historiquement basses. La centrale fournit normalement près d’un cinquième de l’électricité roumaine.

Ces sept sites comptent au moins un réacteur arrêté pour cause climatique. Toutes ces centrales ne sont pas intégralement à l’arrêt. Chooz et Cernavodă ont l’ensemble de leurs réacteurs de production hors réseau pour des raisons liées aux conditions hydrologiques. À Paks, une unité reste en fonctionnement. Cattenom, Bugey et Saint-Alban conservent également d’autres tranches disponibles. Golfech constitue un cas particulier : son réacteur 2 est arrêté pour respecter les contraintes liées à la température de la Garonne, tandis que le réacteur 1 est indisponible pour maintenance.

France : 9,4 GW de nucléaire potentiellement retirés au pic

La France concentre l’essentiel de la puissance nucléaire touchée. Selon les données EDF citées par Reuters, 9,4 GW de capacité doivent être indisponibles ou bridés au maximum ce 14 août sur neuf réacteurs. Six doivent être complètement arrêtés et trois fonctionner à puissance limitée.

Le point nominatif publié la veille permet d’identifier les six réacteurs à zéro : les deux unités de Chooz, ainsi que Cattenom 1, Golfech 2, Bugey 3 et Saint-Alban 2. À eux seuls, ces réacteurs représentent environ 7,8 GW de puissance nominale. Les limitations supplémentaires nécessaires pour atteindre les 9,4 GW concernent des réacteurs encore connectés au réseau, avec une puissance adaptée en fonction de l’évolution horaire des températures et des débits.

Jeudi, EDF indiquait notamment que deux réacteurs de Tricastin avaient dû réduire leur production. Les données publiées pendant l’épisode identifient Tricastin 1 et 4 parmi les unités concernées. Les niveaux exacts de bridage peuvent varier au cours d’une même journée, car l’exploitant ajuste la puissance en fonction des mesures hydrologiques et thermiques et des contraintes du réseau électrique.

Cette situation intervient alors que la disponibilité nucléaire française est déjà réduite par les arrêts de maintenance, des problèmes techniques et d’autres indisponibilités qui ne sont pas liées à la météo. En intégrant l’ensemble de ces facteurs, LSEG évaluait à 27,7 GW la puissance nucléaire française indisponible vendredi, soit le niveau d’indisponibilité le plus élevé depuis août 2023.

Paks : trois réacteurs arrêtés et seulement un quart de la puissance disponible

La situation hongroise se distingue de celle de la France. À Paks, ce n’est pas principalement la température maximale autorisée des rejets qui a conduit à la crise actuelle, mais la chute du niveau du Danube.

La centrale compte quatre réacteurs à eau pressurisée de conception russe et fournit normalement une part majeure de l’électricité hongroise. Selon MVM, les faibles niveaux du fleuve ont imposé l’arrêt des unités 1, 3 et 4. L’unité 2 a continué à fonctionner à la moitié de sa puissance pendant onze jours avant d’entamer une remontée en charge le 10 août.

La centrale a ainsi frôlé l’arrêt complet : sa production était tombée à un peu plus de 10 % de sa capacité nominale, avec une seule turbine en fonctionnement. Une remontée du Danube a permis de reconnecter une turbine supplémentaire, mais Paks ne fonctionnait encore qu’à environ 25 % de sa capacité le 13 août. Ce niveau représente une perte de l’ordre de 1,5 GW par rapport aux quelque 2 GW disponibles lorsque les quatre unités fonctionnent normalement.

Cernavodă : la production nucléaire roumaine tombe à zéro

La situation est plus radicale en Roumanie. La centrale de Cernavodă est équipée de deux réacteurs CANDU d’environ 706 MW chacun. Leur refroidissement dépend du Danube.

Le premier réacteur avait déjà été arrêté à la fin juillet en raison de la baisse sans précédent du niveau du fleuve. Le 13 août, Nuclearelectrica a engagé l’arrêt contrôlé de la dernière unité encore connectée. La Roumanie se retrouve ainsi temporairement sans production nucléaire, alors que Cernavodă fournit normalement environ 20 % de l’électricité nationale.

Les autorités roumaines avaient tenté de retarder cette issue par des travaux exceptionnels sur le Danube : dragage, déplacement d’obstacles et modification locale des écoulements afin de maintenir suffisamment d’eau au niveau de la prise de refroidissement. Ces opérations n’ont finalement pas permis d’éviter l’arrêt de la deuxième unité. Le gouvernement a déclaré une situation d’urgence énergétique pour le mois d’août et mobilisé d’autres capacités de production, dont une centrale au lignite, tout en comptant sur les importations et les renouvelables disponibles pour compenser la disparition d’environ 1,4 GW de nucléaire.

Krško : pas d’arrêt, mais une puissance ramenée à 80 %

La Slovénie est le quatrième pays de l’Union européenne concerné, mais sa centrale nucléaire n’est pas arrêtée. Krško reste en fonctionnement ce 14 août 2026. La centrale avait toutefois décidé le 5 août de réduire progressivement la puissance de son unique réacteur, avec un premier palier fixé à 80 %, en raison des conditions hydrologiques et météorologiques extrêmes sur la Save. NEK avait prévenu qu’une réduction supplémentaire pourrait être nécessaire si la situation continuait à se dégrader.

La réglementation environnementale impose à Krško que la température moyenne quotidienne de la Save, après mélange des eaux rejetées, ne dépasse pas 28 °C, et que l’échauffement moyen du fleuve imputable à la centrale reste inférieur ou égal à 3 °C.

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