Nucléaire : Golfech s’arrête 33 heures après son redémarrage

Le réacteur n°2 de la centrale nucléaire de Golfech s’est arrêté le 8 août 2026, 33 heures seulement après son redémarrage, en raison du dépassement anticipé du seuil réglementaire de 28°C de la Garonne. Décryptage des mécanismes techniques et réglementaires qui expliquent cette succession d’arrêts estivaux.

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Nucléaire : Golfech s’arrête 33 heures après son redémarrage © L'EnerGeek

Le réacteur n°2 de la centrale nucléaire de Golfech a été stoppé le 8 août 2026 à 21h00, seulement 33 heures après son redémarrage. La raison ? L’anticipation du franchissement du seuil réglementaire de 28°C de température moyenne journalière de la Garonne, prévu pour le lendemain. Quatrième arrêt de l’été pour ce réacteur, cet événement illustre les contraintes opérationnelles imposées par le refroidissement fluvial en période caniculaire. Derrière cet arrêt se cache un mécanisme technique précis, encadré par l’arrêté préfectoral du 18 septembre 2006, qui régit les rejets thermiques dans la Garonne.

Le cadre réglementaire : arrêté du 18 septembre 2006

L’arrêté préfectoral du 18 septembre 2006 fixe les limites d’exploitation de Golfech en matière de prélèvements et rejets d’eau. Selon EDF, « dès que la température moyenne journalière du fleuve, mesurée en aval de la centrale, dépasse 28°C, l’exploitant doit moduler la puissance de ses réacteurs ou les arrêter temporairement, selon les besoins exprimés par RTE ». La mesure s’effectue en continu, avec un calcul de la moyenne sur 24 heures. Lorsque le seuil approche, EDF anticipe la décision pour éviter tout dépassement réglementaire. Le 8 août, la température de la Garonne devait atteindre 28°C le lendemain, déclenchant l’arrêt préventif dès la veille au soir.

Pourquoi 28°C ? Fondements de la limite thermique

Le seuil de 28°C vise à protéger l’écosystème fluvial. Au-delà de cette température, l’oxygène dissous dans l’eau diminue, menaçant la faune aquatique. Les rejets thermiques d’une centrale nucléaire aggravent ce phénomène. Golfech rejette l’eau de refroidissement avec une élévation moyenne de +0,2°C, un delta qui peut sembler modeste mais devient critique lorsque la température de base approche déjà les limites biologiques. Le choix de 28°C résulte d’études écologiques menées dans les années 2000, intégrant les capacités de résilience de la Garonne et les impératifs de production électrique.

Modulation vs arrêt : les deux protocoles opérationnels

Face au dépassement du seuil, EDF dispose de deux options. La modulation de puissance réduit le débit de refroidissement en diminuant la production électrique du réacteur, généralement entre 50% et 80% de sa capacité nominale de 1 300 MW. L’arrêt complet stoppe toute production. Le choix dépend des besoins du réseau électrique national, exprimés par RTE. En période de forte demande, comme durant les canicules où la climatisation explose, l’équilibre offre-demande devient tendu. Pourtant, le 8 août, EDF a opté pour l’arrêt total, suggérant que RTE ne justifiait pas une modulation partielle.

Refroidissement par la Garonne : mécanismes thermiques et rejets

Les réacteurs de Golfech fonctionnent selon le cycle thermodynamique classique des centrales à eau pressurisée. L’eau de la Garonne circule dans un circuit secondaire pour condenser la vapeur sortant des turbines. Le débit de prélèvement atteint plusieurs dizaines de mètres cubes par seconde. L’eau, réchauffée par l’échange thermique, retourne ensuite dans le fleuve. En fonctionnement nominal, chaque réacteur transfère environ 2 000 MW de chaleur résiduelle à la Garonne. Lorsque la température ambiante du fleuve grimpe, la capacité de refroidissement diminue, forçant soit une réduction de puissance, soit un arrêt.

Élévation de +0,2°C : comment EDF rejette la chaleur

Le delta de +0,2°C représente la moyenne de l’élévation thermique mesurée en aval immédiat de la centrale. En réalité, la dispersion thermique varie selon le débit du fleuve. En période d’étiage estival, la Garonne voit son débit chuter, parfois sous les 100 m³/s. Avec un débit faible, la dilution thermique est moins efficace, et le +0,2°C peut devenir localement supérieur. Le système de rejet utilise des canaux de déversement conçus pour maximiser le brassage avec l’eau du fleuve, mais les limites physiques demeurent. Lorsque la température de base atteint 27,8°C, ajouter +0,2°C franchirait le seuil réglementaire, d’où l’arrêt anticipé.

Cascade de défaillances : l’indisponibilité du système d’alimentation en eau

L’arrêt du 29 juillet, troisième de l’été, s’est prolongé jusqu’au 7 août en raison d’une défaillance technique. Un système d’alimentation en eau des générateurs de vapeur est resté indisponible, retardant le redémarrage prévu initialement pour début août. Les générateurs de vapeur assurent le transfert de chaleur entre le circuit primaire (radioactif) et le circuit secondaire (turbines). Leur alimentation en eau doit être garantie pour maintenir le refroidissement du cœur en toutes circonstances. L’indisponibilité de ce système auxiliaire, probablement une pompe ou un échangeur, a bloqué le redémarrage malgré la baisse temporaire de la température de la Garonne.

Cycle d’arrêt-redémarrage : 33 heures d’instabilité opérationnelle

Le réacteur n°2 a redémarré le 7 août à 11h57, après que la température de la Garonne soit repassée sous les 28°C. Moins de deux jours plus tard, le 8 août à 21h00, il s’arrêtait à nouveau. Ces 33 heures de fonctionnement posent une question opérationnelle : pourquoi redémarrer pour une durée aussi courte ? La réponse tient à la volatilité des prévisions météorologiques et à la nécessité de maximiser la production dès que possible. Entre le 9 et le 26 juillet, le réacteur avait déjà été arrêté pendant 17 jours consécutifs, générant une perte de production estimée entre 3% et 6% pour les mois de juin et juillet 2026.

Prévision et anticipation : comment EDF anticipe le dépassement du seuil

EDF s’appuie sur les prévisions de Météo France et sur ses propres modèles hydro-thermiques pour anticiper l’évolution de la température de la Garonne. Les données incluent la température de l’air, l’ensoleillement, le débit du fleuve et les apports des affluents. Le 8 août, les prévisions indiquaient un pic de 28°C pour le 9 août. EDF a donc déclenché l’arrêt la veille, conformément à la réglementation qui impose une action préventive. Toutefois, ces prévisions comportent une marge d’incertitude, expliquant parfois des arrêts qui auraient pu être évités si la température réelle restait finalement sous le seuil.

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