En 2024, les énergies renouvelables franchissent un seuil historique : 31,7 % de la production électrique mondiale provient désormais du solaire, de l’éolien, de l’hydraulique et de la biomasse. La progression atteint 9,8 %, un rythme jamais observé depuis le début de la transition énergétique. Pendant ce temps, les énergies fossiles stagnent à 1,4 % de croissance. L’écart se creuse : les renouvelables progressent sept fois plus vite que le charbon, le gaz et le pétrole réunis.
Solaire et éolien portent 31,7 % de la production mondiale
Le bond de 9,8 % s’explique principalement par l’explosion du solaire photovoltaïque et de l’éolien terrestre et offshore. Selon les données compilées par l’Agence internationale de l’énergie renouvelable (IRENA), le solaire représente à lui seul près de 60 % des nouvelles capacités installées en 2024. L’éolien suit avec 30 %, tandis que l’hydraulique et la biomasse complètent le tableau. L’Asie domine largement avec 4 589 TWh produits, soit plus de la moitié du total mondial. La Chine, l’Inde et le Japon multiplient les parcs solaires géants et les fermes éoliennes offshore. L’Europe, l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud suivent, mais avec des volumes nettement inférieurs.
La croissance de 9,8 % : anatomie technique d’une accélération
Pourquoi une telle accélération ? Trois facteurs techniques se conjuguent. Premièrement, le coût du kilowattheure solaire a chuté de 89 % depuis 2010, rendant les nouvelles installations compétitives sans subvention dans 90 % des pays. Deuxièmement, les turbines éoliennes atteignent désormais 15 MW unitaires en offshore, contre 5 MW il y a cinq ans. Troisièmement, les délais de construction se réduisent : un parc solaire de 100 MW se monte en six mois, contre trois à cinq ans pour une centrale à gaz. Les énergies fossiles, elles, ne croissent que de 1,4 %, freinées par des coûts d’exploitation en hausse et des régulations climatiques plus strictes.
Asie en tête avec 4 589 TWh : quelles technologies dominent ?
L’Asie produit 4 589 TWh d’électricité renouvelable en 2024, un volume qui dépasse la consommation totale de l’Europe. La Chine installe à elle seule 200 GW de solaire photovoltaïque, soit l’équivalent de 200 réacteurs nucléaires de taille moyenne. L’Inde mise sur l’éolien terrestre dans le Gujarat et le Tamil Nadu, tandis que le Japon développe l’éolien flottant au large de Fukushima. Les technologies de panneaux bifaciaux et de trackers solaires gagnent du terrain, augmentant le rendement de 15 à 20 %. L’éolien offshore utilise désormais des plateformes flottantes capables d’opérer par 200 mètres de fond, ouvrant de vastes zones maritimes inexploitées. La montée en puissance des infrastructures électriques accompagne partout cette expansion.
Les défis techniques de l’intégration massive des renouvelables
La croissance rapide pose des questions inédites aux gestionnaires de réseaux. Contrairement aux centrales thermiques ou nucléaires, le solaire et l’éolien produisent de manière intermittente. Un parc solaire ne fonctionne que six à huit heures par jour en moyenne, un parc éolien dépend de la vitesse du vent. Résultat : les pics de production ne coïncident pas toujours avec les pics de consommation. En Californie, les surplus solaires de midi provoquent des prix négatifs sur le marché spot, tandis que les soirées hivernales obligent à rallumer des centrales à gaz. En Allemagne, les épisodes de surproduction éolienne saturent les lignes de transport vers le sud du pays.
Variabilité et intermittence : vers des solutions de stockage et de flexibilité
Le stockage devient la pièce maîtresse du puzzle. Les batteries lithium-ion dominent le marché avec 90 % des installations, mais leur coût reste élevé pour des durées supérieures à quatre heures. Les projets de stockage par pompage-turbinage (STEP) se multiplient, offrant des capacités de plusieurs gigawattheures. La Chine construit vingt nouveaux STEP d’ici 2027. L’hydrogène vert émerge comme solution de stockage saisonnier : l’électricité solaire estivale produit de l’hydrogène par électrolyse, stocké puis reconverti en électricité l’hiver. Les premiers pilotes industriels démarrent en Australie et en Arabie saoudite. Les logiciels de prévision météorologique affinent leurs modèles pour anticiper la production éolienne et solaire à 72 heures, permettant aux opérateurs d’ajuster les autres sources en amont.
Stabilité réseau et gestion de la demande
La stabilité du réseau électrique repose sur la fréquence (50 Hz en Europe, 60 Hz aux États-Unis) et la tension. Les centrales thermiques fournissent naturellement de l’inertie grâce à leurs turbines massives. Les onduleurs des panneaux solaires et des éoliennes, eux, doivent simuler cette inertie par des algorithmes. Les gestionnaires de réseau investissent dans des « batteries virtuelles » : des millions de véhicules électriques connectés au réseau qui injectent ou absorbent de l’électricité selon les besoins. En Californie, 50 000 véhicules participent déjà à des programmes de vehicle-to-grid (V2G). La volatilité des prix du pétrole renforce l’intérêt pour ces solutions décentralisées. La gestion de la demande (demand response) se généralise : les industriels acceptent de moduler leur consommation en échange de tarifs avantageux.
Trajectoire 2025-2030 : les jalons technologiques des énergies renouvelables
Si la croissance de 9,8 % se maintient, les énergies renouvelables atteindront 50 % du mix électrique mondial en 2029. Plusieurs jalons techniques conditionnent cette trajectoire. D’abord, le déploiement de 500 GW de stockage par batterie d’ici 2030, contre 50 GW aujourd’hui. Ensuite, la montée en puissance des réseaux intelligents (smart grids) capables de gérer des millions de points de production décentralisés. Enfin, l’essor des centrales solaires thermodynamiques à concentration, qui stockent la chaleur dans des sels fondus et produisent de l’électricité la nuit. Le Maroc, le Chili et l’Australie multiplient les projets. Les experts s’accordent : la décennie 2025-2030 sera celle de l’intégration technique massive, où chaque kilowattheure renouvelable devra trouver sa place dans un système électrique repensé de fond en comble.






