Le Pakistan menace l’Inde de guerre en cas de privation d’eau

Le Pakistan a averti l’Inde que toute tentative de le priver de son eau en vertu du Traité des eaux de l’Indus serait considérée comme un acte de guerre. Lors d’un séminaire international à Islamabad, les autorités pakistanaises ont qualifié d’illégale la suspension indienne du traité de 1960 et accusé New Delhi de réduire les débits d’eau et de construire des infrastructures pour établir une hégémonie hydraulique sur la région.

Publié le
Lecture : 5 min
Pexels Julia Volk 5202118
Le Pakistan menace l’Inde de guerre en cas de privation d’eau © L'EnerGeek

Le Pakistan a franchi un cap rhétorique lors d’un séminaire international organisé à Islamabad le 30 juin 2026. Toute tentative de l’Inde de priver le pays de sa part d’eau garantie par le Traité des eaux de l’Indus serait considérée comme une « militarisation de l’eau » et pourrait déclencher des représailles militaires. L’escalade intervient dans un climat de tensions extrêmes entre les deux puissances nucléaires, dont les relations demeurent gelées depuis les frappes de missiles réciproques de mai 2025.

Ishaq Dar, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Pakistan, a déclaré lors de la rencontre que « les eaux partagées ne doivent jamais être militarisées. Elles doivent demeurer un pont entre les nations, guidées par la coopération, le dialogue et le respect du droit international ». Selon Radio Pakistan, il a qualifié d’« illégale » la décision indienne de suspendre le traité en 2025, rappelant qu’« aucune partie ne peut unilatéralement suspendre ou mettre fin aux obligations d’un traité qui ne contient aucune disposition en ce sens ».

Un traité de six décennies au bord de la rupture

Négocié sous l’égide de la Banque mondiale et signé en 1960, le Traité des eaux de l’Indus régit le partage des eaux de six rivières du système de l’Indus entre l’Inde et le Pakistan. L’accord attribue trois rivières orientales (Ravi, Sutlej et Beas) à l’Inde, tandis que les trois rivières occidentales (Indus, Jhelum et Chenab) reviennent au Pakistan. Pendant plus de six décennies, l’accord a survécu à trois guerres majeures (1965, 1971 et le conflit de Kargil en 1999), constituant l’un des rares exemples de coopération durable entre les deux voisins ennemis.

La rupture est intervenue après l’attaque meurtrière d’avril 2025 qui a coûté la vie à 26 touristes au Cachemire indien. New Delhi a accusé des militants basés au Pakistan, ce qu’Islamabad a démenti tout en proposant une enquête indépendante. L’Inde a alors annoncé la suspension de sa participation au traité, déclenchant l’une des crises les plus graves entre les deux nations depuis des décennies. Les relations diplomatiques et commerciales ont été rétrogradées, le principal poste-frontière terrestre fermé, et les visas mutuels révoqués. En mai 2025, des frappes de missiles réciproques ont poussé la région au bord du gouffre avant qu’un cessez-le-feu négocié par le président américain Donald Trump ne soit annoncé. Comme l’illustre la volatilité actuelle des marchés énergétiques, les tensions régionales pèsent lourdement sur la stabilité économique mondiale.

Accusations de violations et seuil de guerre franchi

Lors du séminaire d’Islamabad, Mehar Ali Shah, président de l’Autorité du système fluvial de l’Indus du Pakistan, a accusé l’Inde d’avoir réduit les débits d’eau de la rivière Chenab ces derniers mois, en violation directe du traité. Selon Business Recorder, Ishaq Dar a révélé que l’Inde avait lancé « au moins 17 projets conçus pour modifier drastiquement le système fluvial dans son ensemble », incluant des réservoirs comme Sawalkot, Kirthai et Kwar, l’expansion de structures existantes telles que Baglihar et Salal, ainsi que des projets de dérivation sur l’Indus, le Chenab et le Ravi. Les infrastructures donneraient à l’Inde les outils d’une « hégémonie hydraulique », selon le ministre pakistanais.

Le positionnement pakistanais s’appuie sur une décision adoptée par le Comité de sécurité nationale du pays après l’annonce indienne de suspension : toute tentative de détourner, d’interrompre ou de réduire l’eau allouée au Pakistan serait traitée comme un « acte de guerre ». Bilawal Bhutto Zardari, président du Parti du peuple pakistanais (PPP), a renchéri lors du séminaire : « Toute manœuvre visant à bloquer, détourner, manipuler ou contrôler les eaux légitimes du Pakistan ne sera pas considérée comme de l’ingénierie routinière. L’Indus ne peut être pris en otage et le traité ne peut être suspendu par arrogance. » Selon l’Associated Press, le Pakistan a formellement notifié ses alliés de son intention de répondre militairement en cas de privation d’eau avérée.

240 millions de Pakistanais menacés par la crise hydrique

Attaullah Tarar, ministre fédéral de l’Information et de la Radiodiffusion, a souligné que l’eau n’était pas simplement une ressource mais une question de survie pour plus de 240 millions de Pakistanais. Le système de l’Indus irrigue l’essentiel des terres agricoles du pays et constitue la colonne vertébrale de son économie. Dans un pays où l’agriculture représente environ 23 % du PIB et emploie près de 37 % de la main-d’œuvre active, toute réduction significative des débits d’eau aurait des conséquences catastrophiques sur la sécurité alimentaire et la stabilité économique.

Le ministre a insisté sur le fait que le traité ne pouvait « être amendé, révoqué, suspendu ou placé en suspens de manière unilatérale ». Il a également lié la préservation de l’accord aux défis croissants du changement climatique et de la raréfaction de l’eau, affirmant que « la fonte des glaciers et les changements météorologiques intensifient la pression sur les ressources en eau régionales ». Les glaciers de l’Himalaya, qui alimentent le système de l’Indus, perdent de leur masse à un rythme alarmant, rendant la gestion équitable de l’eau encore plus cruciale pour les deux pays. À l’instar des débats sur la relance de l’hydroélectricité en France, la gestion des ressources hydrauliques devient un enjeu stratégique majeur.

Appels internationaux et juridiction contestée

Plusieurs intervenants internationaux présents au séminaire ont appelé à une désescalade. Laurie Watkins, experte en politique mondiale, a exigé « la restauration inconditionnelle des engagements permanents de la Commission des eaux de l’Indus », précisant que « le calendrier des réunions est une obligation légale et non une faveur diplomatique ». Elle a souligné que « la non-participation et le rejet ne font pas disparaître les décisions arbitrales », faisant référence à la juridiction de la Cour d’arbitrage prévue par le traité.

Victor Gao, vice-président du Centre pour la Chine et la mondialisation, a qualifié de « crime contre l’humanité » le fait de menacer d’arrêter le flux d’eau vers les pays en aval en temps de paix, et de « crime de guerre » si cela se produisait en temps de conflit. Il a réaffirmé l’engagement de la Chine à « défendre les intérêts fondamentaux du Pakistan, notamment sa souveraineté et son intégrité territoriale ».

Un précédent lourd de menaces pour l’Asie du Sud

L’ancienne ministre des Affaires étrangères Hina Rabbani Khar a rappelé que « toutes les dispositions de ce traité resteront en vigueur jusqu’à ce qu’elles soient résiliées par un traité dûment ratifié conclu à cette fin entre les deux gouvernements ». Elle a exhorté la communauté internationale à jouer son rôle dans l’atténuation de la situation, soulignant que le traité avait survécu à trois guerres précisément parce qu’il était considéré comme sacro-saint par les deux parties.

Le lieutenant-général à la retraite Aamer Riaz, ancien président de l’Université nationale de défense d’Islamabad, a averti que « toute intention de prendre les eaux du Pakistan constitue une menace très sérieuse pour la sécurité nationale du pays ». Il a insisté sur la nécessité de « maintenir le Traité des eaux de l’Indus en vie à tout prix » et d’activer pleinement tous les discours juridiques internationaux.

Ishaq Dar a conclu en affirmant qu’« un engagement significatif avec l’Inde nécessite de la réciprocité », ajoutant que « le Pakistan reste déterminé à résoudre toutes les questions par le dialogue, la diplomatie et les mécanismes prévus par le droit international ». Toutefois, il a précisé que « la direction pakistanaise est pleinement prête à répondre si une tentative est faite de priver le Pakistan de sa part légitime d’eau ». Le pays poursuivra la question dans les forums juridiques et diplomatiques internationaux pour préserver ses droits hydrauliques.

La crise autour du Traité des eaux de l’Indus illustre comment les ressources naturelles partagées peuvent devenir des armes géopolitiques dans un contexte de tensions régionales. Avec le changement climatique qui exacerbe la pénurie d’eau et deux puissances nucléaires aux prises avec des différends historiques non résolus, la gouvernance transfrontalière de l’eau en Asie du Sud se trouve à un tournant critique. L’avenir du traité dépendra de la volonté des deux parties à privilégier la coopération sur la confrontation, dans l’intérêt de centaines de millions de personnes dont la survie dépend de ces eaux partagées.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.