Le géant français de l’électricité EDF a signé lundi 29 juin 2026 un contrat de 3 milliards de dollars (2,6 milliards d’euros) avec le sultanat d’Oman. L’accord porte sur le développement et l’exploitation de la première station de transfert d’énergie par pompage (STEP) du pays, implantée au niveau du barrage de Wadi Daysat, à 90 kilomètres au sud de la capitale Mascate. La signature s’est tenue à l’Élysée lors de la visite d’État du sultan Haitham bin Tarik en France.
L’installation permettra de stocker jusqu’à 2 gigawatts (GW) d’énergie, une capacité destinée à équilibrer l’offre et la demande d’électricité dans le sultanat. Pour EDF, il s’agit d’un contrat majeur qui vient conforter sa stratégie de développement à l’international, notamment dans le domaine du stockage d’énergie par pompage-turbinage, une technologie mature où le groupe français dispose d’une expertise reconnue.
Une technologie éprouvée pour stabiliser les réseaux électriques
Le transfert d’énergie par pompage-turbinage constitue l’une des solutions les plus efficaces pour stocker massivement de l’électricité. Le principe repose sur deux bassins situés à des altitudes différentes. Lorsque la production d’électricité excède la demande, l’eau est pompée du bassin inférieur vers le bassin supérieur. Inversement, aux heures de pointe ou lorsque la production faiblit, l’eau est relâchée pour actionner des turbines et produire de l’électricité.
Avec une capacité de 2 GW, la station de Wadi Daysat représente un équipement de taille significative. À titre de comparaison, la plus grande STEP française, celle de Grand’Maison en Isère, affiche une puissance de 1,8 GW. Les installations de ce type jouent un rôle croissant dans les systèmes électriques modernes, notamment pour compenser l’intermittence des énergies renouvelables comme le solaire et l’éolien.
Oman mise sur le stockage pour accompagner sa transition énergétique
Le sultanat d’Oman, pays producteur de pétrole et de gaz naturel, s’engage progressivement dans une diversification de son mix énergétique. Le développement d’infrastructures de stockage s’inscrit dans une stratégie plus large visant à intégrer davantage d’énergies renouvelables dans son réseau électrique. Le pays dispose d’un potentiel solaire considérable, avec un ensoleillement annuel parmi les plus élevés au monde, et commence à exploiter cette ressource à grande échelle.
L’implantation de la station au barrage existant de Wadi Daysat présente plusieurs avantages. Les infrastructures hydrauliques sont déjà en place, ce qui réduit les coûts et les délais de développement. Par ailleurs, la topographie de la région, avec ses reliefs marqués, offre les conditions idéales pour créer les dénivelés nécessaires au fonctionnement d’une STEP. Le projet devrait ainsi permettre au sultanat de gérer plus efficacement les fluctuations de sa production électrique, tout en limitant le recours aux centrales thermiques fossiles.
Un accord scellé lors d’une visite d’État stratégique
La signature du contrat s’est déroulée dans un contexte diplomatique particulier. La visite d’État du sultan Haitham bin Tarik en France a donné lieu à plusieurs annonces économiques majeures. Plus tôt dans la journée, le groupe français Suez avait déjà décroché un contrat de 2 milliards d’euros sur 15 ans pour la gestion de l’eau potable et de l’assainissement à Mascate et dans deux régions du sultanat.
Pour Xavier Girre, directeur général de Suez, l’accord omanais figure « dans le top 3 de l’histoire de Suez« . Il couvre la gestion et la maintenance des services d’eau potable pour 2,3 millions d’habitants, soit 43 % de la population du sultanat. L’enchaînement des deux signatures illustre le renforcement des relations économiques entre Paris et Mascate, dans un contexte géopolitique régional complexe.
Un positionnement international renforcé pour EDF
Le contrat omanais arrive à un moment charnière pour EDF. Le groupe poursuit une stratégie d’arbitrage de son portefeuille international, privilégiant les projets à forte valeur ajoutée technologique. EDF a annoncé le 25 juin 2026 la cession de ses actifs renouvelables nord-américains au fonds KKR, pour un montant estimé à près de 4 milliards d’euros. La filiale EDF Power Solutions, qui développe et exploite des centrales renouvelables, des actifs de stockage et des infrastructures de recharge aux États-Unis et au Canada, représente une capacité nette totale de 5,6 GW.
Parallèlement, EDF a finalisé en mars 2026 la vente de la centrale thermique Norte Fluminense au Brésil. La logique est claire : concentrer les moyens financiers sur le nucléaire en France, tout en conservant une présence internationale sélective sur des projets à forte expertise technique, comme le pompage-turbinage à Oman. Bernard Fontana, dirigeant du groupe, avait indiqué en novembre 2025 que ces rotations d’actifs permettraient de financer la prolongation du parc nucléaire existant et la relance de nouveaux réacteurs en France.
Les enjeux du stockage d’énergie dans le Golfe
Au-delà de l’aspect financier, le contrat omanais revêt une dimension stratégique pour la région du Golfe. Les pays du Moyen-Orient, traditionnellement dépendants des hydrocarbures, multiplient les investissements dans les infrastructures électriques modernes. Le stockage d’énergie par pompage-turbinage répond à un besoin croissant de flexibilité des réseaux, notamment pour absorber la production croissante d’électricité solaire.
Oman occupe par ailleurs une position géographique sensible, à l’entrée du détroit d’Ormuz, par lequel transite une part significative du pétrole mondial. Le sultanat s’oppose notamment à l’Iran sur la question d’un éventuel péage sur ce passage stratégique. Le renforcement de la coopération avec la France, puissance diplomatique et militaire présente dans la région, prend ainsi une dimension qui dépasse le simple cadre économique.




