Les ateliers scientifiques sino-iraniens de 2026 portent sur un enjeu technique précis : transformer les concentrés phosphatés d’Esfordi, dans la ceinture minérale de Bafq, en une source viable de terres rares. La collaboration, financée à hauteur de 4 200 dollars par atelier par la Fondation Nationale des Sciences Naturelles de Chine (NSFC), vise à évaluer si les résultats prometteurs obtenus en laboratoire peuvent franchir le cap de l’industrialisation. Le potentiel géologique existe, mais aucune réserve commerciale n’a encore été déclarée en Iran, révélant un fossé entre science et économie.
Géologie du gisement d’Esfordi : 1,2 % de terres rares dans l’apatite
Le gisement d’Esfordi, situé en Iran centrale, contient 1,2 % de terres rares totales dans un concentré de phosphate déjà existant. Les minéraux cibles sont principalement concentrés dans les cristaux d’apatite, qui accompagnent les dépôts de fer-oxyde-apatite typiques de la région. Selon les études publiées dans Ore Geology Reviews, 82 % de ce concentré se compose de trois éléments : cérium, lanthane et néodyme. Contrairement aux gisements de terres rares lourdes (dysprosium, terbium) prisés pour les applications militaires et les aimants permanents haute performance, Esfordi livre principalement des terres rares légères. La question technique centrale reste : peut-on extraire économiquement ces 1,2 % à partir d’une infrastructure phosphatière conçue pour d’autres objectifs ?
Dominance des terres rares légères : cérium, lanthane, néodyme
La composition minéralogique détermine les voies de traitement possibles. Le cérium sert aux catalyseurs automobiles et au polissage optique, le lanthane aux batteries nickel-métal-hydrure, le néodyme aux aimants permanents pour moteurs électriques et éoliennes. Ces trois éléments représentent un marché substantiel, mais leur abondance relative (comparée aux terres rares lourdes) limite les marges bénéficiaires potentielles. La ceinture de Bafq compte également les gisements de Chadormalu et Choghart, où les terres rares se concentrent similairement dans l’apatite. L’Iran du Nord-Ouest, dans le district de Tarom, présente des cristaux d’apatite atteignant 1 % de terres rares, mais aucune donnée ne confirme la viabilité d’un minerai brut à cette concentration.
Processus de séparation et récupération : résultats en laboratoire
Les études publiées dans Hydrometallurgy démontrent qu’un traitement hydrométalurgique du concentré d’Esfordi récupère 84 à 86 % du cérium, lanthane, néodyme et yttrium. Le processus produit un concentré mixte de terres rares titrant 22,4 %, une teneur suffisante pour alimenter une usine de séparation individuelle des éléments. La méthode repose sur des attaques acides sélectives, suivies de précipitations fractionnées et d’extractions par solvants. Ces performances, obtenues sur des échantillons de quelques kilogrammes, valident la faisabilité chimique. Reste à savoir si les rendements se maintiennent lorsque les volumes traités passent de la paillasse au réacteur industriel de plusieurs tonnes par heure.
Voies hydrométalurgiques : de la théorie à l’industrie
Le passage du laboratoire à l’usine pilote impose des contraintes mécaniques, thermiques et environnementales radicalement différentes. Les réactifs consommés (acides sulfurique ou chlorhydrique, bases pour neutralisation) génèrent des effluents qu’il faut traiter. La consommation énergétique pour maintenir température et agitation à l’échelle industrielle peut rendre le processus non rentable si les cours des terres rares légères stagnent. Les ateliers sino-iraniens visent précisément à identifier ces goulots d’étranglement avant tout engagement financier lourd. Comme le souligne REEx, analyste spécialisé en terres rares, « la géologie est réelle, l’économie reste à prouver, et l’importance stratégique réside dans le fait que la Chine examine le dossier avant que l’Occident ne l’ait sérieusement étudié ».
Obstacles techniques à la montée en échelle industrielle
Malgré le potentiel géologique documenté, l’Iran ne déclare actuellement aucune réserve commerciale de terres rares. Un gisement devient une réserve lorsque son exploitation génère un profit dans les conditions de marché actuelles. Les études de préfaisabilité doivent intégrer coûts d’extraction, de transport, de traitement, prix de vente prévisibles et risques réglementaires. L’Iran avait revendiqué en 2023 une réserve de lithium de 8,5 millions de tonnes, avant que les experts ne révèlent une confusion entre minerai contenant du lithium et lithium métal pur. Le même risque de surévaluation guette les terres rares. La transition énergétique mondiale exige des métaux critiques en quantités croissantes, mais seules les sources économiquement viables comptent.
Investissements en infrastructure : coûts et délais réalistes
Construire une usine de séparation des terres rares nécessite plusieurs centaines de millions de dollars et cinq à sept ans. L’Iran devrait développer l’expertise métallurgique, former du personnel qualifié, importer des équipements spécialisés et obtenir les autorisations environnementales. La Chine a imposé des interdictions d’exportation sur les technologies critiques de séparation, d’extraction, de métallurgie et de production d’aimants permanents en terres rares. Transférer ces savoir-faire constituerait une violation des contrôles d’exportation chinois. Les ateliers scientifiques, financés à 4 200 dollars pièce, permettent plutôt à Pékin d’« optionner à bon marché les connaissances géologiques : identifier la minéralogie, les voies de traitement et les sous-produits potentiels avant d’engager des capitaux importants », analyse REEx.






