Report de la loi-cadre : une menace pour le rail et la transition énergétique en France

La loi-cadre Transports, repoussée à janvier-février 2027, doit sécuriser 1,5 milliard d’euros annuels pour régénérer le rail français.

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Rail Train
Report de la loi-cadre : une menace pour le rail et la transition énergétique en France © L'EnerGeek

Sans un investissement annuel de 1,5 milliard d’euros, le réseau ferroviaire français pourrait voir 4 000 kilomètres de lignes endommagées d’ici 2028, et 10 000 kilomètres en 2032. La loi-cadre Transports, destinée à garantir ce financement, est désormais repoussée à janvier-février 2027. Ce report met en péril l’efficacité énergétique du rail électrifié, essentiel à la décarbonation des transports en France.

Le rôle central du rail électrifié dans la décarbonation

Le rail consomme trois à cinq fois moins d’énergie par passager-kilomètre que la voiture. Un train électrique nécessite en moyenne 0,02 kWh par passager-kilomètre, tandis qu’une voiture thermique en consomme 0,15 kWh. Cette efficacité résulte de l’électrification directe par caténaires, offrant un rendement supérieur à 90%, et du faible frottement entre acier et acier. Avec un réseau électrifié à 54%, la France transporte chaque année 1,2 milliard de passagers par train. Le transfert de voyageurs du rail vers la route accroît la consommation énergétique nationale et les émissions de CO2.

La dégradation des infrastructures ferroviaires entraîne des pertes énergétiques. Les voies endommagées imposent des limitations de vitesse, augmentant les temps de trajet de 15 à 30% et allongeant l’utilisation des motrices électriques. Les caténaires vieillissantes réduisent le rendement de 5 à 8%. De plus, la fermeture de lignes contraint les usagers à se tourner vers la voiture. Un transfert de 10% du trafic ferroviaire vers la route ajouterait 300 000 tonnes équivalent CO2 par an.

Conséquences du report de la loi-cadre sur la consommation d’énergie

Le ministère des Transports prévoit d’examiner le texte en janvier-février 2027. Malgré la volonté de nombreux groupes, le calendrier est serré. Les élections de 2027 pourraient compromettre le projet en cas de changement de majorité. Sans adoption rapide, les 4 000 kilomètres de lignes concernées subiront des limitations de vitesse drastiques, ralentissant les trains régionaux de 160 km/h à 100 km/h, allongeant les trajets de 40% et augmentant la consommation énergétique par kilomètre.

La SNCF rapporte déjà 12% de retards supplémentaires depuis 2024 sur les lignes principales. Chaque fermeture de ligne conduit à un report vers les routes. L’A10 Paris-Bordeaux enregistre une hausse de 8% du trafic lors des travaux sur la ligne TER Atlantique. Sans intervention, 10 000 kilomètres de lignes seront en état critique en 2032, entraînant un report modal massif. Les simulations prévoient une augmentation de 2,5 TWh de la consommation de carburants fossiles, équivalente à 600 000 véhicules supplémentaires sur les routes.

Les défis du financement énergétique du rail

La loi-cadre Transports vise à augmenter le budget annuel d’entretien du réseau à 4,5 milliards d’euros dès 2027, contre 3 milliards actuellement. Ce financement doit permettre la régénération des voies, le remplacement des caténaires obsolètes et la modernisation des installations de traction électrique. Le projet de contrat de performance SNCF prévoit une hausse du fonds de concours de 59%, soit de 9,3 à 14,8 milliards d’euros entre 2024 et 2033. La SNCF s’engage à contribuer 500 millions d’euros par an. Le gouvernement prévoit de mobiliser 2,5 milliards par an à partir de 2032 via le nouveau régime des concessions autoroutières. Cependant, Christine Arrighi, députée de Haute-Garonne, souligne que le projet « ne correspond à aucun engagement financier, ce dont a besoin le ferroviaire« .

Les caténaires, représentant 40% des coûts d’entretien du réseau, voient leur vieillissement accélérer les pertes par effet Joule, atteignant 12%. Remplacer 2 000 kilomètres de caténaires pourrait économiser 150 GWh par an, soit la consommation de 30 000 foyers. La modernisation des 450 sous-stations de traction électrique, certaines datant des années 1960, s’avère également cruciale. Leur obsolescence diminue l’efficacité globale de 8%. Investir dans leur rénovation renforcerait l’efficacité énergétique du système ferroviaire français, consolidant sa place dans la stratégie de décarbonation nationale.

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