Le 27 décembre 1935, dix bombardiers militaires américains larguent 40 bombes sur une coulée de lave active issue du Mauna Loa, à Hawaï. L’opération vise les chenaux qui alimentent le flux en direction de la ville de Hilo. Elle est supervisée par le lieutenant-colonel George S. Patton, qui commandera plus tard la Third Army pendant la Seconde Guerre mondiale.
Dix Keystone B-3 et B-4 décollent de Luke Field, sur Ford Island, à Pearl Harbor, et parcourent près de 320 kilomètres jusqu’à la coulée de Humuʻula, sur le flanc nord du volcan. Vingt bombes de démolition et vingt bombes marqueuses, plus légères et destinées à repérer les points d’impact pour les équipages, sont larguées près des chenaux.
Chaque bombe de démolition, de type MK I, pèse 272 kilos et contient 161 kilos de TNT, selon une étude de 1980 citée par l’historique du National Park Service consacré à l’éruption.
L’éruption a débuté le 21 novembre 1935 dans la caldeira sommitale du volcan, avant qu’un nouvel évent ne s’ouvre le 27 novembre sur le flanc nord. Depuis cette ouverture, une lave pāhoehoe s’accumule dans la vallée séparant le Mauna Loa du Mauna Kea, puis oblique vers l’est, selon l’US Geological Survey. Elle menace alors la rivière Wailuku, qui alimente en eau Hilo, ville d’alors comprise entre 15 000 et 20 000 habitants.
L’idée du bombardement vient de Thomas A. Jaggar, fondateur de l’Observatoire volcanologique d’Hawaï, et du volcanologue Ruy Finch. Leur but n’est pas d’éteindre l’éruption ni de détruire la lave, mais de rompre les chenaux près de l’évent pour que la roche en fusion se disperse sur une zone plus large plutôt que de rester concentrée dans un flux rapide dirigé vers Hilo.
Le National Park Service décrit cette mission comme le premier bombardement aérien d’une coulée de lave active, même si l’idée d’utiliser des explosifs pour dévier un flux avait déjà été envisagée lors d’une éruption menaçant Hilo en 1880 et 1881, sans jamais être mise en œuvre.
Un succès contesté
Jaggar observe l’opération depuis un télescope installé au pied du Mauna Kea. Il la juge immédiatement réussie et affirme, selon des propos rapportés par le New York Times, que l’expérience n’aurait pas pu être plus réussie et que les résultats étaient exactement conformes aux attentes. Selon lui, le bombardement aurait aidé à précipiter la fin de la coulée, qui n’aurait pas cessé aussi abruptement en cas d’extinction naturelle.
L’éruption s’arrête le 2 janvier 1936, six jours après le largage des bombes. Mais Howard Stearns, géologue de l’USGS qui avait pris place à bord du dernier avion, ne partage pas cet avis. Dans son autobiographie publiée en 1983, il écrit à propos de cet arrêt qu’il est certain qu’il s’agissait d’une coïncidence.
La lave a continué d’avancer après les explosions, s’est affaiblie sur plusieurs jours, sans changement majeur de direction, alors que l’activité volcanique était déjà en déclin. L’USGS qualifie elle-même de disputée l’efficacité de la manœuvre, et estimait en 2017 que la pensée moderne soutient majoritairement la conclusion de Stearns.
Une nouvelle tentative de bombardement, en 1942, sur une autre coulée du Mauna Loa, n’a pas produit d’effets plus probants. L’épisode de 1935 reste néanmoins cité comme un exemple précoce de détournement de coulée de lave, une méthode qui vise à modifier la trajectoire du magma plutôt qu’à l’empêcher d’atteindre la surface.
En 2015, le 23rd Bomb Squadron, l’unité ayant mené la mission, est retourné à Hawaï pour marquer les ans de l’opération : un bombardier B-52 a effectué un vol de douze heures depuis Guam jusqu’aux îles. L’insigne de l’escadron représente toujours des bombes tombant sur un volcan.






