L’Iran et Oman s’apprêtent à finaliser un accord qui pourrait rouvrir partiellement le Détroit d’Ormuz, fermé depuis février 2026. Mais la question des frais de transit, entre 5% et 7% du prix des cargaisons selon Téhéran, menace de faire grimper le coût du baril et du gaz naturel liquéfié pour les consommateurs finaux. Avec 20% du pétrole mondial bloqué depuis cinq mois, l’industrie énergétique attend de savoir qui paiera la facture.
Mécanisme technique de l’accord : flux d’entrée et sortie contrôlés
Entrée par l’Iran, sortie par Oman : implications pour les flux pétroliers
Le projet d’accord prévoit une séparation nette des responsabilités maritimes. Les navires pétroliers et gaziers entreraient dans le Golfe persique via une route contrôlée par l’Iran, puis ressortiraient par une voie sous juridiction omanaise. Selon l’agence Associated Press, cette architecture vise à partager le contrôle opérationnel du détroit entre les deux pays riverains. Pour l’industrie pétrolière, cela signifie deux points de contrôle distincts, deux juridictions, et potentiellement deux séries de frais. Les compagnies maritimes devront adapter leurs routes et leurs procédures douanières. Les flux énergétiques, interrompus depuis les attaques du 28 février 2026, pourraient reprendre sous condition d’acceptation de ces nouvelles contraintes logistiques. Le ministère iranien des Affaires étrangères a confirmé que l’accord était « en phase finale de rédaction », mais attend l’approbation de l’Ayatollah Mojtaba Khamenei, absent de la scène publique depuis ses blessures de février.
La question cruciale des frais de transit
5 à 7% selon l’Iran vs 3% selon Oman : qui paie la différence ?
La principale pierre d’achoppement reste la tarification. L’Iran exige entre 5% et 7% du prix des cargaisons, tandis qu’Oman propose 3% sous forme de contribution volontaire. Comme le rapporte la BBC, les États-Unis refusent catégoriquement tout frais, considérant que cela reviendrait à payer un tribut à Téhéran. Pour un tanker transportant deux millions de barils à 79,24 dollars le baril (prix du Brent au 5 août 2026), la différence est colossale. À 7%, les frais atteindraient 11,1 millions de dollars par voyage. À 3%, ils tomberaient à 4,8 millions. À zéro, aucun surcoût. Marco Rubio, secrétaire d’État américain, a déclaré qu’« il y a eu des progrès dans ces négociations, mais pas de conclusion définitive ». Les armateurs et traders pétroliers attendent de savoir si ces frais seront imposés, volontaires ou négociables au cas par cas.
Impact sur le coût final du baril et du MWh
Si l’Iran impose ses 7%, chaque baril transitant par Ormuz coûterait 5,55 dollars supplémentaires, soit une hausse de 7% sur le prix spot. Pour le gaz naturel liquéfié, dont les cargaisons valent entre 50 et 150 millions de dollars selon les volumes, les frais oscilleraient entre 3,5 et 10,5 millions par tanker. Ces surcoûts se répercuteraient inévitablement sur les prix de gros en Europe et en Asie, principaux importateurs via cette route. Les superprofits des majors pétrolières américaines montrent que l’industrie dispose de marges pour absorber temporairement ces coûts, mais les consommateurs finaux risquent de voir leurs factures énergétiques augmenter de 3 à 7% si les frais sont généralisés. Le Brent, à 79,24 dollars le 5 août, pourrait grimper à 85 dollars en cas d’application stricte des tarifs iraniens. Les marchés énergétiques européens, déjà fragilisés par cinq mois de perturbations, observent ces négociations avec inquiétude.
Volumes attendus et réouverture graduelle
20% du pétrole et gaz mondiaux : reprendre ce flux progressivement
Avant la fermeture de février 2026, le Détroit d’Ormuz voyait passer environ 21 millions de barils de pétrole par jour, soit un cinquième de la production mondiale. Le gaz naturel liquéfié représentait 20% des flux globaux. Cinq mois de blocage ont forcé les acheteurs asiatiques et européens à se tourner vers des routes alternatives, plus coûteuses et plus longues. La réouverture ne sera pas instantanée. Selon The Independent, l’accord temporaire de deux à quatre mois vise d’abord à tester la viabilité du mécanisme. Les armateurs devront renégocier leurs assurances, adapter leurs itinéraires et vérifier la sécurité des passages. Le 5 août, un tanker a signalé deux explosions près de Kumzar, rappelant la fragilité sécuritaire du détroit. Les infrastructures pétrolières devront également être remises en service progressivement.
Brent à 79,24 dollars : où se stabilisera le prix ?
Le Brent a perdu 0,3% le 5 août, signe que les marchés anticipent une réouverture partielle. Mais la stabilisation dépendra de trois facteurs. Premièrement, le volume réellement acheminé durant la période d’essai de deux à quatre mois. Deuxièmement, l’acceptation ou le refus des frais iraniens par les acteurs internationaux. Troisièmement, la pérennité de l’accord au-delà de sa phase temporaire. Si les frais de 5 à 7% sont imposés et répercutés, le Brent pourrait se stabiliser entre 83 et 87 dollars. Si Oman obtient gain de cause avec ses 3% volontaires, le prix resterait entre 80 et 82 dollars. Si les États-Unis parviennent à bloquer toute tarification, le Brent pourrait redescendre vers 75 dollars, son niveau d’avant-crise. Les traders énergétiques ajustent déjà leurs positions en fonction de ces scénarios.
Durée limitée de l’accord : implications pour les contrats énergétiques
2 à 4 mois : trop court pour les contrats long terme
Kazem Gharibabadi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères, a confirmé que l’accord serait temporaire, d’une durée de deux à quatre mois maximum. Cette échéance pose un problème majeur pour les contrats énergétiques long terme, qui s’étendent généralement sur six mois à plusieurs années. Les acheteurs européens et asiatiques ne peuvent pas baser leur stratégie d’approvisionnement sur un corridor aussi incertain. Le précédent accord de juin 2026 entre Washington et Téhéran s’est effondré en quelques jours, illustrant la fragilité des compromis diplomatiques. Esmaeil Baqaei, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, a déclaré que « les facteurs rendant le Détroit d’Ormuz insécurisé existent toujours de la part des États-Unis ». Les compagnies énergétiques devront donc maintenir des routes alternatives actives, ce qui augmentera leurs coûts opérationnels même en cas de réouverture partielle. CBS News rapporte que Donald Trump a évoqué une annonce possible mercredi ou jeudi, mais sans garantie de durabilité.






