Nucléaire : Urenco augmente de 50 % sa capacité d’enrichissement aux États-Unis

Urenco USA annonce un investissement de plusieurs milliards de dollars pour accroître de 50 % sa capacité d’enrichissement d’uranium au Nouveau-Mexique. Cette expansion stratégique vise à renforcer l’autonomie énergétique américaine et soutenir la renaissance du nucléaire civil.

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Nucléaire : Urenco augmente de 50 % sa capacité d’enrichissement aux États-Unis
Nucléaire : Urenco augmente de 50 % sa capacité d’enrichissement aux États-Unis © L'EnerGeek

Uranium : Urenco mise sur une expansion majeure pour sécuriser l’approvisionnement américain

Dans un contexte de regain d’intérêt pour l’énergie nucléaire, Urenco USA vient d’annoncer une expansion d’envergure de ses capacités d’enrichissement d’uranium aux États-Unis. Cette décision stratégique, qui représente un investissement de plusieurs milliards de dollars, vise à consolider la chaîne d’approvisionnement en combustible nucléaire domestique face aux turbulences géopolitiques qui reconfigurent le secteur à l’échelle mondiale.

L’entreprise européenne, détenue majoritairement par les gouvernements néerlandais et britannique, prévoit d’augmenter de près de 50 % la capacité de sa National Enrichment Facility, implantée à Eunice, au Nouveau-Mexique. Cette installation est aujourd’hui la seule usine d’enrichissement d’uranium à l’échelle commerciale à opérer sur le sol américain.

Un investissement de 2,1 millions d’unités de travail de séparation

Le projet d’expansion repose sur l’installation de 2,1 millions d’unités de travail de séparation (UTS) supplémentaires, rendues possibles par l’implantation de 24 nouvelles cascades de centrifugeuses exploitant la technologie éprouvée de centrifugation gazeuse propre à Urenco. La production issue de cette extension est prévue pour démarrer en 2032, les cascades additionnelles entrant progressivement en service jusqu’en 2036.

Cette expansion s’inscrit dans une stratégie plus large portée par Urenco Global, qui ambitionne d’installer 4,6 millions d’UTS de nouvelle capacité d’enrichissement répartis entre ses sites aux États-Unis, aux Pays-Bas et en Allemagne au cours de la prochaine décennie.

Selon OilPrice.com, ce sont les engagements contractuels à long terme des clients qui ont contribué à emporter la décision d’investissement, témoignant d’une demande croissante pour les services d’enrichissement domestiques de la part des compagnies électriques américaines.

L’uranium enrichi, pilier de la renaissance nucléaire américaine

L’uranium faiblement enrichi (UFE) produit par l’installation d’Eunice constitue le combustible de base de l’ensemble du parc de réacteurs commerciaux à eau légère américains, qui assurent près de 20 % de la production nationale d’électricité. Au-delà de cette fonction traditionnelle, l’UFE servira également de matière première pour produire l’uranium faiblement enrichi à haute teneur (HALEU), combustible indispensable aux conceptions de réacteurs avancés dont le déploiement est attendu dans les années 2030.

La capacité actuelle de l’installation s’établit à 4,3 millions d’UTS par an, ce qui représente environ un tiers de la demande américaine en enrichissement. Un premier projet d’expansion, portant sur 700 000 UTS supplémentaires, doit s’achever dès 2027. Des travaux de rénovation de la capacité existante sont par ailleurs planifiés à partir de la même année.

L’ensemble de ces investissements combinés portera la capacité installée de l’usine à plus de 7 millions d’UTS au cours de la prochaine décennie, renforçant substantiellement l’autonomie américaine dans la filière nucléaire civile. À ce sujet, Reuters souligne que cette montée en puissance intervient à un moment où Washington cherche activement à réduire sa dépendance aux fournisseurs étrangers de combustible nucléaire.

Impact économique et créations d’emplois significatives

Sur le plan social et économique, le projet devrait générer entre 300 et 600 emplois dans le bâtiment durant la période de pic d’activité, tout en créant environ 70 postes opérationnels permanents. Urenco USA emploie déjà plus de 500 salariés et contractants sur le site, qui fonctionne à l’échelle commerciale depuis 2010.

Depuis 2006, l’entreprise a injecté plus de 5 milliards de dollars de capitaux privés dans l’installation d’Eunice, avec pour ambition constante de garantir un approvisionnement domestique sécurisé en uranium enrichi. Elle demeure à ce jour la seule compagnie à avoir obtenu une licence, construit, exploité et étendu une installation commerciale d’enrichissement d’uranium sur le territoire américain.

Boris Schucht, directeur général d’Urenco Global, souligne que « cette expansion renforce notre engagement envers une chaîne d’approvisionnement résiliente en combustible nucléaire américain, axée sur la satisfaction des besoins à long terme de nos clients ainsi que sur le soutien à la sécurité énergétique américaine ».

Enjeux géopolitiques et sécurité d’approvisionnement

Cette expansion prend tout son sens dans le cadre d’un effort plus large mené par les nations occidentales pour s’affranchir des services de combustible nucléaire russes et bâtir des chaînes d’approvisionnement plus robustes. Les gouvernements considèrent désormais l’énergie nucléaire comme un pilier central de leur sécurité énergétique et de leurs stratégies de décarbonation. L’administration Trump négocie d’ailleurs en parallèle un accord pour livrer du plutonium militaire au secteur privé, signe que la question du combustible nucléaire s’impose au coeur des priorités énergétiques américaines.

Selon Sightline U3O8, l’annonce d’Urenco a déjà produit des répercussions positives sur l’ensemble du secteur de l’uranium, avec notamment une hausse de 11,5 % de l’action Paladin Energy, producteur australien de premier plan.

L’initiative intervient alors que les États-Unis s’emploient à renforcer leurs capacités nationales de combustible nucléaire, portés par un intérêt croissant tant pour la production nucléaire existante que pour les technologies de réacteurs de nouvelle génération. À l’autre bout du spectre géopolitique, le Kazakhstan vient pour sa part de confier sa première centrale nucléaire à la Russie pour 16,5 milliards de dollars, illustrant à quel point la recomposition des alliances dans le secteur nucléaire mondial s’accélère.

Perspectives d’avenir pour l’industrie nucléaire

Cette expansion d’envergure traduit une confiance retrouvée dans l’énergie nucléaire comme réponse durable aux défis climatiques et énergétiques de notre époque. L’uranium enrichi produit à Eunice alimentera non seulement les centrales nucléaires actuelles, mais aussi les futurs réacteurs avancés, positionnant les États-Unis comme un acteur pleinement autonome au sein de la chaîne de valeur nucléaire mondiale.

Sarah Riedel, responsable des ventes chez Urenco, exprime quant à elle sa gratitude envers les clients pour « leur confiance et la confiance qu’ils placent dans nos capacités. Leurs engagements à travers de nouveaux contrats à long terme soutiennent notre décision d’investissement pour étendre cette installation vitale ». Au-delà des discours, cette stratégie d’expansion positionne définitivement Urenco comme un partenaire incontournable de la transition énergétique américaine, tout en consolidant son statut de leader mondial dans l’enrichissement d’uranium à des fins civiles.

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